L’entartage a toujours suscité des réactions vives et contrastées. Noël Godin s’en est fort bien expliqué dans un livre sorti il y a quelques années : ses entartages sont en quelque sorte « engagés » ! Mais alors d’où vient le malaise pour certains ? Sans doute avant tout parce qu’une partie de notre rire n’est pas heureux. On rit du malheur d’un autre, comme quand quelqu’un tombe. On peut s’en rendre compte dans beaucoup de séquences imbéciles de caméras cachées, où on les mêle insidieusement aux autres. Ce rire existe, mais il ne grandit pas l’homme. Le malaise, dans le droit fil de cela, vient également de notre réflexion : « C’est bien fait ! » ou « Il l’a bien cherché! » qui suivent le geste rendant la personne éminemment ridicule. C’est une réflexion, une nouvelle fois, qui nous abaisse : on y trouve sans doute de la jalousie envers un puissant, de l’antipathie envers quelqu’un qui est différent, etc. Bien sûr, on est nombreux à avoir trouvé les poses de BHL insupportables (et dans ce cas, des témoignages prouvent aujourd’hui que nous avions raison et que c’étaient de vraies poses…) ! C’est tout de même une sorte de petite vengeance de la base envers le pouvoir (médiatique, religieux, culturel, politique…). La vengeance n’est certes pas un bon sentiment. Et « oeil pour oeil, dent pour dent » un précepte détestable et totalement périmé. Restent donc l’endroit et la personne dans le cas de Monseigneur Léonard. Vaste débat : le respect des cultures et des religions, des opinions d’autrui. Ces jours-ci, le débat entraîne aussi celui du multiculturalisme; plus encore, celui de la tolérance de notre sphère occidentale confrontée à l’intolérance d’autres parties du monde; ce qui forcément déséquilibre et entraîne des excès. Il est sûr qu’on ne ferait pas de même dans une mosquée ou une synagogue, pour ces raisons-là. On se souvient de l’affaire des caricatures. Mais… c’est aussi parce que nous dépassons enfin les dogmes, que nous atteignons l’esprit plus que la lettre, que nous pouvons nous le permettre; pas les autres. Cette avancée humaniste devrait servir d’exemple. Donc un grand « oui » à l’autodérision. Les valeurs solides tiendront le coup. Quant à la personne de l’archevêque, je vous renvoie à un intéressant article de Marie-Cécile Royen dans le Vif : « Mgr Léonard est tombé dans tous les pièges du système médiatique » et elle lui laisse le bénéfice du doute : par ingénuité ou par goût de la provocation (elle note même « provoc' » !) ? Bon… tout cela est sérieux, alors qu’on ne devrait peut-être que sourire et se dire que c’est finalement une bonne façon de faire entendre sa voix, son opinion, quand justement on ne peut pas user (abuser) du pouvoir (de se faire entendre, d’avoir de l’autorité, de décréter, etc); bien mieux qu’un attentat ? qu’une guerre ? Pour ma part, je trouve que l’humour sauve de tout ! Et… que le doute est plus salutaire que la conviction : au lieu de s’immobiliser, on évolue !

Rire de tout ?

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