« Stella Maris », un excellent roman !

Comme il est réconfortant de découvrir un bon roman écrit dans un bonne langue française. Vous savez, ces récits, où l’auteur ne craint pas d’utiliser le mot juste, même s’il est rare (et parfois remplacé par un anglicisme ou un raccourci de la mode). Je vous jure que cela n’enlève rien au bonheur de suivre l’histoire palpitante ! Michel Joiret, poète, essayiste, revuiste, vous propose un tel roman Stella Maris, du nom d’une villa à plusieurs étages située face à la mer du Nord à Ostende, qui possède sur la tourelle une ancienne étoile de mer effritée par le temps.

Voici deux exemples de ces mots : In petto et « avanies ». Et voici quelques phrases picorées dans le livre, pour vous donner une idée du style :

« C’était le plein juillet. L’été forçait les fenêtres ».

« Le wagon zézaie sur une suite d’aiguillages ». (Notons en passant que l’auteur ne dédaigne nullement les mots utilisés en Belgique, comme « wagon » ou ailleurs « postposer »)

« Le ronflement du frigo, les râles du chauffage et le frisson des châssis diffèrent un peu l’arrivée du sommeil. »

« Au loin, dans les nichées identifiées par les friselis de la réserve, les oiseaux se répondent comme des guetteurs sur le fil virtuel d’un invisible chemin de ronde. »

L’histoire nous entraîne à la fois dans le passé (et si bien et habilement documenté) et dans le présent le plus brûlant, puisque le narrateur journaliste porte un masque qui protège de la pandémie et qu’il entend Maître Gims ou M.Pokora (mais fredonne « Comme à Ostende » de Léo Ferré) ! Il est question d’une histoire de famille, d’une malédiction, de Frères et surtout d’amour. S’il y a beaucoup de morts (du début jusqu’à la fin), l’histoire parle de la vie qui se poursuit, qui submerge tout.

Un mot encore des descriptions qui sont magnifiques, je pense aux funérailles de Frère Marc. En quelques lignes, toute l’atmosphère nous est donnée. Un mot enfin de la brièveté des séquences, qui incite à poursuivre la lecture jusqu’à la dernière ligne.

C’est un bonheur de lecture que je conseille à tous les amoureux des romans, bien loin des modes, des styles fabriqués, des tentations de simplicité, qui souvent sont synonymes de pauvreté du langage.

« Stella Maris », roman de Michel Joiret, Editions M.E.O

www.meo-editions.be/product-page/copie-de-stella-maris-michel-Joiret

Le retour du Grand Quiz avec Jean-Luc !

Le Grand Quiz de « C’est archivé près de chez vous », chaque dimanche à 20h35 depuis l’Atomium et ce, dès ce dimanche 25 septembre jusqu’aux fêtes de fin d’année, c’est ce que vous propose la Trois pour sa rentrée. Disputée par deux équipes de trois joueurs VIP, cette joute hebdomadaire vous emmène dans le monde merveilleux des archives de la RTBF. De quoi terminer votre week-end d’excellente humeur !

L’aventure du Grand Quiz de « C’est archivé près de chez vous » a débuté fin de l’année dernière. Un jeu entièrement consacré aux archives de la RTBF, telle était l’idée conçue avec la collaboration indispensable d’Imadoc, le service des archives de la RTBF. Et qui de mieux que ce duo hilarant pour présenter le quiz : Jacques Mercier (La Semaine infernale, Forts en tête, Monsieur Dictionnaire avec Philippe Geluck, …) et Jean-luc Fonck (Sttellla) !

Le retour du Grand Quiz de « C’est archivé près de chez vous », avec Jean-Luc Fonck et Jacques Mercier – rtbf.be

Prix JM à l’ICHEC

Evidemment, je suis toujours honoré de présider ce prix qui porte mon nom et je prends un grand plaisir à choisir avec le jury un ou une lauréat (e) chaque année, depuis juin 2003 !

Avant de vous donner un bref compte-rendu de nos réunions, comme il s’agit de rechercher un Mémoire utilisant la meilleure langue française, malgré – dirons-nous – des matières qui utilisent souvent des termes anglais, je vous propose un petit détour par le pittoresque de certains mots.

On les croit anglais et ils ne le sont pas ! Et qui sait ? J vais peut-être vous apprendre quelque chose ?

Un relooking

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le mot relooking n’a jamais été employé dans la langue anglaise. Le terme anglais employé pour parler de ce changement d’apparence est make-over. Mais celui-ci n’étant probablement pas assez parlant pour les français, ils ont préféré fabriquer le mot relooking, en assemblant le terme look, qui correspond au style, à l’apparence ; le préfixe re-, pour notifier le changement, le renouveau; et enfin le suffixe -ing pour faire encore plus anglais

Un talkie-walkie

Allez savoir pourquoi, certains diront que les Français sont bizarres, mais partout ailleurs un appareil de radio portatif comportant au moins un émetteur et un récepteur s’appelle un walkie-talkie. Le français, lui, a décidé d’inverser les deux termes. Une façon de se faire remarquer ? Quant à l’origine du mot et son sens : Cela se situe lors de la présentation officielle de l’appareil dans les années 40 à Toronto (Canada), un journaliste aurait interrogé un soldat utilisant l’appareil qui lui aurait expliqué qu’il permettait de parler (talk) tout en marchant (walk).

Encore un mot ?

Un planning

Un mot auquel les Français ont ajouté un suffixe -ing pour le rendre plus anglais. Bon, il y a quand même un peu de sens car en anglais, to plan signifie “planifier”. Mais les anglophones utilisent plutôt le mot schedule (chè deul) pour parler de l’organisation de leur temps de travail, de loisirs…

Ces mots sont donc des faux-anglicismes. Les vrais mots anglais envahissent-ils notre belle langue française ? Une question que j’entends poser depuis mon enfance. Sachez qu’aujourd’hui 25% des 4.200 mots d’origine étrangère dans la langue française sont anglais. 4200 sur les 90.000 que contient un dictionnaire. (un peu plus de 20%) C’est tout-à-fait raisonnable comme proportion, puisque depuis quelque temps déjà l’anglais est la langue de la science, de la finance, des technologies.

Après ce détour (en anglais détour (di tour), après cette récréation, en anglais recreation. Ici aucune difficulté !

Venons-en au Prix lui-même :

Avant tout, je tiens à remercier le jury composé de professeures volontaires. Cette année j’ai eu la chance d’être entouré de Delphine Hauzeur, de Solange Simons, de Sylvie Dony, et de la secrétaire générale du jury, Ingrid Bawin, dont les commentaires et les notes sont précieux à partager.

Dès le premier paragraphe, que dis-je, dès le titre en écriture inclusive et dès la citation de Churchill qui dit très justement « Le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme », nous avons été séduits par le ton fluide, le texte agréable à suivre, la musicalité de la langue utilisée.

Et puisqu’il s’agit pour ce prix d’utiliser la meilleure langue française dans des mémoires qui abordent souvent des thèmes difficiles, nous avons apprécié ce détail dès la première ligne de l’introduction générale : Steve Jobs y est défini comme le créateur de la marque à la pomme plutôt que « Apple » ! Il est cité pour avoir donné comme clé de sa réussite : la persévérance.

Autre exemple qui concerne directement notre propos : je cite :

« Chaque langue utilise un certain champ lexical pour qualifier l’échec d’une entreprise. Par exemple, la littérature anglophone utilisera très souvent les termes Business failure. Tandis que la littérature francophone utilisera plus facilement les termes banqueroute, défaillance, défaite, déconfiture, insuccès, dépôt de bilan, cessation de paiement, insolvabilité et finalement « échec entrepreneurial ».

Cette dernière notion se retrouvera dans le titre, que je vous dévoile dans un instant, le temps d’ajouter que le ton du mémoire est très original, très vivant (la parole est donnée à beaucoup d’intervenants de manière très concrète) et apporte par ailleurs des pistes optimistes à suivre après un échec commercial.

J’ai à titre personnel beaucoup aimé cette définition de l’optimiste : c’est quelqu’un qui impute ses succès à des facteurs internes et ses échecs à des facteurs externes !

Le prix 2022 est attribué à l’auteure du mémoire « Comment faciliter le rebond d’un-e entrepreneur-e en échec entrepreneurial en Belgique ? Etude pratique du programme d’accompagnement Revival. (révaiveul ou revival ?) »

Soit Justine Verzini.

Le nouvel Amélie Nothomb, un délice !

Le bonheur annuel de découvrir le nouveau roman d’Amélie Nothomb ! Le titre, les premières lignes (tellement belles et originales à chaque parution), les trouvailles de mots, d’idées, tout est là pour que ce soit un beau cadeau de mi-août. Juste au moment où on commence à apercevoir la fin des vacances et où la rentrée montre le bout de son nez, le roman d’Amélie freine un peu le temps qui passe.

Le premier chapitre du « Livre des sœurs » est enlevé comme jamais : les enchaînements, l’intérêt, l’interrogation, la brièveté des dialogues, tout est mis en place pour nous mettre en appétit et nous embarquer dans le voyage du récit. C’est une réussite éblouissante !

La suite est à l’avenant, on demeure émerveillé devant le talent de l’écrivaine jusqu’à la dernière ligne.

Cette terrible histoire de l’arrêt des larmes de Tristane bébé ! L’égoïsme des parents amoureux de leur seul couple ! Le premier mot « pomme », qu’elle prononce, comme celle du jardin d’Eden, comme le fruit défendu !

Les verbes siester et voiser…

Un éblouissement parmi d’autres : la visite des sœurs à leur mère devenue veuve et si cruelle. Quel dialogue !

On se laisse porter par le courant du fleuve du livre, emportés comme dans une barque, impressionné par le décor, les paysages, la vie elle-même.

Et puis, tant de sujets abordés, de l’extrême-droite à l’homosexualité.

Enfin, quelle superbe fin…

Que dire d’autre, j’adore « Le livre des sœurs », comme j’ai aimé les 31 romans précédents d’Amélie Nothomb. (Albin Michel, évidemment, éditeur auquel elle reste fidèle – sortie le 17 août.)

P’tite hirondelle

Comme lecture d’été (et de toutes les saisons), je vous conseille cette « P’tite hirondelle », un conte écologique et philosophique, mais qui raconte une bien belle histoire concrète et réelle. « Ce roman est une pure fiction, bien qu’il s’inspire d’une histoire vraie » prévient l’auteur. Dominique Zachary a l’habitude de la plume et des récits, puisqu’il est journaliste lui-même à Vers l’Avenir. On se souvient de son premier livre fort remarqué, et avec raison : « La patrouille des enfants juifs », dont Jean-Claude Servais avait adapté une BD.

Cette fois, le livre bénéfice de parrainages prestigieux : une préface de Yasmina Khadra (« Il virevolte d’un récit épistolaire à un garage où l’on tente de réparer aussi bien les âmes que les pannes mécaniques » écrit-il.) et de la revue littéraire Le Carnet et les Instants qui note qu’il y a du Maupassant et du La Fontaine dans certaines pages !

Vous aussi, vous vous attacherez à Paola, garagiste dans les Pyrénées-Orientales et à Finette, sa fille adoptive, fascinée par les hirondelles…

Bonne lecture

Edition Kiwi, romans.

Me connaissez-vous ?

Vous me connaissez plus par la radio ou la télévision, pour mes fous rires et mon amour du chocolat et de la langue française, mais ce que j’ai fait toute ma vie c’est écrire des poèmes. Qu’une revue comme le « Non-Dit » de Michel Joiret me consacre son numéro d’été me procure donc un bonheur indicible. Mieux encore, outre la belle interview, l’analyse du dernier recueil « Un petit moment de grâce », le questionnaire de Proust, on a demandé à Brice Depasse d’évoquer mes romans, à Alain Bronckart d’évoquer ma vie, à François Van Dorpe de parler des poèmes, à Michelle Lenoble-Pinson mes rapports à la langue française et à Philippe Geluck de parler de ce qu’il connaît de mes vies personnelle et professionnelle. Son texte vaut le détour ! Voici le début ce qu’il écrit : « Au fond, ça tombe bien qu’on me demande un texte sur Jacques Mercier, car si je produis quelques lignes bien senties, je pourrai les lire lors de ma prise de parole à ses funérailles… »

Si vous avez envie de me découvrir autrement et par le biais de ces témoignages, qui me font rougir de modestie, vous pouvez vous procurer ce numéro d’été en le demandant à m.joiret31@gmail.com en indiquant votre adresse. Il coûte 10 euros.

C’est la fête avec Krewe du Belge !

Ce mois-ci, Krewe du Belge jouera dans un festival et deux clubs du Centre de Bruxelles. Et notre Marraine de New Orleans vient nous rendre visite 🙂 

Vendredi 8 et samedi 9 juillet, 13 musicien.ne.s de Krewe du Belge animeront le festival La Semo avec 6 mini concerts. Retrouvez-nous tantôt à la Caravane des Saveurs, tantôt sur la Plaine de la Tour. La Semo, c’est trois jours de festival ecoresponsable, et une dizaine de mondes à découvrir en plus de la programmation musicale. Sur le site extraordinaire du Parc d’Enghien, à 40 minutes de Bruxelles. Hey, et pourquoi pas rester au camping comme nous, ça vous fera des petites vacances. Et il va faire beau !
Parc d’Enghien, 7850 Edingen Infos https://www.lasemo.be

Mercredi 20 juillet, à partir de 21h, Krewe du Belge fera monter la température à la Machine.   La Machine est un bar ouvert depuis 2016, qui s’anime dans un décor d’inspiration Steampunk, digne de la meilleure littérature du genre. Vous pourrez y découvrir une carte riche de 59 bières, de 70 cocktails, de 60 alcools recherchés. La Machine dispose également d’un bel espace scénique où sont régulièrement programmés les meilleurs groupes Rock, Jazz, Soul, et où officient chaque semaine des DJ renommés sur la scène belge et internationale. Place Saint-Gery 2 – 1000 Bruxelles


Le magnifique club de jazz the Music Village invite Krewe du Belge, le jeudi 21 juillet, pour la Fête Nationale! Programmation spéciale : jazz New Orleans + folklore bruxellois. Début du concert à 20h30. Possibilité de manger sur place.  Rue des Pierres 50 1000 Bruxelles 
Réservations : https://themusicvillage.com/reservation/?lang=fr
The Music Village : ce club de jazz propose pas moins de six jours de musique live par semaine, du mardi au dimanche, et ce, tout au long de l’année, pour un total de 300 concerts par an. Adulé depuis 20 ans par les amateurs de jazz, le Music Village s’adresse tout autant à un public plus large de non-connaisseurs.

Enfin, un peu de pub pour la Marraine de Krewe du Belge, une musicienne exceptionnelle née à Verviers et qui vit à New Orleans depuis 20 ans. Là-bas, tout le monde connait son nom, elle joue avec les plus grands, les Marsalis, les Black Indians, etc. La violoncelliste Hélène Gillet sera exceptionnellement de passage à Bruxelles, et donnera un concert intime dans un lieu qui vous sera dévoilé après réservation. Notez la date : mercredi 13 juillet, à 20h.  Réservations : fversaen@gmail.com.  Tarif : 15 €/10 € (student)  

Le livre de l’été !

La saison d’été sur BelRtl a commencé ! J’aurai l’honneur et le plaisir de vous présenter chaque matin de la semaine dans les émissions de Jean-Mi Godfurnon « le livre de l’été ». Vers 6h45 et vers 8h45, je vous parle d’un livre à découvrir (sur la plage, dans l’avion, chez vous) ou à relire. Des évidences que vous aimerez, j’en fais le pari ! Cela commence avec Le petit Prince de St-Ex. Merci de votre avis éventuel ? J’ai tâché d’être clair et simple, sans divulguer l’histoire ! Et tous les ouvrages sont disponibles pratiquement tous en format de poche. Bonne lecture !

Jardins sous la pluie

Il s’agit d’un texte édito que j’avais écrit pour La Libre en juin 2006. Le temps s’accélère…

Soyons de bon compte ! Nous n’aimons ni la canicule ni le gel prolongés. Nous sommes des humains de la région tempérée de la planète Terre. La tiédeur de l’air nous plaît beaucoup. Qui n’a pas rêvé, après huit jours de vacances dans un pays chaud et aride, d’une prairie recouverte de fils de la Vierge au lever du jour et parsemée de champignons, d’un verger ombragé, d’un étang cerclé de roseaux et de grenouilles ? Ce n’est pas par contradiction – ou alors si peu ! – mais par manque, tout simplement. Avouons-le : nous ne détestons pas la pluie. Au point d’ailleurs que bien des artistes la magnifient ! Ne parlons que des musiciens.

Un musicologue québécois, Léo-Pol Morin détaille dans son livre « Musique » les créations inspirées par l’eau. « Franz Listz » dit-il « a définitivement introduit l’eau dans la musique. » Il poursuit : « Mais il faut remarquer que nulle autre musique, ni l’allemande, ni la russe, ne s’est aussi goulûment complu à cette source. Debussy, Fauré, d’Indy, Bruneau, Ravel, Séverac, Duparc, Gaubert, Louis Aubert, beaucoup d’autres encore, qu’ils aient été romantiques, réalistes ou impressionnistes, ont demandé à l’eau leurs plus heureuses inspirations. De grandes marines musicales comme La Mer de Debussy, comme le poème de la mer de L’Étranger, de d’Indy, comme Ondine et les Jeux d’Eau de Ravel, demeureront d’inégalables chefs-d’œuvre. » Pour ce qui est de la pluie, évidemment on en arrive aux Jardins sous la pluie de Claude Debussy. Même s’il ne faut pas chercher dans cette musique la pluie qui tombe lentement et avec monotonie sur un jardin. Il faut plus exactement penser à l’aspect de ce jardin sous la pluie. Remarquons bien que les arbres, les fleurs, les fontaines et les étangs demeurent vivants et colorés, et n’oublions pas que le soleil, à la fin, fait son apparition dans un rayonnant mi majeur. Rien n’est plus lumineux, ni plus intense, que l’effet du soleil sur la nature mouillée. Au milieu de l’œuvre, comme second thème, et légèrement contrefait, on entend l’air de Nous n’irons plus au bois…

Toujours dans le domaine de la musique, n’est-il pas remarquable qu’une des comptines les plus connues soit celle-ci, qui parle de la pluie : « Il pleut, il pleut bergère / Presse tes blancs moutons / Allons sous ma chaumière / Bergère vite allons / J’entends sous le feuillage / L’eau qui tombe à grand bruit / Voici, venir l’orage, / voici l’éclair qui luit. » On sait qu’on doit cette chanson, qui traverse les siècles, à Philippe Fabre, dit Fabre d’Eglantine (1750-1794), celui qui donna aussi de nouveaux noms aux mois de l’année républicaine (qui eut cours de 1792 à 1806, année où Napoléon remet en vigueur le calendrier grégorien). On y trouve bien sûr le mois de la pluie : pluviôse (à l’époque sans accent circonflexe d’ailleurs)!

Bien sûr, dans la chanson française il est de fort jolis textes consacrés à la pluie : « La pluie fait des claquettes » de Claude Nougaro (La pluie fait des claquettes sur le trottoir à minuit… Avec elle je m’embarque en rivière de diamant), « Il pleut dans ma chambre » de Charles Trenet (Il pleut dans ma chambre, j’écoute la pluie… Le jardin frissonne, toutes les fleurs ont pleuré), «Une larme aux nuages » de Salvatore Adamo (Accroche une larme aux nuages, je la cueillerai au réveil, je la ferai couler sur ton visage et la pluie sera mon soleil). Et puis, comment oublier ce début de la chanson « Nantes » de Barbara : « Il pleut sur Nantes / Donne-moi la main / Le ciel de Nantes / Rend mon cœur chagrin. » Barbara, que Gabriel Ringlet, dans son dernier livre « Et je serai pour vous un enfant laboureur », compare à Jésus : « La femme piano et l’homme poème ».

La pluie peut sembler ennuyeuse, parce qu’elle empêche certaines activités, mais si nous en prenions le contre-pied ? Si au lieu d’être affectés par ce contretemps, nous en discernions les aspects positifs : l’entre-temps possible, la lecture, la conversation, la beauté des arbres délavés, le miroir des flaques d’eau, les ronds dans l’eau provoqués par les gouttes de l’ondée, le bruit caractéristique sur le toit, l’écoulement des gouttières, le ruisselet dans le caniveau…

Ne dites pas que je ne veux voir que le bon côté des choses, j’essaie seulement d’aller creuser au fond de nous pour mettre au jour ce qui nous épanouit, nous enrichit, nous grandit plutôt que le laisser-aller, la morosité, le défaitisme, la mauvaise humeur permanente, les récriminations. Et les poètes sont là pour nous y aider. Paul-Jean Toulet, par exemple, ce poète au style sobre, mort en 1920, qui laisse de superbes « Contrerimes ». Voici ce qu’il écrit dans « Les trois impostures » : « Il y a des pluies de printemps délicieuses où le ciel a l’air de pleurer de joie. »