Quel avenir ?

Sous le titre « L’heure des choix », j’écrivais dans La Libre, il y a 11 ans déjà, à propos de ce passage unique de l’adolescence où on se choisit l’avenir. Des réflexions qui sont toujours valables, même si le contexte économique a changé l’enjeu.

« Qui suis-je ? Pourquoi suis-je né en ce monde ? Que dois-je y faire et pour quelle raison ? Toutes ces interrogations importantes sur soi-même, il faut bien qu’on les fasse pour avancer dans cette vie terrestre !

Toutes les aides sont les bienvenues, mais au bout du compte c’est à nous, et seulement à nous, qu’il revient d’en tirer les conclusions. Tout le problème est de savoir comment inscrire sa vie au milieu de celle des autres, puisque nous faisons partie des humains, et quel en est son sens. Je pense aujourd’hui que chaque constat est profondément personnel. On ne peut juger que par rapport à l’environnement social, religieux, culturel, où nous sommes nés, mais aussi par rapport à celui dans lequel nous évoluons, par choix ou par nécessité (ou par hasard), après l’enfance.

Autrement dit, c’est toujours la même histoire : analyser ses racines et, compte-tenu de tous les apports – ils ne cessent de s’additionner, de se mêler – décider d’une direction à prendre. Existe donc un « moment » crucial, terriblement délicat et difficile, où on peut prendre conscience de soi, de ses envies comme de ses capacités, et se mettre en marche.

Une fois le passé assimilé, le présent se change sans cesse en avenir. « Assimiler le passé » c’est parfois un long travail, comme le souligne Romain Rolland dans « Jean-Christophe » : « Par toute son éducation, par tout ce qu’il voit et entend autour de lui, l’enfant absorbe une telle somme de sottises, mélangées à des vérités essentielles, que le premier devoir de l’adolescent qui veut être un homme sain est de tout dégorger. »  Ce moment d’entre-temps est d’autant plus terrifiant qu’il se situe en général au cœur d’une mutation qui mène de l’enfance à l’adolescence et à la maturité. « La maladie de l’adolescence est de ne pas savoir ce que l’on veut et de le vouloir cependant à tout prix. » écrit Philippe Sollers dans « Le défi ».

On a presque l’impression que cette métamorphose se fait de manière naturelle, sauvage, sans compréhension ou sans réflexion. Certains semblent sûrs d’eux et ont la vocation, celle d’être artiste, d’être extraverti, d’être appelé dans tel ou tel métier, d’être fait pour… et ils se fient à cet instinct. Ils le regrettent parfois, malheureux plus tard de n’avoir pas eu le choix et d’avoir été aveuglé par le plaisir (faire ce que l’on aime), les conseils (la vanité d’être reconnu dans un domaine) voire l’entourage (la facilité d’être déjà porté par la tradition).

Certains, plus nombreux, rejettent l’interrogation, la reportent, l’évitent : ils vivent le présent de l’incertitude, de l’aventure, de l’inconnu, comptent sur la chance d’un coup de cœur, de foudre. Cela marche quelquefois : on se sent des affinités, qu’on ne soupçonnait pas, pour tel ou tel domaine, la science, les mathématiques, les langues, etc.

Certains, encore plus nombreux, ne trouvent pas. Ils choisissent de demeurer tournés vers le passé qu’ils connaissent ou ils font l’inverse, ils coupent les ponts et adoptent une fuite en avant.

Pendant cette période de choix, selon son caractère, on fait confiance aux autres, aux livres, aux professeurs, aux adultes en général ou on cherche selon ses propres critères. Le danger de l’adolescence est qu’on y agit avant de réfléchir. Et qu’on peut s’enferrer dans des convictions, qui ne reposent sur aucune expérience. Ce n’est pas un âge où l’on reconnaît facilement que l’on se trompe ! On voit donc toute la délicatesse de ce moment éminemment critique de l’existence.

Il n’y a pas une solution, mais des centaines de possibilités différentes pour aider quelqu’un à prendre conscience de soi. Comme toujours, il faut avant tout que la réponse vienne de la personne elle-même, qu’elle ne soit pas imposée mais suggérée.

Sommes-nous ces « anges » dans la vie des adolescents ? de nos enfants ? Conseillons-nous assez et dans la discrétion ou imposons-nous sans discrétion nos vues (qui ne valent que pour nous, rappelons-le !) ? Toute leur vie en dépendra et celles de leurs enfants et de leurs petits-enfants, ne l’oublions jamais !

Haim Ginott note ceci : « Si vous voulez rendre vos enfants meilleurs, donnez-leur l’occasion d’entendre tout le bien que vous en dites à autrui. » 

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André Goosse : Maître de la langue française

André Goosse fut évidemment l’un de nos invités prestigieux du Jeu des Dictionnaires, lui qui est un « Maître de la langue française ». Dans un ouvrage de 2003, que j’avais consacré précisément aux grammairiens, il en était le premier chapitre :

« Au vu de ses compétences, cela va de soi : cet académicien, ancien Secrétaire perpétuel, est un « maître » de la langue française. Il a vécu de l’intérieur la réforme de la nouvelle orthographe, par exemple dans sa confrontation avec l’Académie française, celle de la féminisation des noms de fonctions, de grades. De plus, il a suivi les cours de Joseph Hanse et de Maurice Grevisse. Sa passion des mots l’entraîna à demander à sa condisciple, la propre fille de Grevisse, de servir d’intermédiaire dans son dialogue avec le professeur. Cette passion des mots rejoignit alors celle de l’amour et il épousa Marie-Thérèse Grevisse… » C’est une partie de sa présentation.

Pour lui rendre hommage, au moment de sa disparition il y a quelques jours, voici un extrait des multiples conversations que j’ai eu la chance d’avoir avec lui.

« Au sujet de la « nouvelle orthographe », il faut d’abord rappeler ceci : aucun changement dans l’histoire de l’orthographe n’a donné de résultat immédiat. Lorsqu’au XVIe siècle, par exemple, des imprimeurs ont utilisé la cédille, il a fallu un certain nombre de générations avant que la cédille ne soit acceptée par tous les imprimeurs ainsi que par les usagers ordinaires. »

Et à propos de la féminisation :

« La féminisation est un autre problème et assez curieusement, autant certains trouvent impossible et criminel d’écrire « événement » avec un accent grave ou « nénufar », autant ils trouvent normal d’utiliser un féminin jusqu’ici inusité. La presse quotidienne a adopté très vite les formes nouvelles. On lit « la juge », « la députée », « la substitute » plus rarement. Cela a pénétré assez facilement et, dans une certaine mesure, cela correspond à une évolution normale, mais qui n’est pas aussi automatique et aussi « éthique » que le disent certaines féministes ».

Un mot encore, je me souviens lui avoir demandé en guise de clin d’oeil « Dit-on à ou en vélo » ? Il m’a répondu sagement qu’il ne répondait jamais sans avoir vérifié sa réponse dans le Bon Usage ! (La réponse est « à vélo » !)

(Ci-dessous André Goosse et en compagnie de Philippe Geluck et d’Amélie Nothomb il y a presque trois ans pour l’anniversaire du livre)

5000 mots !

Déjà, j’aime le titre de cette anthologie : « Cinq mille mots serrés comme un petit café italien » ! Ce sont 13 opuscules pour fêter les deux ans de la collection (et le 100e numéro). Et comme dit Eric Lamiroy, l’éditeur de la collection : « Après leur lecture, ne soyez pas triste, il y en a une centaine d’autres ! »

Je retrouve mon texte « Des matins lumineux », mais aussi celui de Stefan Libersky, de Brice Depasse, d’Isabelle Wéry ou d’Adeline Dieudonné…

Disponible sur www.Lamiroy.be

Comme j’aime les signes, j’ouvre au hasard le volume et je lis la première phrase du texte de Cécile Hupin, intitulé « Pizza » : « Plus tu vieillis, moins tu as de chances que le jour qui commence soit le pire de ta vie, c’est mathématique ! » J’aime !

Bonne lecture, c’est le livre idéal pour ce mois d’août !

« Soif », le meilleur ouvrage d’Amélie Nothomb !

Comme je l’ai déjà indiqué, je trouve le nouveau roman « Soif » d’Amélie Nothomb (Albin Michel) sans doute le meilleur, le plus surprenant, le plus « intéressant » (des 28 ouvrages publiés), car il contient tant et tant de pistes de réflexions ! Je ne veux rien révéler de trop précis avant votre propre lecture, je ne vais donc que vous noter ci-dessous quelques courtes phrases – hors contexte –  parmi les très nombreuses que j’ai recopiées pour moi-même. Bonne lecture, bonne découverte, bon plaisir !

(Le roman ne sera en vente que le 22 août, mais vous pouvez le précommander)

L’énigme du mal n’est rien comparé à celle de la médiocrité.

On n’excelle que dans ce dont on a la pratique quotidienne.

On est quelqu’un de meilleur quand on a eu du plaisir, c’est aussi simple que cela.

L’amour est énergie et donc mouvement, rien ne stagne en lui, il s’agit de se jeter dans son jaillissement sans se demander comment on va tenir, car il n’est pas à l’épreuve de la vraisemblance.

C’est à cela que l’on sait si l’on est amoureux : à ce que l’on ne choisit pas.

On dit que l’amour est aveugle. J’ai constaté le contraire. L’amour universel est un acte de générosité qui suppose une lucidité douloureuse. Quant à l’état amoureux, il ouvre les yeux sur des splendeurs invisibles à l’œil nu.

Aucune jouissance n’approche celle que procure le gobelet d’eau quand on crève de soif.

Partition délicieuse, subtilement changeante, rhapsodique sans esbroufe, toute pluie tient de la bénédiction.

C’est une expérience commune : quand on gravit une montagne, on la regarde d’abord du bas, d’où elle ne paraît pas élevée. Il faut arriver au sommet pour se rendre compte de l’altitude.

On n’apprend des vérités si fortes qu’en ayant soif, qu’en éprouvant l’amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps.

Je n’ai pas la force de tendre la langue pour attraper la pluie, mais elle mouille mes lèvres, et j’éprouve la joie sans nom de respirer encore une fois le meilleur parfum du monde qui portera un jour le beau nom de pétrichor.

Une mère qui a le talent de faire sentir à son enfant combien elle l’aime, c’est la grâce absolue.

Si vous aimez vos morts, faites-leur confiance au point d’aimer leur silence.

Quand les hommes vivront d’amour

Devons-nous assister impuissants à cette recrudescence moyenâgeuse de l’intolérance ? La mise en avant de ce qui nous différencie plus que de ce qui nous unit. Je me souviens de cette chanson de Lévesque interprétée par les grands du Québec (Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Robert Charlebois) en août 1974 à la SuperFrancofête (Philippe Geluck, alors comédien, y était !) et qui me donne encore des frissons aujourd’hui lorsque je l’écoute : « Quand les hommes vivront d’amour » qui se terminait par ce constat désespérant : « … Mais nous, nous serons morts, mon frère ! ».

A ce propos j’ai retrouvé un texte écrit pour la Libre en 2007, que je vous recopie bien volontiers, comme thème de réflexion durant ces semaines d’été.

« Nous sommes faits d’une multitude d’influences. Nous avons été construits par tout ce qui nous a précédés, qui fut gardé dans nos gènes, par ce que nous avons vécu dans le ventre de notre mère, de tous les bruits, les mots, les comportements entendus et assimilés dans l’enfance. Aujourd’hui encore, chaque seconde apporte une pierre nouvelle à l’édifice de notre vie. On se consolide, on répare les brèches, on embellit. Ces apports sont de toutes sortes : des peurs, des cris, des images cruelles, le froid, la faim, l’abandon, mais aussi la chaleur, la bonté, le regard aimant, la caresse, la voix, le réconfort.

Le miracle est que notre être, assemblé de toutes ces incidences, reste unique, original, éminemment personnel. Il l’est sans nul doute d’autant plus qu’il aura été enrichi de toutes ces alluvions déposées sur les pentes du volcan de sa vie.

Ne prenons que l’exemple de l’écriture, puisque j’écris ces réflexions, et nous sommes d’accord avec Alphonse de Lamartine qui déclare dans ses « cours familiers de littérature » : « Toutes les grands lectures sont une date dans l’existence », un exemple parmi tant d’autres.

Dans la vie quotidienne, des détails à première vue anodins nous marquent à jamais. Je me souviens, lorsque j’avais dix ans, d’un brave homme en pantoufles dans la salle d’attente du dentiste et qui s’appliquait à me parler pour faire disparaître ma peur de la douleur à venir.

Je me souviens, lorsque j’avais treize ans et grandissant dans une famille de garçons, de mon père qui m’expliquait qu’il n’y avait aucun mal à parler aux jeunes filles.

Je me souviens, lorsque j’avais quinze ans, d’un correspondant congolais et de ses lettres flamboyantes.

« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis » est une phrase, que j’ai recopiée, extraite de « Citadelle » de St-Ex, comme on disait familièrement d’Antoine de Saint-Exupéry.

Ce matin, je suis mal à l’aise, je ressens plus qu’un autre jour combien certaines personnes vont dans une autre direction. J’additionne les commentaires sur le repli de soi, sur le droit du sol, sur l’extrémisme, sur l’intolérance et bien sûr sur la violence, l’arrogance, l’égoïsme, le mépris. Je lis les comptes-rendus d’affrontements ici chez nous comme ailleurs et ils ont tous cette même cause : prendre, garder et ne rien donner, échanger.

« Le fait d’être seul, de ne connaître personne dans une ville, transforme en prison ce lieu sans échanges » note Paul Valéry dans le bien nommé « Mélange ».

Que faire ? Comment s’opposer à ces terrorismes politiques, religieux, intellectuels ? La réponse est là dans ce titre de Valéry : mélange. Bien sûr garder son identité (elle est en mutation permanente), son âme – osons le mot ! – mais écouter, s’ouvrir aux autres. La culture est un vecteur essentiel pour cela. Et les projets et réalisations « métissées » sont multiples et extraordinaires.

L’ensemble de ces actions positives pour l’avenir de l’homme fera vaciller sans doute les certitudes aveugles de ceux qui se croient supérieurs et se pensent sans besoin des autres.

Chacun peut avoir son mot à dire dans l’évolution des hommes : un être peut entraîner tous les autres par son exemple. Cela s’est vu !

Aucun pouvoir au monde ne peut résister longtemps à la poussée des êtres humains qui s’y opposent, même et surtout de manière pacifique et artistique.

John Fitzgerald Kennedy l’avait parfaitement compris lorsqu’il écrivit : « Quand le pouvoir pousse l’homme à l’arrogance, la poésie lui rappelle la richesse de l’existence. Quand le pouvoir corrompt, la poésie purifie. »

Il pleut !

Comme je n’ai pas encore la permission de vous en parler, car il ne sort que le 22 août, je peux déjà vous écrire que le nouveau roman « Soif » d’Amélie Nothomb est une merveille ! Je pense même pouvoir vous dire qu’à mon avis c’est le meilleur de toute sa production ! Je suis soufflé, enthousiaste et admiratif !

J’en retire, comme à chaque fois, la connaissance de mots rares. Ainsi le « pétrichor » (qui se prononce kor, car il est d’origine grecque) qui désigne l’odeur de la terre après la pluie…

Et j’ai donc retrouvé pour vous un de mes éditos parus dans la Libre Belgique en juin 2006, sous le titre de « Jardins sous la pluie ».

 

« Soyons de bon compte ! Nous n’aimons ni la canicule ni le gel prolongés. Nous sommes des humains de la région tempérée de la planète Terre. La tiédeur de l’air nous plaît beaucoup.

Qui n’a pas rêvé, après huit jours de vacances dans un pays chaud et aride, d’une prairie recouverte de fils de la Vierge au lever du jour et parsemée de champignons, d’un verger ombragé, d’un étang cerclé de roseaux et de grenouilles ? Ce n’est pas par contradiction – ou alors si peu ! – mais par manque, tout simplement.

Avouons-le : nous ne détestons pas la pluie. Au point d’ailleurs que bien des artistes la magnifient ! Ne parlons que des musiciens. Un musicologue québécois, Léo-Pol Morin détaille dans son livre « Musique » les créations inspirées par l’eau. « Franz Liszt » dit-il « a définitivement introduit l’eau dans la musique. » Il poursuit : « Mais il faut remarquer que nulle autre musique, ni l’allemande, ni la russe, ne s’est aussi goulûment complu à cette source. Debussy, Fauré, d’Indy, Bruneau, Ravel, Séverac, Duparc, Gaubert, Louis Aubert, beaucoup d’autres encore, qu’ils aient été romantiques, réalistes ou impressionnistes, ont demandé à l’eau leurs plus heureuses inspirations. De grandes marines musicales comme La Mer de Debussy, comme le poème de la mer de L’Étranger, de d’Indy, comme Ondine et les Jeux d’Eau de Ravel, demeureront d’inégalables chefs-d’œuvre. »

Pour ce qui est de la pluie, évidemment on en arrive aux Jardins sous la pluie de Claude Debussy. Même s’il ne faut pas chercher dans cette musique la pluie qui tombe lentement et avec monotonie sur un jardin. Il faut plus exactement penser à l’aspect de ce jardin sous la pluie. Remarquons bien que les arbres, les fleurs, les fontaines et les étangs demeurent vivants et colorés, et n’oublions pas que le soleil, à la fin, fait son apparition dans un rayonnant mi majeur. Rien n’est plus lumineux, ni plus intense, que l’effet du soleil sur la nature mouillée. Au milieu de l’œuvre, comme second thème, et légèrement contrefait, on entend l’air de Nous n’irons plus au bois…

Toujours dans le domaine de la musique, n’est-il pas remarquable qu’une des comptines les plus connues soit celle-ci, qui parle de la pluie : « Il pleut, il pleut bergère / Presse tes blancs moutons / Allons sous ma chaumière / Bergère vite allons / J’entends sous le feuillage / L’eau qui tombe à grand bruit / Voici, venir l’orage, / voici l’éclair qui luit. » On sait qu’on doit cette chanson, qui traverse les siècles, à Philippe Fabre, dit Fabre d’Eglantine (1750-1794), celui qui donna aussi de nouveaux noms aux mois de l’année républicaine (qui eut cours de 1792 à 1806, année où Napoléon remet en vigueur le calendrier grégorien). On y trouve aussi le mois de la pluie : pluviôse (à l’époque sans accent circonflexe d’ailleurs)!

Bien sûr, dans la chanson française il est de fort jolis textes consacrés à la pluie : « La pluie fait des claquettes » de Claude Nougaro (La pluie fait des claquettes sur le trottoir à minuit… Avec elle je m’embarque en rivière de diamant), « Il pleut dans ma chambre » de Charles Trenet (Il pleut dans ma chambre, j’écoute la pluie… Le jardin frissonne, toutes les fleurs ont pleuré), « Une larme aux nuages » de Salvatore Adamo (Accroche une larme aux nuages, je la cueillerai au réveil, je la ferai couler sur ton visage et la pluie sera mon soleil). Et puis, comment oublier ce début de la chanson « Nantes » de Barbara : « Il pleut sur Nantes / Donne-moi la main / Le ciel de Nantes / Rend mon cœur chagrin. »

La pluie peut sembler ennuyeuse, parce qu’elle empêche certaines activités, mais si nous en prenions le contre-pied ? Si au lieu d’être affectés par ce contretemps, nous en discernions les aspects positifs : l’entre-temps possible, la lecture, la conversation, la beauté des arbres délavés, le miroir des flaques d’eau, les ronds dans l’eau provoqués par les gouttes de l’ondée, le bruit caractéristique sur le toit, l’écoulement des gouttières, le ruisselet dans le caniveau…

Ne dites pas que je ne veux voir que le bon côté des choses, j’essaie seulement d’aller creuser au fond de nous pour mettre au jour ce qui nous épanouit, nous enrichit, nous grandit plutôt que le laisser-aller, la morosité, le défaitisme, la mauvaise humeur permanente, les récriminations.

Et les poètes sont là pour nous y aider. Paul-Jean Toulet, par exemple, ce poète au style sobre, mort en 1920, qui laisse de superbes « Contrerimes ». Voici ce qu’il écrit dans « Les trois impostures » : « Il y a des pluies de printemps délicieuses où le ciel a l’air de pleurer de joie. »

 

Séjour magnifique

Pour le début de vacances, j’ai tenté une maison d’hôte dans l’Hérault en France. C’était recommandé par des amis: un couple terriblement sympa d’Anglais propose trois chambres depuis peu dans une région et un lieu magnifiques. Facile pour nous car c’est à 50 km de l’aéroport de Béziers et relié à la Belgique par Ryanair. Les repas sont délicieux et la rivière très reposante. Cet ancien moulin a été rénové avec un goût très sûr. Bref, j’ai été conquis. Je vous laisse un lien et des photos. Sinon cherchez le Moulin d’Arcas à Prémian ! Bonnes vacances !

https://www.chambres-hotes.fr/chambres-hotes_le-moulin-d-arcas-_premian_h3226060.htm

Séjour idéal

Pour le début de vacances, j’ai tenté une maison d’hôte dans l’Hérault en France. C’était recommandé par des amis: un couple terriblement sympa d’Anglais propose trois chambres depuis peu dans une région et un lieu magnifiques. Facile pour nous car c’est à 50 km de l’aéroport de Béziers et relié à la Belgique par Ryanair. Les repas sont délicieux et la rivière très reposante. Cet ancien moulin a été rénové avec un goût très sûr. Bref, j’ai été conquis. Je vous laisse un lien et des photos. Sinon cherchez le Moulin d’Arcas à Prémian ! Bonnes vacances !

https://www.chambres-hotes.fr/chambres-hotes_le-moulin-d-arcas-_premian_h3226060.htm

Prendre son temps

A l’aube des vacances, je relis quelques textes de chroniques anciennes et certaines sont tellement d’actualité ! Celle-ci « Vivre intensément au présent » date de 2005 pour sa publication dans La Libre et je vous l’ai proposée ici-même il y a 7 ans déjà !

« L’idée n’est pas tant de freiner le temps qui passe – qui le peut ? – que de ne pas se perdre dans le passé (avec des échecs et des réussites) ou dans l’avenir (avec nos projets ou nos impuissances).

Alors il nous reste à vivre intensément le présent. « L’amour vit l’instant présent, ne se retourne pas sur le passé ni ne s’inquiète de l’avenir. L’amour c’est maintenant ! » C’est une réflexion du conférencier américain Léo Buscaglia, qui a souvent disserté sur le défi de l’amour. Il note par ailleurs avec humour : « Vivez chacun de vos jours comme si c’était le dernier, vous finirez bien par avoir raison. » J’aime aussi quand il déclare : « Nous sous-estimons souvent le pouvoir d’un contact, d’un sourire, d’un mot gentil, d’une oreille attentive, d’un compliment sincère, ou d’une moindre attention ; ils ont tous le pouvoir de changer une vie. »

Notre existence quotidienne est envahie de sollicitations de toutes sortes. Nous avons d’ailleurs pris l’habitude en ces années de progrès technologiques de faire plusieurs choses à la fois. Parfois, elles sont dangereuses (téléphoner en conduisant sa voiture), parfois elles sont curieuses (écrire un texte sur son ordinateur et dialoguer en même temps par écran d’Ipad). Combien d’étudiants prétendent mieux apprendre leurs cours (à tout le moins ne pas être distrait) en écoutant de la musique !

Et pourtant, il me semble que la force du présent c’est de pouvoir se concentrer sur une action au moment où on la mène. Elle est forcément réalisée avec plus de qualité.

La lecture d’un livre, si elle peut se faire (et sans doute pour des lectures plus faciles) sur une plage ensoleillée au milieu des cris d’enfants, des appels de vendeurs de chocolats glacés, n’est jamais plus enrichissante que dans le silence d’une fin de journée, sans télévision, sans radio, sans enfants à suivre du coin de l’œil. C’est ainsi qu’on entrera le mieux dans un autre univers, dans une réflexion, dans un récit, que l’on empruntera le plus efficacement la passerelle lancée vers nous par un écrivain.

Comment mieux savourer des phrases comme celles qui suivent et que je lisais récemment vers minuit dans « Un itinéraire spirituel » de Jan Sulivan. Elles concernent notre propos, qui plus est ! « Le regard bienveillant que l’on porte sur un temps révolu n’est jamais que pitié déguisée de soi », « Il existe une race d’hommes qui portent en eux le clochard en filigrane, ceux qu’un rien rend heureux, un merle sur l’herbe, des lichens sur un mur, une flaque de soleil sur un arbre, ceux qui vivent pleinement l’instant, ils sont immortels, c’est pour eux que j’écris » et ceci : « Bondissez sur l’instant, le passé et le futur sont dedans, il porte en lui sa charge d’éternel. »

Être le plus possible dans le présent, cela veut dire beaucoup de choses finalement : avoir une réelle conversation avec quelqu’un, l’écouter, ne pas se laisser distraire, lui répondre juste et pas à côté ; au restaurant ou en groupe, couper son téléphone afin de ne pas précisément « couper le fil » des idées et des mots qui circulent ; écouter ses enfants même après une longue journée de préoccupations. Car ne sont pas toujours mises en action les recettes (parfois commerciales) qui aident à la concentration, comme la salle obscure du cinéma ou du théâtre, la mise en scène colorée et tapageuse de la publicité télévisée, les multiples haut-parleurs dans la voiture.

Être au présent demande sans doute de l’exercice, une discipline. Osons-nous encore aujourd’hui parler de « discipline », alors que la moindre atteinte à notre confort nous hérisse ? « La discipline en soi n’est pas un concept empoisonné, seule l’est la discipline imposée au lieu d’être choisie » écrit très justement en 1981 l’auteur de Science-Fiction Jack Vance, dans le 5e tome de sa saga des princes-démons : « Le livre des rêves ».

Il faut faire un effort, pouvoir nettoyer son instant présent, l’aménager comme on le ferait d’une clairière pour y prendre un pique-nique (Cela se fait-il encore ?) : débroussailler un peu, se mettre à l’abri du vent, couper les branchages qui gênent, chercher le coin d’herbe tendre dans l’ombre tiède… et vivre pleinement ce repas pris avec des êtres aimés hors du temps qui passe.

Tout cela se résume à la disponibilité.

Nous sommes confrontés à tout moment dans les séries télévisées à des personnes, sans doute importantes, qui refusent de recevoir une personne, d’écouter une requête, de prendre quelques minutes pour un autre. « Demandez de me rappeler ! Qu’il revienne un autre jour ! Je suis occupé ! » Est-ce un modèle (américain) à suivre ? Celui du rabâché « le temps c’est de l’argent » ? Le temps ce n’est pas de l’argent, c’est la vie !

Qui est Crésus ?

Voici une lecture idéale en période estivale : « Le compte est bon », que j’ai écrit avec Noël, (Responsable d’une équipe de conseillers chez BNP Paribas Fortis) le dernier des cinq enfants de ma famille recomposée. Vous trouverez ci-dessous le texte de présentation des éditions Racine et le lien vers leur site. (Mais il est en vente en librairie) La préface est signée par Christophe Giltay. Les illustrations drôles sont de Vincent Rif. Ces expressions de la vie courante – aussi ces mots courants que nous ne comprenons pas toujours – concernent l’argent et la finance. Ne ratez pas les citations, souvent contrepoint drôle ! Bonne lecture.

https://www.racine.be/fr/monsieur-dictionnaire-le-compte-est-bon

Être plein aux as. L’argent n’a pas d’odeur. Riche comme Crésus. Espèces sonnantes et trébuchantes. Avoir des oursins dans la poche. Travailler pour le Roi de Prusse…

Drôles, désuètes, explicites ou carrément mystérieuses, nous utilisons ces expressions sans parfois connaître leur origine ou leur sens véritable.

Jacques Mercier alias « Monsieur Dictionnaire » et Noël Van der Schueren décortiquent 140 expressions sur le thème de l’argent. Ils en précisent l’usage et accompagnent leur propos d’exemples, de citations et de synonymes qui ajoutent à l’insolite ou à la drôlerie des origines.