Les instapoètes

Merci à Vanessa de m’avoir fait suivre l’article ci-dessous (à la fin vous trouverez aussi le lien original), qui explique aussi l’engouement récent pour les haïkus sur Instagram. Je la remercie d’autant plus que ma propre démarche matinale sur Instagram, Twitter, FaceBook et LinkedIn a été spontanée, sans savoir que je m’inscrivais dans ce nouveau courant. C’est le moment donc d’en parler, puisque nous sommes dans la Semaine de la Langue française ! (Et si vous voulez me suivre c’est : jacquesmercier16 – @JacquesMercier et FB : Jacques Mercier…

Comment la poésie devient une arme d’expression massive aux États-Unis

À l’occasion de la Journée mondiale de la poésie, le 21 mars, détour par les États-Unis où l’on croyait cette forme littéraire presque enterrée. Mais la poésie fait un retour en force dans l’Amérique de Trump. Premiers acteurs de ce renouveau : les jeunes et les femmes, qui s’expriment en nombre sur les réseaux sociaux.

En avril 2015, le Washington Post publiait un article qui alliait l’injure aux statistiques avec une efficacité redoutable. Intitulé “La poésie au bord de l’extinction”, cet article – publié, pour comble, au plus fort du Mois national de la poésie – se fondait sur les résultats les plus récents de l’enquête que le National Endowment for the Arts, le NEA mène tous les cinq ans. Cette enquête visait à mettre en lumière, par des chiffres, la relation qu’entretiennent les Américains avec un genre littéraire qui représente, pour reprendre les mots [du poète moderniste américain] Wallace Stevens, “le renouvellement de l’expérience”.

Pour ceux qui s’intéressent à la poésie, les informations très fouillées réunies dans le cadre de l’enquête étaient tout à fait décourageantes. Les courbes plongeantes que le Washington Post avait réalisées pour illustrer l’article enfonçaient le clou. “Depuis 2002, la part des lecteurs de poésie s’est réduite de 45 % – soit la plus forte baisse jamais enregistrée pour un genre littéraire”, affirmait l’enquête, citant des données de 2012. Le journal résumait les choses ainsi : “Depuis vingt ans, la tendance à la baisse est presque parfaitement linéaire – et ne montre aucun signe de ralentissement.”

Un art qui vient se nicher partout

Depuis, il s’est produit quelque chose d’étonnant. Lors de sa dernière étude, menée en 2017 et publiée en 2018, le NEA a découvert que la poésie, loin d’être en chute libre comme l’indiquaient les précédentes enquêtes, renouait avec une popularité record. Bref, les rumeurs concernant sa mort étaient très exagérées. Le nombre de lecteurs déclarés de poésie aux États-Unis a doublé entre 2012 et 2017, d’après l’enquête. Et si la lecture de ce genre littéraire repart à la hausse dans toutes les catégories de population étudiées, dans les milieux urbains comme ruraux, ce sont les jeunes adultes qui présentent l’augmentation la plus importante et la plus forte : la proportion des lecteurs de poésie parmi les 18-24 ans a plus que doublé, passant de 8,12 % en 2012 à 17,5 % en 2017. Les femmes et les personnes de couleur contribuent pour une large part à ce retour en force.

Une enquête aussi poussée que celle de la NEA pose un problème de définition : qu’appelle-t-on en réalité “poésie” ? Doit-on se limiter aux mots imprimés sur une page, soigneusement rangés dans le rayon Poésie de [la chaîne de librairies] Powell’s Books ? Ou s’agit-il d’un phénomène plus large, plus viral, plus musical, culturellement plus vaste, donc bien plus difficile à définir – et dont, par conséquent, on imagine mal qu’il puisse disparaître ? Avec ses vers accompagnés d’illustrations sur Instagram, qui lui ont valu le surnom d’“Instapoète”, Rupi Kaur est parmi les poètes les plus populaires du monde, quels que soient les critères de diffusion auxquels on se réfère.

Les instapoètes

On les appelle des “instapoètes”. Jeunes, souvent autodidactes, ils “partagent sur Instagram des compositions [poétiques] soignées qui évoquent des selfies littéraires, souvent mis en scène avec des polices un peu rétros, à la façon d’une machine à écrire encrassée”décrit The Washington Post. Au premier rang des stars de cette nouvelle vague, on trouve l’auteure canadienne d’origine indienne Rupi Kaur, dont le compte est suivi par plus de 3 millions d’abonnés. “Deux ou trois fois par semaine,explique le journal, elle poste un bref poème aux accents élégiaques illustré par un dessin très simple au trait noir, dont son public se délecte.”

Le réseau de partage de photos n’est pas seul à offrir une fenêtre de visibilité aux aspirants poètes. “La forme ramassée de la poésie fait qu’elle se prête souvent bien à une mise en scène compacte, destinée à être partagée sur Twitter, Facebook et Instagram”notait dès 2016 le magazine The Atlantic. Pour The Washington Post, en changeant “la façon de lire et d’écrire de la poésie, […] les réseaux ont servi de défibrillateurs pour faire revenir à la vie l’art ancien de la poésie”.

Paroles de femmes

Les femmes sont particulièrement représentées dans ce mouvement : les poèmes des réseaux sont, toujours d’après The Washington Post, “en grande partie composés par des femmes – jeunes – pour un public de jeunes femmes[Leurs] poèmes sont des messages très personnels qui ont pour sujet l’estime de soi et l’émancipation, et qui puisent dans ce refus très moderne de se taire – prenant pour cible les pervers, les petits amis qui les font souffrir, et tous ceux (en majorité des hommes) qui les empêchent de s’épanouir, que ce soit dans la chambre à coucher ou au travail.”

Cette tendance des instapoètes n’a pas échappé aux éditeurs, alléchés par les ventes de Rupi Kaur (ses deux recueils parus, dont Lait et miel, publié en français aux éditions Charleston, se sont écoulés à des “millions d’exemplaires”). Ainsi que le souligne une poétesse citée par le journal : “Aujourd’hui tout le monde veut son instapoète.”

https://www.courrierinternational.com/article/litterature-comment-la-poesie-devient-une-arme-dexpression-massive-aux-etats-unis

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Un dernier « Jeu des Dictionnaires » ?!

Le Jeu des Dictionnaires
Edition spéciale live au bénéfice de DoucheFLUX

24.03.2019

 

Vous êtes des nostalgiques du Jeu des dictionnaires sur la Première, ou curieux de le connaître ? Le dimanche 24 mars 2019 à 17h aura lieu sa deuxième édition spéciale live au bénéfice de DoucheFLUX et dans le cadre de la semaine de la langue française en fête à Wolubilis.

Le concept ? Un animateur, son assistante et un.e invité.e – ici Julie Rens (Juicy) ! – chargé de choisir parmi les définitions d’un mot proposées par des chroniqueurs celle qui est correcte. Le tout émaillé de billets, sketches et autres tranches de rire parfois cyniques et jamais vulgaires. Cette émission culte, qui a pris fin en 2011, a voyagé des années durant dans toute la francophonie et attiré des milliers de spectateurs.

Seront présents autour de Jacques Mercier et Virginie Swensson : Alain Debaisieux, Bruno Coppens, Catherine Ronvaux, Chloé Von Arx, Eric De Staercke, Fred Jannin, Gilles Dal, Jean-Jacques Jespers, Juan d’Oultremont, Philippe Geluck, Pierre Kroll, Raoul Reyers, Sergio Honorez, Stefan Liberski et Thomas Gunzig !

Retrouvez toutes les infos
Achetez votre ticket en ligne (30€)

 

 

Au-delà des apparences…

C’est un constat : on se fie le plus souvent aux apparences. Le monde tourne autour de l’apparence. Ce n’est pas un phénomène de mode, encore qu’accentué par l’arrivée de l’image, de la télévision dans l’histoire de notre société humaine, c’est un fait lié à l’utilisation de nos sens.

Pourtant le vieux proverbe nous met en garde : « Les apparences sont souvent trompeuses » ! Il faut sauver les apparences : « Les apparences sont donc bien en péril puisqu’il s’agit toujours de les sauver ! » (Natalie Clifford Barney) Et tous les penseurs nous ont avertis.

Ainsi François de La Rochefoucauld, au XVIIe siècle, porte à notre réflexion dans ses « Réflexions ou Sentences et Maximes morales » : « Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite même. »

Ainsi Charles Perrault dans « Grisélidis » qui décrète que : « Rien au monde, après l’espérance, n’est plus trompeur que l’apparence ».

Il n’est nul besoin de beaucoup d’exemples pour illustrer que nous ne nous attardons qu’à la surface des choses et des êtres, nous en sommes tous victimes et nous avons tous succombé à cette légèreté. Le temps qui s’accélère aujourd’hui ne peut pas nous aider à approfondir cette connaissance ! A l’image des reportages, des interviews, du survol des titres de la presse ! Le commentaire du journaliste en télévision (avec un prompteur qui lui donne une apparence de mémorisation) explique, alors que quelques images apparaissent, quelques secondes de violence, d’un pays lointain, d’un homme politique s’engouffrant rapidement dans une voiture blindée.

Le présentateur s’entretient avec son invité : dans son « oreillette » (qui lui donne une apparence de tout retenir par cœur) lui dit-on vraiment toutes les vingt secondes qu’il faut lui couper la parole, même si son idée n’est pas développée, pour enchaîner avec une autre question afin de maintenir l’intérêt ?

Nous parcourons les titres du quotidien, nous arrêtant parfois sur un mot, une photo, un titre plus accrocheur… lisons-nous le texte avec attention ou bien « zappons-nous », comme nous pouvons le faire avec les chaînes de télévision, certes nombreuses ?

Et dans bien des magazines, avez-vous remarqué que les noms propres étaient imprimés en gras pour que l’œil s’y arrête ?

Bref, nous survolons à toute vitesse alors que nous devrions parcourir ce paysage médiatique à pied, flâner, humer, comprendre, apprécier ! Le résultat est que nous ne connaissons que peu de choses en profondeur. C’est la couleur du décor, la coiffure de l’interlocutrice, la reliure d’un livre qui président à nos jugements ! Ce n’est alors que provisoire, superficiel.

George Sand écrit dans « Le beau Laurence » : « La beauté de l’apparence est seulement le charme de l’instant ; l’apparence du corps n’est pas toujours le reflet de l’âme. »

Et avec humour Marcel Pagnol dit : « Si l’on jugeait les choses sur les apparences, personne n’aurait jamais voulu manger un oursin. »

Nous sommes multiples, heureusement. C’est une richesse, mais l’on doit creuser un peu pour la découvrir et la partager. Ceux qui ont « plusieurs casquettes », comme dit la locution familière, ont plus que d’autres ce problème d’image. Par facilité, on a tendance à étiqueter, à cataloguer, à classer.

Ah ! Ces classements… de l’école jusqu’à la fin de sa vie, des premiers résultats scolaires jusqu’au bilan de ce qu’on a entrepris ! Tel humoriste ne peut que difficilement se faire admettre sur une scène de théâtre classique ; tel écrivain peut-il se compromettre dans un rôle plus médiatique ? Dans notre vie personnelle aussi, les malentendus peuvent être nombreux. Un sourire peut être perçu comme de l’ironie, par exemple.

L’amour est une façon de dépasser les apparences, on le sait. A propos du regard que l’homme pose sur la femme, Victor Hugo dans « Post-scriptum de ma vie » avait noté avec justesse, faisant fi des apparences : « La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse. »

 Plus proche de nous, Christiane Singer déclare : « L’amour est visionnaire. Il voit la divine perfection de l’être aimé au-delà des apparences auxquelles le regard des autres s’arrête. »

 

Disney, j’adore !

Deux photos qui sont de pâles reflets de mon retour à l’enfance, vécu grâce à ma visite à Disneyland Paris. Avec des petits-enfants, je suis devenu petit comme un rat dans Ratatouille et l’attraction « L’aventure totalement toquée de Rémy », que l’on vit en relief ! J’ai tenté de devenir un héros galactique dans l’attraction inspirée du film Toy story et, bien entendu, j’ai encouragé mon équipe aux rodéos de Buffalo Bill… A chaque fois, la magie opère et je m’émerveille… Bonne fin de vacances !

De la musique, ce samedi 2 mars !

Ce samedi à midi, Thomas Van Hamme sur BelRTL m’invite à choisir les « Musiques de ma vie » ! et le soir, mon jazzman de fils se produit à la Jazz Station !

Stéphane Mercier Quintet

Line-up: Stéphane Mercier – sax alto / Peter Hertmans – guitare / Nicola Andrioli – piano, Fender Rhodes / Cédric Raymond – contrebasse / Matthias De Waele – batterie

Description : Saxophoniste belge, Stéphane Mercier, a étudié au Berklee College of Music of Boston, avant de s’installer à New York où il développe sa carrière et signe pour le plus important label indépendant de jazz. De retour en Belgique, il multiplie les projets internationaux avec des groupes à dimensions variables, du duo intimiste au big band. Il enregistre six albums, récompensés par différents prix, et met sur pied avec son père, Jacques Mercier, « La Boîte de Jazz », un spectacle itinérant.
Avec son quintet, Stéphane nous offre un répertoire varié et cohérent : des mesures composées, du swing, du groove, une valse et une touche de reggae. Les personnalités et générations diverses des membres du groupe apportent fraîcheur et maturité à une musique aussi audacieuse qu’accessible. Multi-générationnel et idéaliste, ce quintet veut sublimer le quotidien et s’en inspirer pour avancer. Après tout, chaque voyage n’est-il pas initiatique ?
(texte inspiré par le140.be)

Tarifs et réservations : 10€ plein tarif / 8€ membres, étudiants, chercheurs d’emploi. Nous ne prenons pas les réservations. Nous n’acceptons pas les cartes bancaires.

Accès et transports :
Les cyclistes peuvent laisser leur vélo sans se préoccuper, dans l’enceinte de la Jazz Station. Les bus 29 et 351 s’arrêtent à deux pas, à l’arrêt Clovis. Les bus 60 et 63 s’arrêtent à Ambiorix, cinq pas. Le 61 s’arrête à Steurs, trois pas ! Les automobilistes doivent chercher pour se garer, mais ce n’est pas difficile. Le parking le plus proche est à Madou, de là 15 min à pied.

Où :

Jazz Station

Chaussée de Louvain 193a – 195

1210 Saint-Josse-Ten-Noode

Téléphone :

027331378

Tarif :

10€ plein tarif / 8€ membres, étudiants, chercheurs d’emploi. Nous ne prenons pas les réservations. Nous n’acceptons pas les cartes bancaires.

Public :

Tous publics

Internet :

http://jazzstation.be

 

 

Juste après mai 1968…

Voici un autre extrait de mes Mémoires en cours d’écriture. Cela se passe juste après mai 1968 et c’est la rencontre avec la toute neuve et créative chanson française québécoise. Bonne lecture et encore un peu de patience pour la suite et la fin…

A la suite de mai 68, la création eut des beaux jours d’effervescence. Même si l’objet disque faisait partie de la société de consommation, en particulier pour notre jeune génération, il donnait aussi la possibilité d’innover, de chercher, de s’exprimer. Toute la palette s’offrait à nous : du plus basique et rythmé au plus profond et poétique. Dans la chanson, Jacques Brel avait apporté notre voix dans le concert international. Annie Cordy s’était installée avec succès à Paris et Salvatore Adamo bénéficiait de la nouvelle vague. Le point commun, dans ce domaine comme dans d’autres, était toujours de récolter un succès parisien avant d’être reconnu chez nous. Parmi les multiples raisons de ce constat : l’exiguïté du territoire, du marché et du public, l’attrait de la France culturelle pour les francophones, etc.

Cependant, surgit alors un phénomène nouveau, auquel beaucoup d’entre nous participions. L’industrie du disque fleurissait comme jamais et les distributeurs locaux avaient quelque latitude pour découvrir des artistes locaux, voire créer un label. Ce ne fut rendu possible chez nous que par des soutiens nouveaux, par exemple liés à l’identité francophone, amplifiée depuis l’existence de la frontière linguistique, et par l’appui de notre programmation sur les antennes nationales. Sans obligation de quotas, nous nous sentions concernés par l’existence de nos artistes, encouragés d’ailleurs par l’exemple québécois. Ceux-ci se dégageaient de la double tutelle anglo-saxonne et française.

Du Canada francophone, je n’avais connu que la chanteuse Aglaé, venue vivre en France avec le premier partenaire de Charles Aznavour. Sa rengaine inondait les ondes jusqu’à nous exaspérer : « Il m’a dit « Aglaé », même si j’m’appelle Ernestine » ! Remarquez que j’avais le même énervement avec des chansons aussi diverses que « La polka du roi » de Charles Trenet ou « Milord » de Moustaki et Piaf.

Si nous connaissions Robert Charlebois, un autre chanteur québécois vint me rendre visite à la maison : Claude Léveillée. Dans sa « boîte à chansons », comme on appelle les cabarets là-bas, il avait engagé Gilles Vigneault et nous en parlait abondamment. Sa chanson Frédéric me remplissait d’émotion :

« Je me fous du monde entier / Quand Frédéric me rappelle / Les amours de nos vingt ans (…) On n’était pas des poètes / Ni curés, ni malins / Mais papa nous aimait bien / Tu t’rappelles le dimanche ? / Autour d’la table, / Ça riait, discutait / Pendant qu’maman nous servait… »

Plus tard, j’aurais l’occasion de faire connaissance de Pauline Julien – qui me disait adorer mes yeux gris/bleus ! – de Diane Dufresne, qui avait la poitrine nue, mais peinte de fleurs de lys ; je ne l’avais pas remarqué tout de suite – on n’aurait pas pu sans être giflé prononcer les mots anglais de body painting –, de Fabienne Thibault, de Beau Dommage et de Diane Tell, dont Si j’étais un homme demeure un chef-d’œuvre.

« Moi, si j’étais un homme, je serais capitaine / D’un bateau vert et blanc, / D’une élégance rare et plus fort que l’ébène / Pour les trop mauvais temps. »

Pauline Julien

L’hibernation

Comme nous sommes le résultat actuel de l’évolution, il doit sûrement rester en nous une envie d’hibernation ?

Bien sûr, par rapport aux autres êtres vivants, nous avons reçu, grâce à nos échanges sociaux et culturels, les outils, les signes, les savoirs, les valeurs, un « plus » : la capacité sans équivalent dans le monde animal de penser, de conceptualiser, de se projeter dans l’avenir. Nous pouvons parler d’une âme.

« C’est bien avec le cerveau d’ « Homo Sapiens » tel qu’il existe depuis ses origines qu’il nous reviendra, si nous avons la sagesse de nous en donner les moyens, de maîtriser notre avenir, y compris le plus lointain », note Axel Kahn dans « Et l’Homme dans tout ça ? » (Nil) Autrement dit, c’est plus l’évolution morale que l’évolution physique qui sous-tend la marche de l’Humanité.

Et, au milieu d’une barbarie que nous observons avec angoisse partout – et si proche de nous – : le racisme, l’intolérance, la haine, nous devons tout de même nous convaincre que l’homme seul, parmi toutes les espèces vivantes, a la capacité de poser le problème de la dignité et des droits de l’Homme. Ce trajet dans le temps et l’espace terrestre se fait, en attendant mieux ?, avec notre corps, celui dont nous avons hérité.

Et nous sommes aujourd’hui à l’entrée de l’hiver. Revenons donc sur terre, même si la pensée peut s’envoler où et comme elle le souhaite. George Sand dans « François le Champi » écrit : « L’automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l’hiver. » Depuis le mois de novembre et jusqu’au printemps, la nature n’est plus qu’un vaste dortoir. Il n’y a pas que les arbres et la végétation qui prennent leurs vacances annuelles. Ça roupille sous la terre ou à ras de terre, ça ronfle dans les anfractuosités des murs ou des rochers, ça dort à poings fermés sous les éboulis ou dans les galeries souterraines creusées tout exprès pour ce sommeil de plusieurs mois. Il s’agit de récupérer des forces, de survivre sans nourriture en diminuant sa température et donc son métabolisme.

Mais est-ce vraiment un sommeil ? Le professeur Peter Vogel de Lausanne est catégorique : « L’hibernation est un état physiologique que je ne qualifierais pas de sommeil. C’est différent. Suivant l’hibernant et sa température corporelle, il a des sensations plus ou moins fortes. Il en est certains qu’on peut prendre dans la main et reposer ensuite sans qu’ils ne se réveillent. D’autres animaux sont, au contraire, beaucoup plus sensibles.»

La locution « Dormir comme un loir » est-elle justifiée ? Certes ! Puisque le loir hiberne du début d’octobre à mai ! Il se cache dans un trou d’arbre, dans une cavité entre des racines ou un terrier qu’il creuse jusqu’à un mètre de profondeur.

Avouons que nous avons nous aussi tendance à prolonger la nuit, au chaud sous la couverture ; à éviter les sorties dans la neige boueuse, sous la bourrasque et que nous n’aimons rien tant que le confort d’un lieu abrité et chaud.

A Montréal, au Québec, il y a quarante kilomètres de galeries marchandes en sous-sol pour éviter d’affronter à l’extérieur le vent glacé et les congères (qu’on appelle là-bas des bancs de neige) !

Cependant j’ai appris de mon père cette façon de penser : quand quelque chose est inéluctable, tâchons d’en voir le bon côté pour s’affirmer, se grandir, se tremper dans l’effort comme un fer dans la forge. On peut profiter ainsi du sommeil pour prendre de la hauteur : « Dormir, rêver peut-être, seul moyen d’ignorer hardiment les limites du temps. » (Marguerite Andersen « Courts métrages et instantanés »)

On peut plus sûrement encore utiliser le temps de cette petite hibernation humaine, reflet de notre animalité, pour penser. Car « L’hiver c’est la saison du recueillement de la terre, son temps de méditation, de préparation. » écrit Lionel Boisseau dans « La mer qui meurt ».

Cela dit, on peut aussi se plonger dans la poésie. Elle possède en elle le pouvoir de nous emmener au fond de nous-mêmes. Les mots ont une telle résonance qu’ils vibrent de tous leurs sens empilés, ajoutés, mêlés… comme des vêtements d’hiver, des pulls, des manteaux qu’on superpose.

Laissons les mots s’insinuer dans notre âme, ils y fleuriront un jour et nous seront peut-être d’un grand secours. Norge en 1933 éditait « Calendrier » et sous le titre « Décembre », voici ce qu’il écrit : « Les cristaux traversent une période de grande pureté./ Guéris de tout sourire et de toute mémoire, ils sont nus comme l’air et clairs comme la mort./ Et je reçois, je serre dans le creux de ma main leurs parfaites paupières. »

(Texte écrit en novembre 2004)

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Places aujourd’hui pour la fête dans un mois : Mardi Gras !

Samedi 2 février 2019 18h00 – 02h00
A la Tentation, rue de Laeken 28, 1000 Bruxelles

Krewe du Belge est une compagnie belge du carnaval de la Nouvelle Orléans.
Notre ambition est de promouvoir la culture de cette ville hors-norme : folklore, art culinaire, cocktails, mythes et une incroyable faculté pour survivre. Et puis, bien sûr, sa musique : jazz mais aussi funk, rock, rap, folk. Une ville qui n’a jamais été aussi créative qu’aujourd’hui, 15 ans après le cyclone Katrina.

En cette année 2019, Krewe du Belge va vivre son premier Mardi Gras. Avant son départ pour la Nouvelle Orléans, l’association organise un Bal dans la tradition « Nola ». On y intronisera un Roi et une Reine, on y goûtera des cocktails, du gombo, des Po’ Boys. Et on pourra y exprimer ses doléances pour l’année sur un parchemin qui sera brûlé et jeté par le Krewe dans le Mississippi quelques jours plus tard.

Un mini festival de musique façon « Big Easy » animera la soirée, avec plusieurs groupes dont :
le Morning Call 
– la section rythmique de Big Noise :
Laurent Vigneron & Max Malkomes
Brussels Bayou Orchestra 
Krewe du Belge brass band
et autres surprises

Table d’hôtes
En plus des concerts, vous avez la possibilité de découvrir sur place notre menu 100% New Orleans :
– apéro de bienvenue : Hurricane
– entrée : soupe Bloody Mary créole
– plat : Gumbo & riz
– dessert : King’s cake

Tarifs :
– Concerts + after-party : 15 € en prévente (20 € sur place)
– Concerts + table d’hôtes + after-party : 35 € (en prévente uniquement)

LIEN VERS LA BILLETERIE

Achetez vos places avant le 31/12/18 => 10 € pour l’entrée et 30 € pour la tâble d’hôte
Code promo = KDB2019

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Au plaisir de s’y voir!

Les totems scouts

Alors que l’année s’achève dans le brouhaha des informations internationales, qu’on nous sert jusqu’à saturation, je mets de l’ordre dans mes notes, dans mes écrits, dans ma bibliothèque même. Je vais reprendre la rédaction de mes Mémoires, laissées il y a quelques mois en 1993 avec 530 pages déjà… Alors, en vous souhaitant une année nouvelle sereine, zen, calme, remplie de bonheurs – si pas du Bonheur inaccessible -, et amoureuse, je fais le voeu qu’elle soit en accord avec ce que vous êtes plutôt qu’avec le reflet et l’apparence qu’on perçoit.

A ce propos, je repensais au totem scout, ce nom d’animal suivi d’un qualificatif acquis ou à acquérir. Ce qui m’a toujours frappé c’est précisément la lucidité des chefs qui nous dirigeaient : comment devinaient-ils aussi bien ce que nous étions réellement ?

Dans mon cas, c’est facile : c’étaient mes frères qui dirigeaient ma troupe mouscronnoise et bien sûr ils savaient que j’étais rieur et percevaient en plus mon ironie sur les gens et les évènements. Faon ironique convenait à ma réserve timide mâtinée d’une regard malicieux qui me permettait de survivre.

Les deux grandes personnalités généreuses qui m’ont aidé à réaliser ma vie avaient aussi des totems adaptés : Jacques Brel était Phoque hilarant et Hergé s’appelait Renard curieux. Peyo fut un Bélier humoristique, François Walthéry une Autruche dynamique, Pierre Kroll une Belette rayonnante et Tibet un Coq artiste. On ne pouvait pas mieux dire !

Je me suis amusé à rechercher les totems des femmes et des hommes politiques. Récemment, à l’occasion de la sortie du livre « Paysages citoyens », j’ai fait la connaissance de Hermine flamboyante, qui convient si bien à Céline Frémault. Tandis que Joëlle Milquet était Pongo beau fixe et Isabelle Durant était Tshikapa go on (Tshikapa est une rivière, mais peut-être me donnerez-vous l’information sur l’animal?).

Du côté des hommes politiques, épinglons Olivier Deleuze qui était Mouflon Hilarant, Didier Gosuin était Aiglon assidu, Richard Miller était Castor tout-sourire, Charles Picqué était Belette courtoise et notre premier ministre Charles Michel était et est toujours, me semble-t-il : Poulain tenace !

Je me souviens d’un dessin paru dans un calendrier scout (que nous devions vendre de porte à porte) qui montrait un jeune scout qui attendait derrière la porte du très sérieux Conseil d’Administration d’une grande société et d’un employé qui y demandait à haute et intelligible voix, tandis que le grand patron rougissait en se levant : « Il y a le jeune Hamster souriant qui demande à parler à son chef, Ornithorynque malodorant ? »