Belle rencontre !

La dernière dédicace avec ma fille Sophie pour notre livre « Toute une vie d’amour » (Edition Académia) s’est faite dans d’excellentes conditions au Salon du Livre’s Mons (accueil, informations, lieu, monde…)

Nous étions installés dans le stand de la librairie montoise Scientia à côté d’une charmante jeune Française. Nous avons bavardé un peu et nous avons découvert des centres d’intérêt communs, comme celui de l’admiration que nous portons à Jacques Brel.

Nous nous sommes naturellement échangé nos ouvrages. Au moment de la dédicace, le prénom souhaité par ma voisine est « Claude » : « Ecrivez « pour Claude », c’est mon compagnon et je vais le lui offrir…. ». Elle s’appelle Valérie Perrin et son amoureux est Claude Lelouch !

Lorsque je suis rentré chez moi, j’ai lu, dévoré et adoré son roman. (Je vous recopie une partie du texte que j’ai mis en ligne sur « Lire est un plaisir », où j’analyse le plus souvent possible mes lectures)

Si vous ne l’avez pas lu encore, précipitez-vous et offrez-vous (ou à quelqu’un que vous appréciez) ce roman mélancolique et drôle, d’une écriture, brillante, poétique et qui touche. Valérie Perrin, photographe, offre avec « Les oubliés du dimanche » (titre magnifique, qui définit ces personnes âgées sans visites dans une maison de retraite ; édité chez Albin Michel) son premier roman.

Le livre nous raconte Justine, vingt et un ans, qui se lie d’amitié avec une pensionnaire, Hélène. Dans une interview, Valérie Perrin raconte : « Un premier roman, c’est comme une première histoire d’amour. C’est très personnel. J’ai abordé des sujets qui me tenaient à cœur. J’ai toujours adoré les vieux. Enfant, je tapais à leurs portes pour qu’ils me racontent des histoires. Je n’ai jamais considéré la vieillesse comme une maladie, au contraire, je l’ai toujours vue comme un trésor. Et puis, à travers Justine, je parle aussi beaucoup de la jeunesse – et surtout, à travers mes personnages, je ne parle que d’amour. Tout cela, en fait, ce n’est qu’un prétexte pour parler d’amour. De livres, de musique et de bistrots. Ah, et d’une mouette, aussi. »

L’auteure pense que chacun de nous est relié à un oiseau. J’adore cette idée ! L’oiseau qui revient jusque dans les baisers : « Mon amour, la première fois que je t’ai embrassée j’ai senti un battement d’ailes contre ma bouche. J’ai d’abord cru qu’un oiseau se débattait sous tes lèvres, que ton baiser ne voulait pas du mien»

Pour vous donner encore une idée du style magnifique de Valérie Perrin : « Hélène m’a raconté toute sa vie. Tout mais en puzzle. Comme si elle m’avait fait cadeau du plus bel objet de sa maison, mais qu’elle l’avait cassé en mille morceaux avant, sans le faire exprès ».

Remercions enfin Valérie pour le choix de la citation mise en exergue « Être vieux, c’est être jeune depuis plus longtemps que les autres », car elle est de Philippe Geluck !

J’adore ces rencontres qui illuminent nos vies !

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Jazz et Noël !

Mêler le bonheur de Noël et le jazz, c’est ce que vous propose ce jeudi 1er décembre le Jazz Station Big Band. Comme Stéphane, mon fils jazzman avec lequel j’ai partagé la scène de la « Boîte de Jazz » durant 15 mois, a repris la direction de ce Big Band prestigieux, c’est avec d’autant plus de plaisir que je vous parle de ce concert.

Ce big band a vu le jour grâce à la Jazz Station au mois d’octobre 2006. L’idée de départ était de permettre aux membres du quartet et aux comparses qui se joignaient à eux de se lancer dans l’écriture pour plus grand ensemble (un peu dans la lignée de Dave Holland avec son quintet et le big band) dans l’esprit des clubs new-yorkais tels que le Village Vanguard et autres en se produisant une fois par mois dans un club de jazz.

Au programme jeudi, un répertoire de Noël comme vous ne l’avez jamais entendu, des arrangements à couper le souffle, une chanteuse exceptionnelle, Chrystel Wautier, tout cela à l’occasion d’une seule et même soirée. Cela se passe à la Jazz Station, 195, chaussée de Louvain, 1210 Bruxelles (St-Josse-ten-Noode) à 20h30.

Voici la page FB avec les renseignements pratiques. Merci de votre intérêt et des encouragements que vous adresserez à Stéphane en allant écouter le Band…

https://www.facebook.com/events/1609948975698091

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Brise ou Bise

 

Il n’est jamais trop tard : il n’y a pas si longtemps que je comprends le pourquoi de cette contradiction entre la bise (qui contrairement à son sens français devrait désigner un vent léger) et la brise (qui est plutôt un vent doux, malgré son nom qui indique la colère) !

Je ne jette la pierre à personne : peut-être me l’a-t-on expliqué à l’école et n’ai-je pas été attentif ? Je ne l’ai jamais cherché non plus; mais j’ai voulu un jour – comme chroniqueur et comme « Monsieur Dictionnaire » – en avoir le coeur net. La réponse est que leur origine est différente.

Brise vient sans doute de l’espagnol « brisa », vent du nord-est. Ce mot a été introduit dans la langue française par les marins. C’est un vent qu’ils avaient croisé aux Indes. Cependant, on ignore pourquoi ce vent s’est adouci en cours de route.

Bise nous vient sans doute du francique « bisa » ou d’un germanique « bisjo ». On a tous en mémoire la fable de La Fontaine « Quand la bise fut venue… » et nous sommes nombreux à nous souvenir de cette phrase superbe d’Alain-Fournier dans « Le Grand Meaulnes » : « Une brise délicieuse comme une eau tiède coulait par-dessus le mur…« 

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Le saut de l’ange

 

Quelle superbe expression que le « saut de l’ange » qui désigne en natation le plongeon effectué les bras écartés, comme les ailes déployées d’un ange.

Aujourd’hui on désigne certains sauts à l’élastique de cette façon. « Faites le saut de l’ange ! » incite le titre d’une promotion, qui poursuit : « Inspiré d’un rite ancestral des îles Vanuatu qui voulait qu’en sautant d’une tour de bambou les pieds tenus par des lianes, le jeune homme entrait dans le monde des adultes, le saut à l’élastique connaît un fort engouement en France depuis dix ans. »

De manière figurée c’est bien sûr une étape risquée et dangereuse, ainsi dans la presse suisse, je trouve ce titre : « Aides aux nouvelles entreprises : Accompagner le saut de l’ange ».

Le mot « ange » entre dans bien des locutions.

« Rire aux anges » c’est rire sans motif.

« Boire aux anges » c’est boire sans plus savoir à la santé de qui on peut trinquer, ou, comme dit de manière facétieuse Rabelais, « boire pour la soif à venir ».

« Voir les anges violets » c’est avoir un éblouissement causé par un coup sur les yeux, dans le même sens où l’on dit encore « voir trente-six chandelles ».

« C’est un ange qui passe » signifie qu’un silence plane. Cette expression a d’abord été utilisée dans les pensionnats de jeunes filles, pour dire, quand un long moment sans parler interrompt une conversation, qu’on se tait sans doute pour qu’un ange passe. Les anges sont bien plus présents sur terre qu’on ne l’imagine !

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Les beaux titres !

En essayant de retrouver dans ma mémoire quelques titres de livres qui m’avaient impressionné à l’époque de ma jeunesse, il me semble les retrouver plus intéressants que ceux d’aujourd’hui !

J’ignore encore si c’est la vérité et si, comme un bon vin, le temps les bonifie. Peut-être que, la production littéraire étant moindre, ces titres étaient plus souvent cités ? Mais je vous laisse en juger.

Voici dans le désordre et sans les auteurs, quelques-uns de ces titres qui me plaisent :

Chiens perdus sans collier

La guerre de Troie n’aura pas lieu

Aimez-vous Brahms ?

Le zéro et l’infini

Le voyageur sans bagages

La vingt-cinquième heure

La Reine morte

Le diable au corps

A la recherche du temps perdu

Mort, où est ta victoire ?

Il est minuit, Docteur Schweitzer !

Bonjour tristesse

Voyage au bout de la nuit

Mémoires d’outre-tombe

Les saints vont en enfer

Les enfants terribles

Les caves du Vatican

Pour qui sonne le glas

On achève bien les chevaux

Le désert de l’amour

Le silence de la mer

Les bijoutiers du clair de lune

Qu’en dites-vous ? Et vous, avez-vous de même des titres qui vous restent en tête ?

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La Saint-Nicolas avec Henri Salvador

Comme nous approchons de la Saint-Nicolas, cela me fait songer à une rencontre avec Henri Salvador dans les années 70.

Pour une émission « spéciale Saint-Nicolas » en radio, après d’âpres discussions avec sa femme Jacqueline, j’avais réussi à obtenir un rendez-vous avec Henri Salvador dans les bureaux de son édition Rigolo, place Vendôme à Paris.

Le jour dit, je me mis en route dans l’aube blême car il fallait que je sois ponctuel, à dix heures précises. Quand je sonnai, Jacqueline m’ouvrit brutalement la porte et m’agressa : « J’essaie de vous atteindre depuis ce matin ! » Je lui expliquai que, venant de Bruxelles, j’étais forcément en route. » Elle sembla comprendre, mais cela ne l’empêcha pas de déclarer : « Désolé, mais je voulais vous dire que c’était impossible aujourd’hui ! Henri prépare son show. » J’argumentai sur le palier, encore emmitouflé et l’enregistreur en bandoulière, un sac avec des bandes magnétiques en mains. Elle s’adoucit un peu : « Bon, puisque vous êtes là, entrez. Mais pas plus de quelques minutes ! – Mais, je dois faire une émission de quatre heures ! – Quoi ? Pas question ! – Enfin, quatre heures avec les disques compris… »

Attiré par le bruit de la conversation, voilà que Henri apparut derrière sa femme. Il avait entendu, me fit un sourire, un petit signe amical et toussota. Je sus qu’il allait me sauver. « Ah, tu es levé, Henri ? Voilà le journaliste de la radio belge. Tu as très très peu de temps, n’oublie pas que tu dois travailler à ton show et.. – Oui, oui, chérie ! » dit-il en la repoussant dans la pièce voisine. Il me fit un grand clin d’œil complice.

Une fois seul il me dit : « Nous prendrons le temps qu’il faut. Ne faites pas attention à Jacqueline ; elle me protège et ne veut pas que je perde de temps. Pour elle, je ne travaille jamais assez. » Il en parlait pourtant avec tendresse et cela me toucha. Dans son studio, on bavarda suffisamment pour avoir de la matière pour l’émission. Il fut génial, inventif et drôle.

Quand Jacqueline me reconduisit à la porte, elle avait un regard adouci, dans lequel je voulus voir ses excuses.

Sur la route du retour, je fredonnais : « J’aimerais tant voir Syracuse, L’île de Pâques et Kairouan et les grands oiseaux qui s’amusent à glisser, l’aile sous le vent. »

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Un moment de grand bonheur !

Jean Teulé nous offre vraiment «comme une respiration» (vient de sortir chez Julliard ; je l’ai lu sur Kindle, mais existe broché) dans notre vie quotidienne, dans notre vie intérieure, dans nos lectures, dans notre attitude envers les médias… Ces trente textes (et photos ou dessins parfois) sont trente moments de grand bonheur. C’est d’autant plus fort que le style efficace et si personnel de l’auteur se déploie avec la même liberté que l’on connaissait dans ses ouvrages précédents. L’imagination (et sans aucun doute beaucoup de sa propre existence) de Jean Teulé s’est mise au service du côté souriant de la vie. Et c’est magnifique ! Dès le premier texte « Cui cui », nous avons le thème général : une maison « qui n’est pas bleue », comme celle de Le Forestier à San Francisco, où il ne pense pas au bruit du monde. Cela se termine par : « Nom de Dieu de nom de Dieu, quelle maison ! Autant dire qu’elle n’est pas à vendre. »

Ce sont des faits divers qui se passent dans le train, dans un terrain vague, à la plage, dans le métro, dans un avion… qui ont comme protagonistes des jeunes, des vieux… nous les humains, quoi ! On y évoque « Petite fleur » de Sidney Bechet, la calligraphie, la messe trop longue, une palombe tombée du nid, un viaduc, la langue des Rolling Stones. Les sujets concernent le langage, la solitude, la beauté, les apparences, les rapports avec ses proches, la bêtise, la nature, la vieillesse… et la poésie, comme dans le 13e texte intitulé « Voyager avec toi ». La phrase complète est « Voyager avec toi, c’est déjà être arrivé ! »

Croyez-moi, vous ne regretterez pas cette lecture, c’est réellement un grand moment de bonheur ! Est-ce si fréquent en ce bas-monde ? Merci, Jean !

(Ce texte vient d’être mis en ligne sur le site littéraire « lire est un plaisir », où j’ai le plaisir de « poster » des textes…)

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Partage de l’émotion

 

Dans l’écriture, à la radio, à la télévision, au cinéma, sur internet, nous utilisons toujours un « outil » qui empêche la communication directe entre un être humain et ses semblables.

Pourquoi tant d’acteurs de cinéma font-ils aussi du théâtre ? Certains passent d’une discipline à l’autre, plusieurs ne lâchent jamais la scène, beaucoup y retournent. Pourquoi presque tous les artistes musiciens nous disent préférer le concert en direct à l’enregistrement d’un disque ? Pourquoi – et je vous prie d’excuser l’utilisation de ma propre expérience – après tant d’années d’écriture, de radio, de télévision, ai-je eu un tel bonheur à me présenter sur une scène pour me remettre en question et livrer ma poésie ?

C’est que le livre, le studio, le disque, le cinéma n’ont pas ou peu de contact direct avec la personne qu’on souhaite atteindre : lecteur, auditeur, téléspectateur. Bien sûr nous pouvons être naturels d’une certaine manière (et c’est même tout un art au cinéma), recréer le réel, lui donner une autre forme, une apparence, mais nous ne sommes jamais totalement vrais.

Et si nous le sommes, un filtre est placé entre notre parole, nos gestes, nos pensées et l’être qui doit les recevoir. On essaie pourtant de réduire cet écart, de tenter de le faire oublier : au cinéma on a été jusqu’à une vision circulaire totale et aux mouvements des sièges, voire à l’injection de parfums dans la salle ; tout cela censé nous plonger dans la réalité. C’est le talent du réalisateur et des acteurs de donner l’illusion.

A la télévision, on a beau nous proposer de la « télé-réalité », on y est aux antipodes puisque l’on sait ces émissions scénarisées, ses acteurs dirigés, leurs réactions faussées.

En radio et dans la littérature, les choses sont un peu plus nuancées. L’imagination supplée aux images trop crues. Néanmoins si l’écriture et la voix se rapprochent de la vérité, c’est grâce à une habitude culturelle et à l’effort de notre esprit. Louis Scutenaire écrit : « Le théâtre c’est de l’imagination pour ceux qui n’en ont pas » et l’écrivain satirique et journaliste anglais Saki note : « L’imagination a été donnée à l’homme pour compenser ce qu’il n’est pas. L’humour pour le consoler de ce qu’il est. » : 

Nous sommes dans le domaine de l’apparence ; et chacun donne à voir, caché derrière le média, ce qu’il peut ou veut bien présenter au public. C’est fragmentaire, incomplet, parfois tronqué. Comme on (à vous de détailler ce « on » !) n’a pas beaucoup donné de mode d’emploi quant à l’utilisation généralisée des moyens de communication, il est difficile de croire que tel acteur puisse aussi être un bon peintre, que tel journaliste puisse être aussi un scientifique, que tel animateur puisse aussi être un poète. On catalogue, on classifie, on enferme.

On s’aperçoit bien de la lourdeur, de l’aliénation de cette prison publique quand un Coluche, par exemple, après des années d’histoires belges, de « L’aile ou la cuisse » et de « L’inspecteur la Bavure » veut à tout prix se métamorphoser dans « Tchao Pantin », sans parler de son action dans les Restos du Coeur ! Un des moyens utilisés pour être en accord avec soi-même c’est donc le contact direct.

On ne convainc une « foule » (c’est bien le public des grands médias) qu’avec des idées simples, simplificatrices, avec des slogans, des images toutes faites ; on convainc plus facilement quelqu’un, qui ne fait plus partie d’une foule anonyme mais identifiée. Je dirais presque un par un. Je pense que les politiques qui continuent, en plus des rassemblements, des écrits, des déclarations radio-télévisuelles, à faire le tour des marchés, à tenir des permanences, à discuter dans la rue, ont compris cette force de conviction du contact humain.

Il est donc naturel, à un moment donné de son parcours terrestre, qu’un homme qui crée ait envie de partager vraiment et mieux, c’est à dire sans ambiguïté, de cœur à cœur, à fleur d’âme.

Lorsqu’on se trouve – reprenons l’exemple d’un spectacle de poésie, avec de la musique et des voix mises à son service – sur une scène devant un vrai public (mais je remplacerai ici la vieille expression « en chair et en os » par « corps et âme »), le partage de l’émotion est réel et magnifique. On ne triche pas. On se sent fraternel. Et tout ce qu’on demande c’est un échange d’amour. Aimer et être aimer.

« Frères humains, qui après nous vivez, / N’ayez les coeurs contre nous endurcis, / Car, si pitié de nous pauvres avez, / Dieu en aura plus tôt de vous mercis. » (François Villon, « Ballade des pendus » XVe siècle)

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Prolongeons la vie !

 

Voici une incroyable manière de prolonger sa vie ! Non seulement en laissant une trace « réelle » à ses proches, à sa famille, à ses amis, mais aussi parce qu’en regardant plus tard ce que vous avez raconté, votre passé vous rattrape et vous rajeunit.

En deux mots, il s’agit d’un « film biographique ». L’équipe de « Une histoire une vie » immortalise vos souvenirs sous la forme d’une interview. (J’en parle d’autant mieux que j’ai pu être cet interviewer pour une personne). Par le biais d’un support moderne et ludique, c’est un travail de transmission des “anciens” vers les  générations suivantes afin de donner à ceux-ci les racines nécessaires à leur envol, et afin de permettre aux générations précédentes de transmettre leur savoir et leurs expériences.

C’est un cadeau, tant pour l’interviewé, que pour ceux qui le visionneront. Vous le recevez sur support DVD, clef USB et vous pouvez le diffuser auprès de qui vous voulez, même sur youtube.

Je sais qu’en ce moment une personne très âgée, qui offre les premiers symptômes de pertes de la mémoire, revit et réagit à ses propres souvenirs enregistrés il y a quelques mois et retrouve ainsi le sourire et une forme de bonheur.

Un mot des concepteurs : Christian et Laureline Soete.

Christian Soete est ingénieur du son depuis 1980. Il a travaillé dans différents studios avec de nombreux artistes comme Billy Preston, Toots Thielemans, Philippe Catherine, Salvatore Adamo, Alain Chamfort, etc. Passionné de l’image sous toutes ses formes, photo, infographie, vidéo et montage, imagerie virtuelle, il se lance dans le reportage notamment à Londres pour Nostalgie ou encore Haïti pour sauver un orphelinat de l’oubli, réalise les débuts de la biographie filmée avec des personnalités de la radio ou du show-business. Pour le moment Christian partage son temps entre « musique et vidéo », les deux piliers de la communication et des médias.

Laureline Soete a étudié la psychologie à l’UCL et s’est orientée vers la neuropsychologie. Elle s’intéresse au cerveau et ses capacités de mémoire, d’attention, de planification. Elle connaît bien les rouages de la mémoire : ses capacités infinies, ses ratés et ses troubles (maladie neurodégénératives, lésions, atypie du développement,…). Mais elle est avant tout passionnée par l’humain et son histoire. En tant que neuropsychologue indépendante, elle rencontre des enfants, adultes et seniors et les accueille chacun avec leurs difficultés, leurs forces et leur vécu.

  » Les souvenirs sont la base de notre personnalité et leur transmission est un bagage générationnel à conserver. Notre histoire actuelle est influencée, sans qu’on le veuille, par la vie de nos prédécesseurs. Évitons la disparition de notre patrimoine de vie. »

http://www.unehistoireunevie.be

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Le jardin secret

 

Bien sûr ! Cela peut servir d’excuse : « C’est mon jardin secret ! » ou d’aveu d’impuissance : « Il faut dans un couple que chacun garde son jardin secret ! » Cependant le « jardin secret » est un espace-temps magnifique ! La définition du dictionnaire de « jardin secret » est : domaine secret des sentiments, des pensées les plus intimes.

Serait-ce l’âme ? « L’âme d’un homme est un domaine secret et difficilement accessible » note Georges Duhamel dans la « Chronique des Pasquier ». Et puis, il y a le célèbre « sonnet d’Arvers », un poème extrait de « Mes heures perdues » édité en 1833, où Félix Arvers écrit : « Mon âme a son secret, ma vie a son mystère : Un amour éternel en un moment conçu. »

Mais pour en revenir à notre époque, « Ce refuge existe en nous, c’est une boule de chaleur qui permet de nous évader, de nous rassurer » note sur son site un internaute du sud de la France. Il faut cultiver ce jardin comme on le fait de ceux qui nous environnent dans la réalité. Nous devons le retrouver intact et accueillant à chacune de nos visites ; arracher les herbes folles, émonder ses arbres, tailler les haies, cueillir les fleurs épanouies. Alors qu’on dénonce souvent la solitude à propos du jardin secret et tandis qu’on décrète l’isolement devant son ordinateur personnel, cet internaute (c’est un exemple pris vraiment au hasard) parle de jardin secret et en profite pour communiquer avec les autres. Je recopie : « J’aimerais savoir comment vous fonctionnez, j’aimerais être une petite souris et apercevoir l’entrée de votre jardin. Je suis avant tout un rêveur dans l’âme et très curieux aussi puis-je savoir à quoi ressemble votre jardin ? Est-il composé de lieux que vous affectionnez particulièrement, de moments vécus et gravés dans votre cœur à jamais, de sons, de discussions, de rêves ?…. J’aimerais savoir tout cela pour me dire que je ne suis pas le seul à posséder ce côté rêveur mais aussi pour me rassurer car il est dur de rester rêveur de nos jours… » Beaucoup lui ont répondu depuis l’édition « universelle » de son interrogation, d’autant qu’il poursuivait en ces termes : « Je me rappelle que Candide disait « il faut cultiver son jardin », c’est exactement ce que j’essaie de réaliser, mais je rajouterai qu’il faut participer aux jardins des autres, chacun a besoin de l’autre et s’il n’existait pas de liens entre les êtres humains la vie serait bien triste. »

Le mot latin neutre « secretum » se définit ainsi : « lieu écarté », « pensée ou fait qui ne doit pas être révélé », « mystère (du culte) ». Les expressions « en grand secret » ou « sous le sceau du secret » sont explicites.

J’aime aussi le tiroir ou l’armoire à secret, qui possède un mécanisme dissimulé ou une cache. « Nous avons cherché partout. Nous avons entrepris la maison de chambre en chambre. Nous avons d’abord examiné les meubles de chaque appartement. Nous avons ouvert tous les tiroirs possibles; et je présume que vous n’ignorez pas que, pour un agent de police bien dressé, un tiroir secret est une chose qui n’existe pas. » C’est Baudelaire, rappelons-le, qui a traduit en français cette « Lettre volée » extraite des « Histoires extraordinaires » d’Edgar Allan Poe.

Existent aussi le secret de la confession, les fonds secrets, la police secrète, le secret d’État… Mais celui que je préfère c’est bien le « Jardin secret » (Un de mes poèmes est devenu sous ce titre une merveilleuse chanson de Nara Noïan) Quel qu’il soit – anglais, qui s’inspire de l’ordre naturel, à la française, avec des terrasses et des bassins, de curé, avec ses murs de briques pour le protéger, potager, avec ses senteurs et ses herbes, d’hiver, avec ses baies vitrées, japonais, avec ses ponts miniatures et ses bonsaïs, voire « des délices » comme celui de Jérôme Bosch -, il nous accueille pour une pause.

S’y promener peut agir sur nous à la manière de ces courtes siestes, que nos médecins trouvent les plus efficaces. On s’extrait durant quelques minutes du tohu-bohu de la vie quotidienne et de ses préoccupations.

« Tohu-bohu » voilà un mot qui a une âme et des racines profondes – même si on peut lui trouver un air pittoresque, exotique et hawaïen, si on s’arrête aux apparences – puisqu’il remonte à une traduction de la locution hébraïque « tohou oubohou », qui désigne le chaos. Michel Leiris a écrit une jolie phrase à ce propos dans « Frêle bruit » : « Poétiquement, le tohu-bohu d’une aérogare – carrefour à la foule composite et aux branches multiples où je me sens perdu – me donne un avant-goût de la mort. »

Parfois je me demande si notre « jardin secret » n’est pas un reflet du lieu où nous irons après la mort. J’espère que si l’éternité existe, elle se situera hors du temps et de l’espace et de notre condition humaine, mais c’est inconcevable et indicible pour l’instant…

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