Il est des mots qui, même dans leurs diverses définitions, gardent un sens mystérieux mais puissamment évocateur. Le mot « fièvre » est de ceux-là !

« Elle me tendit ses bras, ses lèvres comme pour me remercier. Je l’ai prise avec tant de fièvre qu’elle fut toute déshabillée » écrit Georges Brassens dans sa chanson « Dans l’eau de la claire fontaine ».

Peut-on être plus suggestif ? Souvent « fièvre » rime avec « lèvre », c’est sans doute une des raisons de sa charge érotique. On peut multiplier les exemples à l’infini dans la chanson, qui ne s’encombre pas souvent de recherches sémantiques approfondies pour toucher immédiatement celui et celle qui écoutent :

« Tes lèvres qui courent sur ma peau – J’en ai comme fièvre – Un frisson dans le dos » chante cette fois la Québécoise Fabienne Thibeault dans « Délire en fièvre ».

Précisément, pour en revenir à la fièvre, dans son sens médical et terre à terre, c’est une élévation anormale de la température du corps, et en médecine, « anormale » la situe au-dessus de 38° C. On sait aussi que le mot fièvre vient du latin « febris », qui a donné fébrile, fébrilité. Konrad Lorenz dans « Les huit péchés capitaux de notre civilisation » dénonce évidemment la fébrilité qu’on laisse s’installer dans nos vies actuelles : «  Il faut se demander ce qui porte le plus gravement atteinte à l’âme des hommes d’aujourd’hui : leur passion aveuglante de l’argent ou leur hâte fébrile ? »

Lorsque j’étais enfant, dès que je prenais froid, dès qu’un virus (disait-on déjà ainsi ?) se promenait dans la famille, j’étais envahi d’une fièvre qui faisait peur à mes parents. Le médecin, heureusement bonhomme et patelin, les rassurait. Un 40°C de fièvre n’est pas anormal chez un enfant de cet âge ! On me donnait je ne sais trop quoi, mais surtout on étalait sur mon front brûlant un linge humide qu’on renouvelait régulièrement. On sait maintenant que les mammifères et quelques animaux à sang froid, comme les lézards ou les poissons, sont capables d’élever leur température corporelle pour lutter contre les invasions microbiennes ! Cela dit, j’étais plongé dans des cauchemars et des hallucinations qui me faisaient hurler ! Je me souviens de cette situation rêvée et qui provenait évidemment d’une lecture de notre « Histoire sainte » au cours de religion : j’étais installé sur un chameau – ce qui me donnait mal au cœur – et je voulais rejoindre mes parents, mes frères, mes grands-parents, qui m’attendaient à quelques dizaines de mètres dans une prairie en bordure du désert biblique… pour ce faire je devais passer par le chas d’une aiguille ! J’essayais et je n’y parvenais évidemment pas, ce qui provoquait des cris stridents de désespoir, inquiétant tout le monde.

Ainsi des mots, des images, même fugitives, s’inscrivent profondément dans notre cerveau. Tout cela revient en rêve, en fièvre. Comme le corps est bien conçu, il s’agit sans nul doute d’une soupape de sécurité ! François de La Rochefoucauld dans ses « Maximes » décrète que « la plus juste comparaison que l’on puisse faire de l’amour, c’est celle de la fièvre ». Peut-être doit-on préciser de la passion amoureuse ? « La passion amoureuse est un délire » dit Roland Barthes, cependant il ajoute dans ses «Fragments d’un discours amoureux » : « Mais le délire n’est pas étrange ; tout le monde en parle, il est désormais apprivoisé. »

On a tous en mémoire le film d’Elia Kazan, avec Natalie Wood et Warren Beatty « La fièvre dans le sang », l’histoire éternelle des amours difficiles pour des raisons de rang social. En l’espèce, cela se passe dans les années 20 dans une petite ville du Kansas et Bud est le fils d’un riche propriétaire tandis que Deanie est la fille d’un petit actionnaire, mais ils s’aiment passionnément et songent à se marier. Les préjugés sont trop forts et leurs parents s’opposent à cette union…

Avec le même titre, extrait de « Tendres fièvres », un album enregistré et mixé à Bruxelles chez Dan Lacksman, Alain Chamfort chante « J’ai la fièvre dans le sang – cette fille m’échauffe les sangs – comme un adolescent – je déraille bon sang ! » On reconnaît le trio d’auteurs et compositeurs : Jacques Duvall, Alain Chamfort et Marc Moulin ! La fièvre dans le sang, c’est comme quelque chose d’irrépressible, c’est comme la fièvre du jeu, la fièvre du samedi soir, la fièvre acheteuse, la fièvre de l’or…

Et si nous tentions la fièvre de la « Vie » tout simplement ? Celle du bonheur simple et évident ? Celui qui est là chez nous, à notre portée, au bout des doigts ?

L’affiche trouvée sur AlloCiné

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