Retour au Jeu des Dictionnaires

Quelle bonne idée que cette rediffusion sur la Trois de certaines émissions du « Jeu des Dictionnaires » dans sa version télévisée. Il y aura beaucoup à en dire dans mes « Mémoires », auxquelles je travaille en ce moment.

Disons que cette version réalisée par un de mes anciens élèves, Jean-Michel Germys, a bénéficié d’un beau décor tarabiscoté grâce à sa ténacité ; mais que pour le reste, nous n’avons pas eu de « moyens » financiers pour la réaliser. La raison en est simple : l’idée de mettre à l’antenne télé l’émission qui cartonnait en fin d’après-midi en radio venait directement de la direction générale. Cela signifie que toute la hiérarchie qui décidait en-dessous nous mit des bâtons dans les roues, avec des réponses du style « On n’a pas de budget, mais c’est vous qui l’avez voulue, non, cette émission ? ».

De même, on nous bouscula sans cesse d’horaire et de jour de diffusion : parfois le dimanche de façon aléatoire, parfois quotidien, parfois hebdomadaire et on poussa même le cynisme jusqu’à nous placer en télévision à la même heure que l’émission radio (différente), en fin d’après-midi.

L’émission aurait dû s’arrêter après deux saisons, elle fut maintenue encore un peu plus grâce à l’enthousiasme de TV5, qui y voyait avec raison une belle façon de promouvoir dans le monde la langue française. Quand l’émission fut déprogrammée, TV5 continua durant deux ans encore à rediffuser les émissions, en espérant que la direction de la RTBF reviendrait sur sa décision…

En télévision, nous avons invité dans les deux équipes (il y eut aussi une période avec un invité prestigieux pour jouer) qui s’affrontaient d’autres visages connus de la télévision. Roger Laboureur et Jean-Claude Defossé y furent très souvent. Quant au public derrière nous, comme nous n’avions pas les moyens de faire des appels et que nous enregistrions (toujours pour les mêmes raisons) les 20 émissions du mois en deux jours (plus exactement l’après-midi et le soir), nous allions débaucher les secrétaires dans les bureaux pour « faire un peu de public » et la caméra resserrait la vue !

Mais nous étions heureux car cette émission nous réunissait dans la même complicité : Marc Moulin, Monsieur Météo, Soda, Jean-Pierre Hautier, Jean-Jacques Jespers, par exemple, l’équipe de base, et Philippe Geluck, dont les définitions, le talent et les inventions qui révolutionnaient la RTBF, valaient tous les sacrifices !

Notez aussi l’incroyable réactivité des sons lancés sans filet d’Alain Debaisieux, un habillage qui serait toujours d’avant-garde !

Un détail : on nous avait demandé de nous changer à chaque émission, puisque la diffusion n’était pas simultanée, mais presque personne ne le fit, hormis Virginie et moi, qui avais obtenu la permission d’être habillé par une marque (Pal Zileri) qui trouvait ainsi l’occasion de donner des couleurs à un organisme parastatal qu’elle trouvait gris. (On me prêta ainsi une quantité de chemises plus hawaiennes les unes que les autres et des vestes – bleu pâle, orange, etc. – trop larges). Je pus aussi changer de lunettes au gré des couleurs (avec Lafont)…

Bon retour à la fin des années 80, début des années 90…

(Ci-dessous le lien de la dernière diffusion, vous pouvez trouver sur https://www.rtbf.be/audio

https://www.rtbf.be/auvio/detail_le-jeu-des-dictionnaires?id=2231157&utm_source=media&utm_campaign=social_share&utm_medium=email_share

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Un été avec Jules Renard (2)

Comme promis, je vous propose de découvrir quelques réflexions extraites du Journal de Jules Renard, durant cet été. Nous sommes encore en 1890 et en 1891, cette fois je laisse l’indication des jours où la pensée a été transcrite par l’auteur. C’est tellement vrai !

Bonne lecture !

17 mars.

On place ses éloges comme on place de l’argent, pour qu’ils nous soient rendus avec les intérêts.

 
12 avril.

Qu’importe ce que je fais ! Demandez-moi ce que je pense.

 
21 juin.

C’est surtout au théâtre que chacun est responsable de ses actes.

 
28 juin.

On a vingt ans depuis quinze jusqu’à trente ans.

 
4 septembre.

La porcelaine cassée dure plus que la porcelaine intacte.*

 
24 septembre.

Nous ne connaissons pas l’Au-delà parce que cette ignorance est la condition sine qua non de notre vie à nous. De même la glace ne peut connaître le feu qu’à la condition de fondre, de s’évanouir.

 

1891
7 avril.

Le style, c’est l’oubli de tous les styles.

 
2 mai.

Acquiers le talent de dire sans bâiller : « C’est intéressant. »

 
3 août.

Si on reconnaît « mon style », c’est parce que je fais toujours la même chose, hélas !

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Mon prix à l’ICHEC…

Quel agréable début de soirée, hier soir, à l’ICHEC, Bruxelles. J’avais l’honneur de remettre le prix qui porte mon nom (Inutile de vous dire que la première année, j’ai vraiment pensé qu’il s’agissait d’une caméra cachée !) et qui est attribué depuis une quinzaine d’années à un mémoire écrit dans une belle langue française. Voici in extenso le petit message que j’ai transmis…

 

Merci Madame le recteur Brigitte Chanoine,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonsoir !

Voilà une formule obsolète que l’on n’utilise plus guère. D’ailleurs « plus guère » non plus ne s’emploie plus…

C’est que tout évolue ! Et depuis quelques années, l’évolution s’est accélérée rendant – parfois d’une année à l’autre – des expressions, des mots, des phrases incompréhensibles pour les nouvelles générations.

Un exemple :

Être aux abonnés absents : c’est-à-dire Ne pas donner signe de vie

Jusque dans les années 1960, pour atteindre un correspondant par téléphone, il fallait passer par une opératrice. Celle-ci répondait de vive voix et dans sa centrale téléphonique établissait la connexion avec le correspondant souhaité à l’aide de fiches enfoncées dans un panneau mural. Comme le « répondeur » n’existait pas encore, lorsqu’on souhaitait signaler une impossibilité de répondre au téléphone, on pouvait utiliser le service des « abonnés absents » en se faisant inscrire sur une liste. Dans ce cas, l’opératrice informait l’appelant que la personne demandée était absente.

Avec l’arrivée des répondeurs automatiques et des nouvelles technologies, le service a disparu, mais l’expression s’utilise encore au figuré pour signifier que quelqu’un ne répond pas à un appel ou à une demande. Et même le plus souvent, c’est refuser de répondre. (en avant-première d’un prochain livre sur les expressions à sortir chez Racine à la rentrée)

Une personnalité relativement jeune interviewée en télévision, il y a peu, a répondu à propos de son âge :

« Vous savez, je suis d’un temps où lorsque mon téléphone sonnait, je ne savais pas qui m’appelait ! »

Il est évidemment essentiel pour communiquer et par le langage en particulier, de connaître le sens de chaque mot.

Et de ne pas se fier aux apparences. Voici quelques exemples :

Avoir le bourdon (il ne s’agit pas de l’insecte, mais de la grosse cloche)

Ramasser une gamelle (il ne s’agit pas d’une casserole, mais d’un gadin, coup)

Depuis des lustres (il ne s’agit pas de l’appareil d’éclairage au plafond, mais de la durée romaine de cinq ans)

Faire du plat (il ne s’agit pas de vaisselle, mais du plat de la langue)

Être sur son 31 (il ne s’agit pas du nombre, mais de la déformation du mot « trentain », un tissu de grande qualité)- composé de trente centaines de fils)

Bref, le langage étant le reflet de la civilisation, nous avons là matière à réflexion : la vitesse, la culture, la compréhension, le dialogue, etc.

Venons-en au Prix 2017, la 15e remise de ce prix qui sincèrement m’honore,

et aux appréciations du jury, que je remercie :

Ingrid Bawin, Solange Simons, Laurence Lievens, Christophe Georis et Martine Meersschaut, qui coordonne avec efficacité toute la réalisation du Prix.

Il s’agit donc de couronner l’auteur d’un Mémoire écrit dans la meilleure langue française, malgré le sujet forcément lié à des thèmes peu ou moins littéraires.

Je vous livre quelques-unes des remarques que j’ai pu recueillir lors de la délibération, à propos du Mémoire retenu cette année :

La richesse du vocabulaire. Exemples : un coût gargantuesque, un joli terme ancien de la langue. Mais aussi l’autosolisme. (Qui est le fait de circulier seul dans une automobile, un terme qui n’a qu’une dizaine d’années d’usage seulement).

La recherche stylistique. Les titres sont courts et efficaces,  ce qui était d’ailleurs une recommandation du promoteur Monsieur Benoît Piraux. La façon de raconter est originale et attrayante. Prenons comme exemples le début et la fin de la conclusion – en sachant que le sujet concerne la voiture en ville :

« Nous voilà arrivés au terme de notre périple. Nous prenons notre smartphone et verrouillons les portes de la voiture qui nous a accompagnés tout au long de notre parcours. Force est de constater que la route est encore longue pour améliorer la mobilité au sein de la Région. »

et la fin :

« Le free floating (traduit ailleurs en « flotte libre ») n’en est donc qu’au stade embryonnaire et devra encore évoluer dans les années à venir pour constituer un atout de la mobilité bruxelloise.

À vos marques. Prêts ? Roulez ! »

Un mot enfin de la forme : Il y a des décennies, nous aurions pu admirer la calligraphie, mais, signe des temps, aujourd’hui un membre du jury a apprécié que les conclusions intermédiaires étaient imprimées sur fond gris, alors qu’un autre membre du jury a apprécié la lecture aisée car le texte était en Arial 12 !

Pour l’obtention du diplôme de Master en Sciences Commerciales, le mémoire s’intitule « La solution du free floating comme amorce d’un nouveau paradigme de la mobilité au sein de la région de Bruxelles-Capitale »

Et nous sommes heureux d’attribuer ce 15e prix à Dorian Thyssens.

Voici des livres offerts par la région de Bruxelles-Capitale et les éditions Racine.

Bonne soirée et merci pour votre accueil.

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Un été avec Jules Renard (1)

Comme j’ai relevé de très nombreuses et de si superbes réflexions en relisant l’éternel « Journal » de Jules Renard, je me propose durant ces semaines estivales de les partager de temps en temps avec vous. Je les donne par ordre chronologique ; mais vous verrez qu’elles sont toujours actuelles. Elles abordent toutes sortes de sujet et c’est un bonheur d’y réfléchir. L’été avec Jules Renard ? Prêts ?

1887

C’est en pleine ville qu’on écrit les plus belles pages sur la campagne.

1888

Un mot si joli qu’on le voudrait avec des joues, pour l’embrasser.
On a beau faire : jusqu’à un certain âge, – et je ne sais pas lequel, – on n’éprouve aucun plaisir à causer avec une femme qui ne pourrait pas être une maîtresse.

1890

On peut être poète avec des cheveux courts.

On peut être poète et payer son loyer.

Quoique poète, on peut coucher avec sa femme.

Un poète, parfois, peut écrire en français.

 
On entre dans un livre comme dans un wagon, avec des coups d’œil en arrière, des hésitations, l’ennui de changer de lieu et d’idées. Quel sera le voyage ? Quel sera le livre ?

 
Cherchez le ridicule en tout, vous le trouverez.

 
Un sens de plus, un de moins, qu’importe, pourvu qu’il me reste le bon !

 

A bientôt pour la suite ! N’hésitez pas à donner votre avis ! Que votre été soit magnifique !

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La beauté des chevaux

Un proverbe indien dit que les « chevaux sont des créatures mystérieuses ou divines ». On ne peut nier leur beauté.

Quand les êtres humains s’associent aux mouvements des chevaux, en exerçant la voltige, par exemple (qui est devenue un sport à part entière et plus seulement un art du spectacle depuis peu), ou le saut d’obstacles, l’harmonie est magnifique.

Pour ma part, cela fait quelques mois que je peux admirer le travail d’initiation dans un manège proche (Une de mes petites-filles s’y retrouve chaque samedi*) et je m’émerveille de l’élégance des animaux, de la persévérance enthousiaste des enfants et de la patience merveilleuse des moniteurs et monitrices (Comme Loan et Stéphanie*). (Il se fait que c’est le manège « Cour au Bois », où je conduisais parfois ma propre fille et ses copines. Et Catherine (avec Miguel*) est toujours la même patronne, précieuse et performante, des lieux !)

Pour les encourager (et pour découvrir les lieux verdoyants : écuries, manège, etc.), j’espère que nous serons nombreux à nous rendre ce samedi 24 juin à cette « Cour au bois » en fête. Dès 10 heures, s’ouvre une brocante équestre et dès 14 heures une démonstration équestre. Bien sûr il y a un bar et une restauration. Le temps semble être moins chaud ce samedi et c’est une chance.

Les coordonnées sont : Rue Cour au Bois, 14 – 1440 Braine-le-Château. (Près de la bretelle de l’autoroute sortie Wauthier-Braine). Tel : 03.366.90.96 – couraubois@skynet.be

10 juin 17 C

Catherine et Miguel

Je pense à toi tout le temps

Ce matin, en relisant mes notes, je retrouve cet extrait du livre de Frédéric Beigbeder, en 2012, et qui dit si justement le « mal » amoureux ! (Mais je ne suis évidemment – et ma vie le prouve – pas d’accord avec le titre de l’ouvrage)

« Je pense à toi tout le temps. Je pense à toi le matin, en marchant dans le froid. Je fais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à toi plus longtemps.

Je pense à toi le soir, quand tu me manques au milieu des fêtes, où je me saoule pour penser à autre chose qu’à toi, avec l’effet contraire.

Je pense à toi quand je te vois et aussi quand je ne te vois pas. J’aimerais tant faire autre chose que penser à toi mais je n’y arrive pas. Si tu connais un truc pour t’oublier, fais le moi savoir. Je viens de passer le pire week-end de ma vie. Jamais personne ne m’a manqué comme ça.

Sans toi, ma vie est une salle d’attente. Qu’y a-t-il de plus affreux qu’une salle d’attente d’hôpital, avec son éclairage au néon et le linoléum par terre ? Est-ce humain de me faire ça ? En plus, dans ma salle d’attente, je suis seul, il n’y a pas d’autres blessés graves avec du sang qui coule pour me rassurer, ni de magazines sur une table basse pour me distraire, ni de distributeurs de tickets numérotés pour espérer que mon attente prendra fin. J’ai très mal au ventre et personne ne me soigne.

Être amoureux c’est cela : un mal de ventre dont le seul remède, c’est toi. J’ignorais que ton prénom prendrait tant de place dans ma vie. »

{ Extrait de « L’Amour dure trois ans » }

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Les glycines du jardin

Comme en ce moment, une superbe glycine finit sa floraison au bord de mon jardin, je me suis souvenu de celle qui ornait la véranda dans ma maison natale. Et de cette anecdote :

« Pour une fête scolaire, le professeur de cinquième primaire essayait de mettre tous les enfants à contribution. Nous allions monter une saynète sur la scène du théâtre du collège.

  • Qui peut apporter un long manteau ?

Ceux qui le pouvaient levaient la main et l’instituteur choisissait.

  • Il me faut aussi une pile de journaux, qui s’en occuperait ?

Finalement, je ne trouvais pas grand-chose à faire, lorsque la question fut :

  • Qui a une glycine dans son jardin ?

Je levai enfin la main, content de participer à mon tour. Nous possédions une glycine qui couvrait une partie de la terrasse.

  • Alors, Mercier (on nous appelait par nos noms de famille, je l’avais presque oublié !), tu nous apportes quelques branches ?

Tout fier de ma contribution, je demandai donc à mon père de couper quelques branches pour apporter à la fête de l’école. Le jour dit il me remit un fagot de branches de glycines entouré d’une grosse ficelle. Tout heureux, je le remis au professeur qui me demanda ce que c’était. Quand il avait parlé de glycine, il voyait la verdure de la plante qui servirait à masquer le bord de la scène près des feux de la rampe. Or, je ne l’avais pas compris et mon père non plus, qui avait dépouillé consciencieusement les branches de leurs feuilles ! Mon professeur jeta mon apport dans un coin et ne s’en occupa plus. Le soir, à mon père qui demandait des nouvelles des branches, je n’ai pas voulu raconter la vérité. Je ne voulais pas l’attrister. »

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Seins nus

Nous évoquions il y a peu, Armelle et moi, les nombreux souvenirs partagés (Je passerai dans une émission qui lui est consacrée le samedi 24 juin à 17h55 : « Mon plat préféré », que vous adorerez!), surtout ceux de Forts en Tête et de Bonnie and Clyde. Et pas seulement les fous rires !

Dans mes « Mémoires », je vous raconterai de long en large les aventures et parfois les mésaventures qui nous sont arrivées. L’une d’entre elles m’a rappelé une rencontre (mais en radio cette fois) avec la chanteuse québécoise Diane Dufresne. C’était la grande époque du Québec « libre » et du militantisme des francophones du Canada. Elle s’est présentée dans mon studio les seins nus. Je ne m’en suis pas aperçu tout de suite, car elle avait fait peindre sur sa poitrine un drapeau québecois bleu avec les fleurs de lys. Il a fallu que je me concentre durant l’interview… !

Alors que dans Bonnie and Clyde nous recevions toutes sortes d’artistes, certains soirs étaient plus spéciaux que d’autres… J’ai retrouvé une photo de 2012. J’y prends la pose entre trois superbes jeunes filles adeptes du Body Painting. Les moeurs évoluent et c’est encore plus fort que Diane !

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Les odeurs de l’enfance

Il est ainsi des odeurs parfois ravivées et qui nous font remonter à l’enfance. Des odeurs, pas seulement des parfums. Oui, bien sûr, la glycine sur la terrasse et les thuyas sont de superbes senteurs. Mais…

Par exemple, l’odeur âcre du fer rouillé. Elle était liée à une petite cave de la maison familiale, celle où d’une part était versé le charbon par le soupirail et d’autre part étaient rangées les boîtes de clous, de vis, d’écrous.

L’odeur du « savon noir » utilisé pour le nettoyage du trottoir, le plus souvent le vendredi matin ; une odeur que je sentais sur le chemin de l’école, mais aussi devant chez moi, lorsque j’avais congé. Je me souviens d’une indignation de ma mère, assez bourgeoise, qui nettoyait les pavés et qu’un livreur avait pris naturellement pour la femme de ménage !

L’odeur des mandarines (on n’en recevait peu à d’autres périodes de l’année) sur les assiettes le matin de la Saint-Nicolas. Même si l’on y trouvait des pépins, son acidité était plus douce dans la bouche et dans les narines.

L’odeur (le parfum) des feux de feuilles et de branchages dans les jardins.

L’odeur des feuilles séchées d’eucalyptus, que l’instituteur avait brûlées dans une vasque un matin pour assainir l’atmosphère.

L’odeur du désinfectant (créoline) que les chefs venaient verser dans les « feuillées » des camps scouts.

L’odeur provenant certains jours d’une savonnerie de la rue voisine (Tranoy), qui ne ressemblait à rien d’autre et écœurait très vite.

L’odeur des épices (je ne connaissais pas encore les noms, mais les couleurs étaient belles : jaune, rouge, brun, beige…) entreposées dans des hautes boites rouges à couvercles dans l’épicerie Malfait qui s’ouvrait au coin de la rue de l’école. Un mélange d’odeurs sucrées, salées, inédites.

« L’argent n’a pas d’odeur, mais la pauvreté en a une » écrit Paul Léautaud !

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Mireille Darc… en 1967 !

Au fil de l’écriture (difficile) de mes « Mémoires », je retrouve aussi des photos. Ainsi, celles prises en 1967 à Paris, où j’avais organisé une « expédition » pour rencontrer un maximum d’artistes… sans me rendre compte du temps qu’il fallait – déjà à l’époque – pour se rendre d’un endroit à un autre. Nous avions commencé la journée par Joe Dassin, ensuite…

« A Paris, nous sommes déjà en retard à notre deuxième rendez-vous. On a cherché son nom sous les boutons de sonnette : Mireille Darc. Sa voix nous répondit de monter à son appartement. On s’est regardés, Claude et moi : « C’est aussi simple que ça ? Même pour une star de cinéma comme elle ? »

Elle était à la fois gentille et époustouflante. Pour nous, elle venait d’incarner la libération sexuelle dans Galia de Georges Lautner. Pour un jaloux comme moi, c’était un peu flippant, cette jeune femme libre qui changeait d’amant comme bon lui semblait. Elle venait aussi de tourner avec Michel Serrault et Louis de Funès, mais n’était pas encore La grande Sauterelle de l’année suivante et n’avait pas encore montré sa chute de reins vertigineuse du Grand blond avec une chaussure noire, six ans plus tard.

Tandis qu’une grande assistante nous servait un café et nous observait, Claude enregistra l’interview et je demandai à l’assistante de prendre des photos pour le service de presse de la radio. Claude était assez « rentre-dedans » et j’essayais de modérer ses propos. C’était ainsi que fonctionnait notre duo. Je l’entendais dire, par exemple : « Une vedette comme vous, vivre dans un aussi petit appartement, c’est étonnant ! » et j’étais mal à l’aise. Nous ignorions les subtilités du cours de l’immobilier.

Une fois sortis, comme il y avait un fleuriste à deux pas, je voulus absolument lui faire porter un bouquet de roses en guise de remerciement. Ce qui nous valut quelques jours plus tard, un merci de sa part cette fois. Elle nous envoya une jolie carte écrite de sa main et nous en fûmes très fiers ; cela prouvait aussi qu’aucun propos n’avait été mal pris. »