Comment vivre sans poésie ?

Les premiers mots de la préface du recueil de poèmes « Cette vie insensée » de Philippe Colmant sont « Comment vivre sans poésie ? Comment ? La question ne se pose plus à qui tient un recueil entre les mains. Quelle chance qu’il ait abouti entre nos mains ! Ce miracle de mots et de papier, au parfum subtil, au toucher délicat… »

Ce sont des mots de Claude Donnay qui introduisent bien les poèmes et les superbes aquarelles de l’auteur. (voir ci-dessous « La liberté »)

Loin d’une analyse, je veux simplement vous donner à savourer quelques vers au fil de ma lecture…

Nous n’étions que fumée,

Nous n’étions que poussière,

Et nous étions ce vent

Qui courait sur la crête

De la dune insoumise.

C’est le début du premier poème ! La poésie c’est l’enfance.

Je convoque souvent

L’enfant tapi en moi

Et nous passons des heures

A jouer à la vie.

J’aime aussi ces phrases poétiques, qui sont aussi comme des vers, autrement.

Aussi loin que je remonte dans l’enfance, je ne me rappelle que le soleil.

Pourtant, il a bien dû pleuvoir.

Mes souliers sous l’escalier sont encore mouillés.

Magnifique, non ? Je pourrais vous en citer encore beaucoup, mais je vous laisse découvrir ce livre et je vous donne encore celui que je préfère pour l’instant, et qui parle encore de l’enfance.

On les entend de loin,

Les souvenirs d’enfance

Piaillant dans leur nid.

Ils ont les yeux fermés

Et le bec grand ouvert.

Il y a là des oeufs

Qui n’ont jamais éclos.

Sait-on combien de cris

Sont restés en travers

De la gorge du temps ?

« Cette vie insensée » Philippe Colmant, édition Demdel

www.demdel-editions.com

A vous le studio !

Avec Alain Van den Abeele, j’ai eu un merveilleux fou rire en direct le matin en radio. Il en parle dans ses Mémoires. L’article paru dans L’Echo en novembre dernier le présente fort bien, sous la signature de Jean-Paul Bombaerts.

Pour les plus anciens, Alain van den Abeele (aujourd’hui 72 ans) était une voix familière à la radio dans les années septante et quatre-vingt, lorsqu’il animait les directs sur le Tour de France et les circuits de Formule 1. Il publie aujourd’hui ses mémoires qui brossent un demi-siècle dans les coulisses de la RTBF.

Peu appliqué à l’école et davantage porté sur la musique des Rolling Stones, il découvre sa vocation au contact du journaliste René Hénoumont.

Après un bref passage au Soir, il entre à la RTB (sans F à l’époque) en 1969, c’est-à-dire au moment précis où Eddy Merckx et Jacky Ickx portent le sport belge au sommet. Le Cannibale gagne son premier tour, tandis que Ickx devient vice-champion du monde de F1 et remporte ses premières 24 heures du Mans, au terme d’une incroyable arrivée au sprint.

Alain van den Abeele vit ces instants magiques aux premières loges, que ce soit à moto sur les routes du Tour ou dans les stands des grands-prix qui ressemblaient, à l’époque, à un immense bivouac.

« Les grands champions ont un rôle curatif, ils aident les gens à mieux supporter la vie de tous les jours« , estime-t-il.

Homme de réseau, il participe, en 1980, à la création du « Rallye de Bruxelles » pour voitures anciennes et, un peu plus tard, à celle du musée « Autoworld » au Cinquantenaire. Il fait même une brève apparition dans un album de Michel Vaillant (Des filles et des moteurs).

Il écorne en revanche le mythe de Luc Varenne, qui s’avère être un personnage imbu de sa personne et désagréable avec ses collègues.

Militantisme

Dans un autre registre, Alain van den Abeele dénonce le militantisme qui s’est progressivement emparé de la chaîne publique. Son entrée à Flagey coïncide avec l’arrivée d’une génération de soixante-huitards, tels André Menu, Nicole Cauchie, Hugues Lepaige, Jean-Jacques Jespers ou Jean-François Bastin. « Leur plan d’action est simple: monopoliser les journaux parlés matinaux et prêcher la bonne parole, leur bonne parole nourrie de visions marxistes-léninistes. (…) La déontologie journalistique est désormais une coquille vide. Les nouvelles qui ne plaisent pas à une certaine gauche vont à la poubelle.« 

En désaccord profond, Alain van den Abeele entre en résistance en intégrant le groupe des « Autonomes » où se retrouvent des dissidents comme Jean-Pierre Gallet, Henri Coenjaerts, Michel Konen et René Thierry, soutenus par une partie du personnel qui ne supporte plus la mainmise de la CGSP.

Ce militantisme qui prévaut à Reyers n’a guère évolué depuis, déplore Alain van den Abeele. « À longueur de journal radio ou télé, reportage, sujet, commentaire et billet d’humoriste, la RTBf nous sert une soupe tiède de militantisme de gauche à peu près sur tous les sujets: l’économie, la N-VA, l’immigration, l’islamisme, les grèves, la politique américaine ou française, etc.« 

Il regrette aussi le peu de considération dont jouissent les journalistes sportifs au sein de la maison. « Le journaliste sportif compte pour du beurre, bien que surveillé de près par des envieux. Les reportages à l’étranger, les déplacements de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, sont considérés comme des vacances. » Et il contre-attaque: « Pourquoi les fleurs de la pensée seraient-elles réservées aux philosophes, aux hérauts de l’économie ou de la politique intérieure ou extérieure?« 

Ceci étant, Alain van den Abeele admet qu’il s’est quand même bien amusé, y compris en fin de carrière lorsqu’on le sort du placard où il avait été relégué bien malgré lui pour l’envoyer en reportage aux Etats-Unis pour suivre la tournée de Sandra Kim.

Toujours, il reste fidèle à son principe de vie: « Essayer de mener une existence qui ne soit pas trop contraire à mes désirs« .

A vous le studio », Alain van den Abeele, éd. Luc Pire, 336 pages, 24 euros

Le moment de la poésie ?

Serait-ce le moment de la poésie ? Notre « confinement » nous apporte-t-il le temps nécessaire à cette lecture, à cette écoute ?

Les mots prennent une saveur et une profondeur particulières ; on les laisse infuser dans notre âme, comme un thé délicieux. Nous ressentons plus aisément le frissonnement de notre coeur.

Le mot utilisé dans le poème correspond à une vibration en nous, parfois oubliée, parfois ravivée. Il ne faut pas comprendre un poème, il faut le ressentir, s’y laisser porter par le courant des vers… alors nous découvrons des paysages insoupçonnés sur les rivages que nous longeons. On se sent reliés aux autres, au monde, à l’univers, à tous les mystères !

Dans mon recueil « Proche des larmes », j’écris ceci, qui avait été relevé à l’époque par un éminent critique littéraire :

Le parfum des jardins

La douceur d’un animal

La Pavane de Ravel

Et quelques saveurs

Passent dans mon âme

Et vont se perdre ailleurs.

https://www.lesdejeunerssurlherbe.com/proche_larmes.html

https://www.lesdejeunerssurlherbe.com/envers_monde.html

https://lesauletetart.be/produit/papy-jacques-mercier/

Voulez-vous me lire (en numérique) ?

Dans un article du Soir, je découvre que la lecture numérique a fait un bond de 70% ! Je vous propose avec plaisir via Amazon deux de mes livres, en format numérique. Les liens se trouvent ci-dessous.

D’une part, « Maître Gustave« , le roman qui s’est le plus vendu (un écrivain confiné en fin de vie) et « L’Année 13 », le seul qui se passe dans le futur. Ce dernier a, plus encore, quelques ressemblances avec ce que nous vivons en ce moment !

Je vous en souhaite une excellente lecture et merci de m’écrire ce que vous en avez pensé, si vous en avez l’occasion ?

https://www.amazon.fr/Ma%C3%AEtre-Gustave-Jacques-Mercier-ebook/dp/B01KBZM6NW

https://www.amazon.fr/LAnn%C3%A9e-13-Jacques-Mercier-ebook/dp/B01KAOUMCG/ref=asap_bc?ie=UTF8

Texte prophétique de Marc Moulin

Un texte prophétique de notre ami Marc Moulin, paru en 2003, dans sa rubrique « Humoeurs » (TéléMoustique). Incroyable ! C’est Jan Hautekiet qui l’a publié sur FB. Merci

Je nous vois déjà dans 20 ans. Tous enfermés chez nous. Claquemurés (j’adore ce verbe, et ce n’est pas tous les jours qu’on peut le sortir pour lui faire faire un petit tour). Les épidémies se seront multipliées: pneumopathie atypique, peste aviaire, et toutes les nouvelles maladies. Et l’unique manière d’y échapper sera de rester chez soi. Et puis il y aura toujours plus de menaces extérieures: insécurité, vols, attaques, rapts et agressions — puisqu’on aura continué de s’acharner sur les (justes) punitions en négligeant les (vraies) causes. Et le terrorisme, avec les erreurs à répétition des Américains, sera potentiellement à tous les coins de rues. La vie de « nouveaux prisonniers » que nous mènerons alors sera non seulement préconisée, mais parfaitement possible, et même en grande partie très agréable. Grâce au télé-travail qui nous permettra de bosser à la maison tout en gardant les enfants (qui eux-mêmes suivront l’école en vidéo-conférence). Grâce à Internet qui nous épargnera bien des déplacements: on n’aura plus besoin ni de poster les lettres, ni d’acheter un journal « physique », ni d’aller faire la file dans les administrations. (…). Dans les rues, il ne restera plus que des chiens masqués qui font seuls leur petite promenade (pas de problème, sans voitures), et du personnel immigré sous-payé en combinaison étanche, qui s’occupera de l’entretien des sols et des arbres. D’autres s’occuperont de la livraison de notre caddy de commandes à domicile. Alors nous aurons enfin accompli le dessein de Big Brother. Nous serons des citoyens disciplinés, inoffensifs, confinés, désocialisés. Nous serons chacun dans notre boîte. Un immense contingent de «je», consommateurs inertes. Finie l’agitation. Finie la rue.

Dialogue du Corona avec l’univers

🗣 : Univers, Pourquoi me mettre dans le pangolin ?

✨: Cet animal, Corona, est en voie d’extinction. Et pourtant les hommes continuent de le braconner et de le manger. … Ce sera la 1ère étape de ma leçon.

🗣 : D’accord Univers. Pourquoi tu veux que ça commence en chine?

✨ : La chine est le symbole de la mondialisation et de la production de masse petit. Ce pays est surpeuplé, il produit en masse et pollue en masse…

🗣: C’est vrai univers… Mais en même temps c’est parce que les autres pays y ont un intérêt financier aussi non ?

✨ : Oui petit c’est pour cela que ta mission va être de te répandre partout dans le monde, et principalement dans tous les pays concernés par ce système, l’Europe, les US, les pays producteurs de pétrole…

🗣: Quelle forme vas tu me donner univers ?

✨ : Celle d’un virus qui va principalement infecter les voies respiratoires.

🗣 : Mais pourquoi univers ?

✨: petit, vois tu de nos jours, les hommes mettent en danger la planète. La pollution est devenue trop importante mais l’humanité n’en mesure pas l’ampleur. Quoi de plus symbolique que la respiration petit, tu comprends ?

🗣 : Oui mais ça veut dire que je vais être dangereux univers ?

✨ : Tu ne le seras pas plus que plein d’autres maladies existantes petit, et tu le seras bien moins que la pollution elle même qui génère des milliers de morts ! Mais la différence c’est que toi, tu seras visible…

🗣 : D’accord univers. Mais tu crois que ça va marcher ton truc là alors, je comprends pas comment ?

✨ : Tu as raison petit. C’est pour cela que je vais te rendre très contagieux. Tu vas vite te propager. La vitesse de propagation sera bien supérieure à ta dangerosité.

🗣 : Ok mais alors si je suis pas si dangereux, tu crois qu’ils vont avoir peur de moi ?

✨: Oh petit oui fais moi confiance. C’est sur cela d’ailleurs que je compte pour faire évoluer les mentalités : la peur.

Ce n’est que quand l’homme a peur, qu’il peut changer ensuite…

🗣 : Tu crois ?

✨ : Oui petit, et je vais ajouter tout un contexte pour amplifier la peur et les prises de conscience.

🗣 : Quoi univers…?

✨: La peur va tellement prendre le dessus que l’on confinera les gens chez eux tu verras. Le monde sera à l’arrêt. Les écoles seront fermées, les lieux publics, les gens ne pourront plus aller travailler. Les croisières, les avions, les moyens de transport seront vides..

🗣: oh la la, Univers, tu vas loin, mais qu’espères tu de cela ?

✨ : que le monde change petit ! Que Terre mère soit respectée ! Que les gens prennent conscience de la bêtise humaine, des incohérences des modes de vie et qu’ils prennent le temps de réfléchir à tout cela … Qu’ils arrêtent de courir, découvrent qu’ils ont une famille et des enfants et du temps avec eux. Qu’ils ne puissent plus recourir aux suractivités extérieures car elles seront fermées. Se reconnecter à soi, a sa famille, ça aussi, petit, c’est essentiel…

🗣 : Ok mais ça va être dangereux, l’économie va s’effondrer….

✨ : Oui petit, il y aura de grosses conséquences économiques. Mais il faut passer par la. C’est en touchant à cela aussi que le monde je l’espère va prendre conscience de ses incohérences de fonctionnement. Les gens vont devoir revenir à un mode de vie minimaliste, ils vont devoir retourner au local, et je l’espère à l’entre aide..

🗣 : Comment vais je me transmettre ?

✨: par le contact humain.. Si les gens s’embrassent, se touchent…

🗣 : bizarre univers là je ne te suis pas, tu veux recréer du lien mais tu éloignes les gens ?

✨ : Petit, Regarde aujourd’hui comment les hommes fonctionnent. Tu crois que le lien existe encore ? Le lien passe par le virtuel et les écrans. Même quand les hommes se promènent, ils ne regardent plus la nature mais leur téléphone… A part s’embrasser il ne restait plus grand chose du lien… alors je vais couper ce qui leur restait de lien et je vais exagérer leur travers … en restant confinés chez eux, fort à parier qu’au départ ils se régalent des écrans mais qu’au bout de plusieurs jours ils satureront… lèveront les yeux.. découvriront qu’ils ont une famille, des voisins … et qu’ils ouvriront leur fenêtre pour juste regarder la nature …

🗣 : tu es dur Univers, tu aurais pu alerter avant de taper aussi fort…

✨: mais corona, avant toi j’ai envoyé plein d’autres petits … mais justement c’était trop localisé et pas assez fort…

🗣 : tu es sur que les hommes vont comprendre cette fois alors ?

✨ : je ne sais pas corona… je l’espère… mère terre est en danger… si cela ne suffit pas, je ferai tout pour la sauver, il y a d’autres petits qui attendent … mais j’ai confiance en toi Corona… et puis les effets se feront vite sentir … tu verras la pollution diminuera et ça fera réfléchir, les hommes sont très intelligents, j’ai aussi confiance en leur potentiel d’éveil… en leur potentiel de création de nouveaux possibles … ils verront que la pollution aura chuté de manière exceptionnelle, que les risques de pénurie sont réels…

(Texte trouvé sur le Net)

Parlez-vous français ?

Même si des problèmes importants secouent le monde, nos vies se poursuivent avec leurs détails, qui sont eux aussi essentiels. Toutes les pièces composent notre vie.

Alors que dans quelques semaines maintenant, je pourrai vous faire part de la sortie de mes Mémoires, sous le titre « Mes drôles de vies » chez Racine, justement je notais quelques mots de la langue.

Des termes qui ont été tellement utilisés dans un sens incorrect ou approximatif qu’ils font aujourd’hui partie de notre communication (et même pour certains du dictionnaire usuel !).

Bien sûr, je ne conteste nullement l’évolution d’une langue et je ne stigmatise rien. Nous sommes libres dans l’usage de notre langue. Remarquons seulement que nous sommes trop influencés par les médias (et même par les sous-titres truffés de fautes dans les films, les séries, les JT, etc.) et en particulier par la publicité, qui joue sur la répétition.

Réouvrir :

Le verbe correct est « rouvrir ». Mais on dit réouverture.

Conséquent :

On l’utilise comme synonyme de « important », alors qu’il signifie : en accord avec, en conformité. On peut être conséquent dans nos actes, soit on les assume.

Compliqué :

Traduit de l’anglais complicated, il a pris la place de « difficile ». Compliqué c’est ce qui est difficile à comprendre ou à démêler

Au final :

C’est une construction fautive. On devrait utiliser – et on a le choix ! – : finalement, en dernier ressort, en dernière analyse, pour finir, à la fin, en dernier lieu…

En termes de :

Au départ, cela ne devrait s’utiliser que dans la linguistique. Cette expression signifie « dans le vocabulaire de » ou « dans le langage de » et ne veut pas dire « en ce qui concerne », « en matière de », « sur le plan de ». Cette confusion est due à l’expression anglaise « in terms of » qui elle a le sens de « en matière de ». (Cela nous rappelle la période des « au niveau de » ! )

A cause de :

Cela induit toujours une chose négative, sinon on doit dire « grâce à ».

Attractif :

Traduction de l’anglais, qui ne devrait s’utiliser que pour une chose, alors que nous devrions utiliser en français « attrayant » et un « attrait » pour une personne, et pour des sentiments.  

Des alternatives :

A l’origine, il ne peut y avoir qu’un choix, l’un ou l’autre et donc n’existaient pas « des » alternatives, mais une seule.

 

Bon amusement, les amoureux de la langue !

La poésie dans les rues de Tournai

Cela fait quelques années qu’à cette époque de l’année, les panneaux officiels de la ville de Tournai, en Wallonie picarde, offrent de courts poèmes à lire ! Voici celui de Bernardette Bodson, signé Bernadette, et le mien, signé Jacques. « La ville en poésie » quel fabuleux concept… au milieu de tant de problèmes qui occupent le monde.

L’élégant Tino Rossi

Tino Rossi avait cette élégance des stars de son époque. Voici ma rencontre chez lui, un texte extrait de mes futures Mémoires à paraître dans quelques semaines chez Racine.

A Neuilly-sur-Seine, à l’entrée de la propriété de Tino Rossi trônait le buste d’un ange qui demandait le silence, un doigt sur la bouche. Cela me fit sourire en pensant à la voix de velours qui lui avait valu de devenir le premier chanteur français à obtenir un disque d’or, cette fois-là ce fut vraiment un disque en or massif 24 carats.

Petit papa Noël s’est vendu à plus de 35 millions d’exemplaires, si l’on compte les 78 tours, les vinyles, les cassettes, les CD et les DVD… pour ce titre créé en 1946. Il vendit en tout plus de 500 millions de disques dans le monde. On racontait d’ailleurs cette anecdote à propos de la SACEM, la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs s’enrichissant grâce à lui. Il était rentré dans le hall et, voyant un nouveau revêtement de sol, avait claironné : « Quoi ? On a changé la moquette de ma maison sans m’en parler ? »

Bien sûr, il était charmant, même timide. Il me parla de la Corse et de ses amis d’enfance qui continuaient à l’appeler Tintin, ce qui plaisait au Belge que j’étais. Il évoqua le déclin des opérettes et m’entretint de Vincent Scotto. Justement, j’avais trouvé dans une brocante le petit livre Souvenirs de Paris, où Scotto racontait à Propos de Tino que « Les femmes s’approchaient de lui avec une telle férocité que si je n’étais pas collé à lui pour monter en voiture, si dans la bousculade je me laissais distancer de quelques mètres, il me fallait renoncer à lui, et la voiture partait sans moi. Les femmes étaient avides de le voir de près, certaines se seraient laissé piétiner plutôt que de céder leur place ». Ce fut une idole, même s’il n’aimait pas ce terme.

Il tint à me présenter son fils Laurent, qui avait sorti quelques disques déjà et le tube de l’année précédente El Bimbo. Alors que Tino Rossi me reconduisait avec urbanité vers la porte, il prononça cette phrase peu poétique : « Vous savez, Petit Papa Noël c’est mon coffre-fort ! »

Les monstres sacrés !

En avant-première de l’édition de mes Mémoires « Drôles de vies » dans quelques semaines chez Racine. La rencontre avec Alice Sapritch !

« Un autre monstre sacré, au théâtre, avec de l’Ionesco, à la télévision, avec Folcoche, la marâtre de Vipère au poing de Hervé Bazin et au cinéma avec La folie des grandeurs, qui avait une solide réputation, c’était Alice Sapritch.

Je lui avais téléphoné pour qu’elle vienne à Bruxelles et elle m’avait répondu que le mieux était que j’aille lui expliquer tout ça chez elle, lors d’un de mes séjours à Paris. J’y suis donc allé. Je sonnai à la porte de son appartement et c’est elle qui vint m’ouvrir. Elle, pas vraiment belle, mais dont se dégageait une telle aura de star que cela n’avait aucune importance. Sa voix ! Tout ce qu’elle a incarné comme rôles, de la gloire à l’autodérision, tout cela l’enrobait et la rendait quasi mythique.

Le hall d’entrée donnait sur deux portes latérales et au fond sur une très grande pièce à vivre. Nous nous sommes arrêtés à l’entrée de cette pièce. Dans les fauteuils et les divans, de beaux jeunes gens bavardaient. On y servait du thé, des petits fours et on papotait beaucoup. Alors Alice Sapritch se tourna vers moi et dit : « Il y a beaucoup de monde ici, le mieux serait qu’on discute ailleurs. »

Elle retourna dans le couloir et ouvrit la porte de sa chambre. A l’intérieur, il n’y avait qu’un très grand lit prenant toute la place. Je me suis entendu lui dire : « Alors c’est vrai ce qu’on raconte sur vous, vous êtes une mangeuse d’hommes et tout le monde passe par votre chambre ! » Elle me regarda un moment sans réagir. Puis, elle éclata de rire et dit : « Allons dans le salon ! » Elle fit déguerpir tous ses invités et nous avons bavardé comme de vieux amis !

Elle est venue ensuite honorer ma demande et nous avons passé quatre heures magiques à l’écouter raconter sur antenne ses souvenirs !