En répétition

C’est tout d’abord dans nos yeux la certitude d’un moment de création magnifique !Nous allons suivre le déroulement prévu des textes, des anecdotes et des morceaux de musique; simplement pour sentir si tout est fluide, harmonieux, à sa place, indispensable afin que la première du spectacle à Charleroi, au Théâtre La Ruche, le samedi 10 mars, soit la meilleure possible. Nara s’installe au piano; s’installe vraiment : elle ouvre le couvercle, règle la hauteur du siège, délie ses doigts en faisant quelques gammes… Et puis après les notes qui serviront de lever de rideau, celles-là mêmes qui me feront battre le coeur si fort, de peur de vous décevoir dans la salle… Je suis debout et j’imagine mon entrée en scène, mon salut, mes premiers mots, qui sont le titre du spectacle : “J’ai toujours aimé les blondes”, qui sera suivi d’un geste impuissant vers Nara, qui a les cheveux noirs de jais ! … Et puis, je raconte…. Cette fois, plus de texte suivi, plus de théâtralisation, ce sera comme un one-man-show, mais dans un registre plus doux, plus intime : je parlerai de mes premières amours adolescentes, de mes rencontres avec Brel ou Sapritch… et le piano de Nara soulignera, secondera le texte, parfois avec des textes que j’ai écrits… Cela devrait vous emmener hors du temps ! … Et puis, on coupe une idée, on rajoute un effet, (peut-être que j’esquisserai moi-même quelques notes au piano…) on modifie le choix d’une chanson… et comme pratiquement tout est nouveau : on a les yeux “proches des larmes” pour certains textes qu’elle interprète pour la première fois devant moi, comme le triste  “Passons”… On vibre, on est heureux, on partage… On espère que vous partagerez cette pure émotion texte et musique ; leçons de vie, sérieuses ou légères, souriantes ou mélancoliques…. Vous viendrez ? Samedi 10 mars à 20h30 à La Ruche, rue Marius Meurée, 6001 Charleroi. Réserv : 071/51.51.21 (Restau et bar)… La salle se remplit, donc n’hésitez pas ! Merci…

Une photo en répétition, discussion, de Philippe Simon

La politesse du sourire

Tout le monde ne connaît pas le pouvoir incroyable du sourire, et pourtant… Voilà bien une action toute simple, qui parfois peut devenir un réflexe, et qui change le monde, les rapports entre les humains. Il a tendance à disparaître de nos visages. « D’ici peu » écrit Guido Ceronetti dans « Une poignée d’apparences » « l’apparition d’un sourire sera une incongruité et une inconvenance comme si le grand Sphinx se mettait à siffler Lili Marlène. » Nous avons toutes les raisons d’être graves, sérieux, voire tristes et préoccupés. Mais la politesse est au minimum de ne pas imposer à ceux que nous croisons ces soucis qui nous appartiennent ! Quoi ? Le mot « politesse » lui-même vous semble dépassé ? Georges Duhamel disait que les vieilles civilisations se reconnaissaient à l’excellence de leur cuisine et au raffinement de leur politesse. Bien sûr, il faut en revenir à l’esprit et non à la lettre. Mais n’est-ce point ce que nous devons faire dans tous les domaines ? De celui de l’amour à celui du travail ? Nous avons tous en mémoire certains moments cruciaux ou délicats de notre existence, où le sourire d’un inconnu ou d’une étrangère nous a rassérénés. Celui d’une infirmière dans un hôpital, celui d’un quidam dans un ascenseur qui nous emmène au dernier étage d’une tour de bureaux pour un entretien décisif qui orientera notre vie, celui d’un jeune enfant dans les bras de ses parents et qui nous reconnaît après les vacances (Il semble qu’un bébé puisse sourire cinq jours après sa naissance). On a écrit bien des choses sur le sourire.  François René de Chateaubriand (« Mémoires d’outre-tombe ») : « Plus le visage est sérieux, plus le sourire est beau » et  Claude Jasmin (« La corde au cou ») : « Les gens tristes ont les plus beaux sourires. » Mais comment traduire en mots et l’action, le fait, et la conséquence ? Deux locutions me plaisent : avoir et garder le sourire, car elles traduisent au fond deux états où le sourire est nécessaire. Avoir le sourire c’est être heureux, content, enchanté de ce qui est arrivé, montrer sa satisfaction. Garder le sourire c’est rester souriant, de bonne humeur en dépit d’un échec, d’une déception… Pour sourire, on relève les commissures des lèvres, les angles de la bouche. Et je suis sûr que ceux et celles qui sourient beaucoup ont en prenant de l’âge un visage marqué par cet éclat, où les rides demeurent comme le témoin de ces sourires. C’est Léonard de Vinci qui a décrété que « passé quarante ans, un homme est responsable de son visage ». Une si belle phrase qu’elle est revendiquée aussi par le moraliste français du XVIIIe siècle, Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, par le poète Jean Cocteau et par le romancier et essayiste Roger Vailland ! Léonard de Vinci est aussi le créateur du sourire le plus célèbre de la planète : le sourire de la Joconde. Cette Mona Lisa, épouse du banquier florentin Giacomo del Giocondo, survit donc au Louvre à Paris, grâce à l’achat de ce panneau de bois que fit François Ier lors de la visite de l’artiste à Paris, au début du XVIe siècle. Quelle superbe survie ! On peut aimer le rire, mais lui préférer le sourire. Le rire « éclate », il s’extériorise et peut gêner ; c’est l’été alors que le sourire est le printemps. Je sais, pour l’avoir vécu, que derrière les guichets de nos bureaux de postes, de nos banques, de nos administrations, le sourire revient peu à peu, comme pour nous faire oublier la file d’attente ou les tracas ou les versements à effectuer. Et lorsque vous êtes emmurés dans votre voiture, à l’arrêt dans les encombrements des heures de pointe, essayez de sourire au conducteur voisin, vous verrez que tout semble tout-à-coup moins énervant à vivre ! Un sourire suffit ! « Une fine joue couleur de pêche, relevée par le coin d’une lèvre de pourpre où le sourire voltige sur deux rangs de perles ! » C’est de Musset !

La nourriture des dieux !

Le chocolat est une nourriture des dieux à placer sur le même plan que l’élixir de Jouvence : Un aliment ou une boisson mythique ! De plus, comme le chocolat est assimilé dans notre mémoire aux moments heureux et insouciants des fêtes de notre enfance, chaque fois que nous y goutons c’est une poussée de bonheur qui nous envahit. Oscar Wilde a beaucoup écrit sur la tentation : « Le seul moyen de se délivrer d’une tentation c’est d’y céder ». Celle du chocolat est délicieuse ! A 15 heures, ce vendredi 17 février, au château du Karreveld à 1080 Molenbeek-Saint-Jean, j’évoquerai le chocolat dans notre pays, qui est bien celui du bon chocolat ! Nous survolerons les grandes anecdotes de l’histoire du chocolat, ses grandes inventions ; mais aussi la question « Pourquoi le chocolat belge est-il le meilleur du monde », la découverte du chocolat par les Espagnols et la route du chocolat et d’où vient la réputation sensuelle, voire aphrodisiaque du chocolat. Il s’agira enfin de bien savoir déguster la praline de chocolat ! Nous le ferons tous ensemble ! L’entrée est gratuite. Pour la réservation : 02. 415 96 12. Comme je me réjouis d’y être ! 

La praline : un mot et une invention belges !

La musique sur l’iPad et l’iPod, etc.

L’autre soir, j’ai passé quelque moment seul dans une chambre d’hôpital. Je voulais en profiter pour ne pas regarder la télévision. Plutôt me plonger dans la lecture numérique, ce qui me semblait très adapté aux circonstances. Et puis, c’est l’icône “musique” que j’ai choisie, avec des morceaux achetés, copiés de mes CD et téléchargés : Du Chopin pour préparer ma participation avec Daniel Blumenthal à la “Nuit Musicale et Littéraire” au château de Seneffe en août ; du piano si délicat de Nara Noïan, en vue de notre spectacle du samedi 10 mars à Charleroi à la Ruche ; du jazz doux de mon fils Stéphane, avec lequel j’avance dans des projets ; et puis… je me suis mis à écouter avec une émotion de plus en plus forte des chansons, des morceaux qui furent témoins de mes coups de coeur adolescents, des premières soirées, des premières danses (surtout des slows pour moi qui ne savais pas bien danser !). Certains sont passés de mode, comme “Sag Warum” de Camillo, “I’m sorry” de Brenda Lee, “Hello Josephine” de Fats Domino ou “Petite Fleur” dans la version plus carrée de Claude Luter. Une chanson me tord toujours le coeur, car elle était très érotique pour l’époque (écrite par Aznavour et Bécaud) et alimentait ma jalousie : “Puisque d’autres mains sont venues prendre place sur ton corps impudique, où mes doigts ont couru…” disait le début d’un Bécaud des années 50 ! J’écoutais ensuite les Ray Charles “Georgia on my mind”, “I cant stop loving you”… et je suis arrivé aux Beatles (c’était plus tard, à mes débuts à la RTBF) avec “Yesterday” (et la première fois que j’ai entendu le morceau en compagnie de Salvatore Adamo) et toutes les chansons de “Help”, dont l’incroyable “You’ve Got to Hide your love away”. Dans le film, ils se levaient et s’asseyaient pendant la chanson ! Je me souviens … J’avais traversé la ville pour me rendre dans un cinéma de quartier qui diffusait “Help”… J’étais subjugué et enthousiasmé ! Après le film, dans le hall, je vois un ami technicien de la radio. Je salue Eric et lui demande s’il a aimé le film et ce qu’il fait là ? Il rit et me répond que c’est “son” cinéma ! Pour me prouver le bien-fondé de cette allégation étrange, il va vers la caisse et me fait faire un “passe” gratuit ! J’ai vu ces jours-là huit fois d’affilée le film “Help”, avec un excès jouissif qui me reste en mémoire : “Another girl”, “I need you”, “Ticket to ride”… Je soupçonnais la richesse de tout ce que j’allais pouvoir découvrir dans mon métier, mais j’ignorais que cela irait bien au-delà de mes espérances les plus secrètes ! Comme j’ai aimé vivre ! Comme j’apprécie encore de jour en jour la vie ! J’écoute en ce moment évidemment Whitney Houston et Paul McCartney dans “Another day” et j’ai, comme le soir à l’hôpital, des larmes dans les yeux….

Des Beatles, je n'ai rencontré que George...

L’hiver fait réfléchir

Bien sûr, je suis sensible et touché par les élans de solidarité qui se multiplient en cette période de grand froid ! Mais j’aimerais écrire un peu sur l’hibernation. Comme nous sommes le résultat actuel de l’évolution, il doit sûrement rester en nous une envie d’hibernation ? Bien sûr, par rapport aux autres êtres vivants, nous avons reçu, grâce à nos échanges sociaux et culturels, les outils, les signes, les savoirs, les valeurs, un « plus » : la capacité sans équivalent dans le monde animal de penser, de conceptualiser, de se projeter dans l’avenir. Nous pouvons parler d’une âme. « C’est bien avec le cerveau d’ « Homo Sapiens » tel qu’il existe depuis ses origines qu’il nous reviendra, si nous avons la sagesse de nous en donner les moyens, de maîtriser notre avenir, y compris le plus lointain », note Axel Kahn dans « Et l’Homme dans tout ça ? » (Nil) Autrement dit, c’est plus l’évolution morale que l’évolution physique qui sous-tend la marche de l’Humanité. Et, au milieu d’une barbarie que nous observons avec angoisse partout – et si proche de nous - : le racisme, l’intolérance, la haine, nous devons tout de même nous convaincre que l’homme seul, parmi toutes les espèces vivantes, a la capacité de poser le problème de la dignité et des droits de l’Homme. Ce trajet dans le temps et l’espace terrestre se fait, en attendant mieux ?, avec notre corps, celui dont nous avons hérité. Et nous sommes aujourd’hui en plein hiver. Revenons donc sur terre, même si la pensée peut s’envoler où et comme elle le souhaite. George Sand dans « François le Champi » écrit : « L’automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l’hiver. » Depuis le mois de novembre et jusqu’au printemps, la nature n’est plus qu’un vaste dortoir. Il n’y a pas que les arbres et la végétation qui prennent leurs vacances annuelles. Ça roupille sous la terre ou à ras de terre, ça ronfle dans les anfractuosités des murs ou des rochers, ça dort à poings fermés sous les éboulis ou dans les galeries souterraines creusées tout exprès pour ce sommeil de plusieurs mois. Il s’agit de récupérer des forces, de survivre sans nourriture en diminuant sa température et donc son métabolisme. Mais est-ce vraiment un sommeil ? Le professeur Peter Vogel de Lausanne est catégorique : « L’hibernation est un état physiologique que je ne qualifierais pas de sommeil. C’est différent. Suivant l’hibernant et sa température corporelle, il a des sensations plus ou moins fortes. Il en est certains qu’on peut prendre dans la main et reposer ensuite sans qu’ils ne se réveillent. D’autres animaux sont, au contraire, beaucoup plus sensibles.» La locution « Dormir comme un loir » est-elle justifiée ? Certes ! Puisque le loir hiberne du début d’octobre à mai ! Il se cache dans un trou d’arbre, dans une cavité entre des racines ou un terrier qu’il creuse jusqu’à un mètre de profondeur. Avouons que nous avons nous aussi tendance à prolonger la nuit, au chaud sous la couverture ou la couette ; à éviter les sorties dans la neige boueuse, sous la bourrasque et que nous n’aimons rien tant que le confort d’un lieu abrité et chaud. A Montréal, au Québec, il y a quarante kilomètres de galeries marchandes en sous-sol pour éviter d’affronter à l’extérieur le vent glacé et les congères (qu’on appelle là-bas des bancs de neige) ! Cependant j’ai appris de mon père cette façon de penser : quand quelque chose est inéluctable, tâchons d’en voir le bon côté pour s’affirmer, se grandir, se tremper dans l’effort comme un fer dans la forge. On peut profiter ainsi du sommeil pour prendre de la hauteur : « Dormir, rêver peut-être, seul moyen d’ignorer hardiment les limites du temps. » (Marguerite Andersen « Courts métrages et instantanés ») On peut plus sûrement encore utiliser le temps de cette petite hibernation humaine, reflet de notre animalité, pour penser. Car « L’hiver c’est la saison du recueillement de la terre, son temps de méditation, de préparation. » écrit Lionel Boisseau dans « La mer qui meurt ». Cela dit, on peut aussi se plonger dans la poésie. Elle possède en elle le pouvoir de nous emmener au fond de nous-mêmes. Les mots ont une telle résonance qu’ils vibrent de tous leurs sens empilés, ajoutés, mêlés… comme des vêtements d’hiver, des pulls, des manteaux qu’on superpose. Laissons les mots s’insinuer dans notre âme, ils y fleuriront un jour et nous seront peut-être d’un grand secours. Norge en 1933 éditait « Calendrier » et sous le titre « Décembre », voici ce qu’il écrit : « Les cristaux traversent une période de grande pureté./ Guéris de tout sourire et de toute mémoire, ils sont nus comme l’air et clairs comme la mort./ Et je reçois, je serre dans le creux de ma main leurs parfaites paupières. »

Mon jardin sous la neige....

Quelques mots d’amour…

Puisque la Saint-Valentin, la fête des amoureux, approche, peut-être aimerez-vous offrir quelques mots d’amour à celui ou à celle que vous aimez ? S’il existe bien des recueils de poésie superbes, il en est aussi quelques-uns qui traitent uniquement de l’amour. C’est le cas de “Coup de foudre” de Murielle Lona. (Tous les renseignements pratiques sur son site : www.foodforthought.be ) Elle présentera d’ailleurs ce livre le jour de la fête à 18h chez Filigranes à Bruxelles. En exergue sur la page de garde, on peut lire “Je bénis la vie qui me permet de donner un corps et une âme à mes passions” et “Je vous emmène en voyage / A la découverte de vos sens / Dans un pays où le coeur vibre / Touché par les mots imagés.” Une belle invitation au partage de la lecture et des émotions. Son éditeur, Yvon Dallaire, avait d’ailleurs déjà publié “Je change de fréquence”, son premier roman. Les poèmes sont simples, évidents, sincères. “Et surtout, je veux lire / Tous tes “je t’aime”/ Dans tes yeux…” ou “Je te donne un rendez-vous fou / Sur le chemin de mes rêves” ou “Je te promets / D’habiter dans ton coeur / Et nulle part ailleurs.”…

Murielle et Yvon.

Mes éditeurs numériques !

Il est étrange de constater, mais ce n’est pas si bizarre finalement, que le sujet de mon prochain roman “entièrement” numérique est justement l’action pour un écrivain de trier sa bibliothèque, suite à l’achat d’une tablette, d’une liseuse ; et bien entendu toutes les réflexions qui s’ensuivent ! Vous y trouverez (cela s’appelle “L’orage” et le roman est assez court, juste bien pour défiler au fil de l’écran) ce débat autour de l’édition papier et de cette façon nouvelle de télécharger les livres, sans qu’ils ne perdent leur sens ni leur âme. J’ai déjà quelques livres mis en ligne dès le début du phénomène nouveau par LiBook (voir le site www.libook.be ou sur amazon.fr), qui m’a fait comprendre l’intérêt de faire partie de cette bibliothèque mondiale. C’est magique de discuter avec une Québécoise par exemple d’un paragraphe d’un récit écrit à propos de mon père… Cette fois c’est le tout neuf éditeur OnLit (voir www.onlit.net) qui se lance dans l’aventure avec d’autres écrivains, comme Patrick Delperdange. Venez participer au lancement et au débat ? Cela se passera à Passa Porta, magnifique lieu situé en plein centre: 46, rue Antoine Dansaert, 1000 Bruxelles, le mardi 21 février à 20h00. Il faut réserver au 02/226.04.54. Il y aura des spécialistes, les auteurs, on lira des extraits (Je dois encore choisir le mien !) et on aura même un “cocktail dînatoire”, comme on dit aujourd’hui ! L’occasion de bavarder de ce sujet ou d’autres… Merci de votre amicale présence !

Ce n'est pas une publicité !

 

Quand je prenais le tram…

Soudain la sensation m’est revenue, entière, avec le bruit, l’odeur, les circonstances. Je devais avoir 4, 5 ou 6 ans. A Mouscron existaient encore des lignes de tram. L’une d’entre elles passait en haut de mon avenue, un arrêt sur la place, et nous permettait de nous rendre chez mes deux grand-mères, qui habitaient l’une en face de l’autre (ce qui assurément a dû faciliter la rencontre de mes parents !), avenue des Villas. (Je n’ai connu aucun de mes grand-pères !) Lorsque j’étais chez ma grand-mère maternelle, le tram semblait frôler le vitrail (avec les signes colorés et stylisés de son métier d’architecte) de la grande cuisine et secouer un peu les soubassements de la maison. On l’entendait aussi venir par un sorte de pinpon étrange et rauque. Parfois en fin de dimanche après-midi, nous courions pour y monter, ne pas le rater. Nous n’étions pas nombreux et je pouvais à mon aise, comme j’étais timide, me placer au centre de la voiture, là où une sorte d’accordéon se pliait et se dépliait au gré des tournants. Alors : le bruit des roues sur les rails, le passage des aiguillages et puis la peur de ne pas descendre à temps, la main glissée dans celle de mes parents pour sauter sur le trottoir; le marchepied me paraissait si grand ! C’était un court voyage que m’offraient mes parents, alors que la distance à pied n’était, au fond, pas très grande. Et puis ce fut aussi, parfois, plus tard, un petit pincement au coeur en voyant d’autres cousins en visite repartir chez eux dans leur voiture, alors que nous n’en possédions pas encore, voire dans un taxi, qui semblait l’apanage d’une grande richesse. Mais je crois que mon sentiment naissait moins pour ma situation personnelle d’enfant (je n’étais pas jaloux – je ne le serai jamais – de ce que les autres possédaient) que pour celle de mon père (ma mère à la maison avec ses quatre garçons était dans la norme de l’époque), qui exerçait un métier (qu’on disait)  moins prestigieux que celui des autres oncles : architecte, médecin, etc. Déjà le paradis de ma première jeunesse avait son ciel assombri de pensées plus grises ! Sans aucun doute… Et je me mis à écrire !

Ces parfums qui nous enchantent !

Pour qu’un plaisir soit complet, il faut sans doute qu’interviennent les cinq sens. C’est le cas lorsque nous dégustons une de nos excellentes pralines ! Le goût bien entendu, mais aussi la texture voluptueuse du chocolat, la vue de la couleur satinée, le son du craquement lorsque la praline se brise en bouche et le parfum rétro nasal du fourrage qui s’exhale lorsque la nourriture des dieux fond dans la bouche. Anthelme Brillat-Savarin dans sa « Physiologie du goût » l’explique fort bien : « Dans le même acte de gutturation, on peut éprouver successivement une seconde et même une troisième sensation, qui vont en s’affaiblissant graduellement, et qu’on désigne par les mots : arrière-goût, parfum ou fragrance». Les mots qui tournent autour du parfum m’ont toujours paru d’une grande volupté : flaveur, suave, arôme, balsamique, capiteux… Il est probable que mes premiers souvenirs odoriférants sont liés à ce flacon lourd encapuchonné d’un couvercle bordeaux, au dessin tarabiscoté de l’époque, qui trônait sur la coiffeuse de ma mère et que je venais renifler en cachette. Peut-être « Shalimar » de Guerlain, où je sais aujourd’hui qu’on y trouve du jasmin, de la bergamote, de la vanille et de l’iris ? Peut-être « Femme » de Rochas, avec de la pêche, du santal et de l’ylang-ylang ? Bien sûr le parfum m’emmenait déjà dans l’entre-temps, là où l’esprit se ballade librement au gré des sensations. « Notre enfance laisse quelque chose d’elle-même aux lieux embellis par elle, comme une fleur communique un parfum aux objets qu’elle a touchés. » écrit Chateaubriand dans ses « Mémoires d’outre-tombe ». Comme le temps passe vite quand je considère les visages disparus et dont les baisers sur la joue étaient liés au parfum. De vieilles cousines, des tantes qui s’inondaient de « Arpège » de Lanvin, de « Vacances » de Jean Patou, de « Miss Dior »… Le nom de l’un d’eux s’entête dans ma mémoire. Cette fois moins par son bouquet que par la musique de sa publicité qui me subjuguait. Elle annonçait une émission qui passait le soir sur Radio-Luxembourg et qui était parrainée par les parfums Bourjois. « Avec un J comme joie » ajoutait le slogan clamé par Charles Trenet lui-même, celui de « Y a d’la joie »! La publicité des parfums, dans les rares magazines féminins qu’on achetait à l’époque, était aussi d’une grande classe et me semblait audacieuse. J’aimais les silhouettes de femmes esquissées, parfois d’une simple évocation des lèvres. Elles étaient suggestives de soirées amoureuses, de sorties brillantes : tout ce qui pouvait encore paraître impossible à l’adolescent timide que j’étais. Outre les parfums des beignets lors du carnaval, des crêpes lors de la Chandeleur qui montaient de la cuisine jusqu’au deuxième étage où j’avais ma chambre, pêle-mêle me reviennent ceux du jardin et de la glycine, de la pomme croquée à quatre heures, des œufs de Pâques en chocolat (encore !)…et le parfum du café ! Celui que préparait mon père, tôt levé et aussi celui de la torréfaction qui pénétrait par les fenêtres ouvertes de la classe matinale – avec tous les bruits de la vie encore inaccessible et dont on nous privait – et qui me chatouille encore les narines. Georges Duhamel dans « Salavin » décrit cela : « Édouard est content. Le parfum du café lui pénètre l’âme. Le café fut donné aux peuples du Nord pour remplacer le soleil matinal » On ne peut oublier la lavande, entêtante, qui, enfermée dans des sachets de tissus, embaumait les armoires et donnait une odeur méditerranéenne aux vêtements, aux draps. On rencontrait parfois au hasard des marchés un de ses vendeurs en costume traditionnel et accompagné d’un âne. Grâce aux bâtons d’encens, mode à laquelle je succombe sans remords, je retrouve aussi d’autres parfums. L’encens indien traditionnel, celui de résine de benjoin, celui du bois de santal blanc et de la racine de vétiver, tous m’appellent dans l’entre-temps et la réflexion. « On sent dès l’entrée l’odeur suave des baguettes de parfum que les prêtres brûlent constamment devant les dieux. » note Pierre Loti dans « Mme Chrysanthème ». Car ces parfums-là me ramènent aux cathédrales, aux églises de mon enfance. Je n’étais pas sûr à l’époque d’aimer ces braises qu’on faisait mystérieusement fumer dans un brûle-parfum de cuivre et qu’enfant de chœur balançait autour de l’autel. C’était âcre et qualifier cette effluence d’agréable à Dieu dépassait mon entendement.  Je sais à présent qu’ils avaient une signification, comme le rappelle Bossuet dans « Elévation sur tous les mystères » : «L’encens honore sa divinité de Jésus, et la myrrhe son humanité et sa sépulture, parce que c’était le parfum dont on embaumait les morts. » L’encens, mais aussi la senteur forte de la cire, l’encaustique que les bonnes Sœurs appliquaient sur les parquets des chapelles et des couloirs qui y menaient. Dieu ! Les premiers émerveillements de la Foi… Ils montaient en nous le long de ce parcours sensuel et particulier, inséparables à jamais dans nos âmes. (Un clin d’oeil à mon amie Armelle, devenue l’égérie de la marque Olaz… Ce n’est pas un parfum, c’est une crème… Mais pour le plaisir de l’admirer en photo ci-dessous… )

Peut-être aussi que le fou rire partagé épargne les signes du temps !

D’une époque à l’autre…

De jour en jour, les nouveautés technologiques et leur utilisation m’émerveillent. Et parfois, sans nostalgie, je compare ce qui existait dans mon enfance (et du temps de la génération de mes parents) à ce qu’on nous propose aujourd’hui, et sans doute encore demain. Car, je me souviens très bien d’un grand-oncle d’Amérique qui était venu nous rendre visite juste après la guerre. Il était vraiment très américain physiquement : lunettes rondes cerclées, etc. Il possédait un objet d’écriture qui nous a fascinés. C’est la première fois que nous voyions un “portemine” ! Un progrès incroyable (même si le premier portemine fut inventé en 1822 en Angleterre), nous semblait-il, pour nous écoliers maladroits qui devions utiliser si souvent un taille-crayon ! Oh, le souvenir du taille-crayon électrique sur les bureaux de certaines sociétés… Bref, hier je me rendais chez ma fille Sophie à Villers-Poterie. Comme j’avais prêté mon GPS, j’ai essayé celui qui était installé sur mon téléphone portable. Un vrai miracle : la voix, la carte, les couleurs, (le relief via Streetview si je cochais “à pied”) etc. Et je me suis souvenu des détours, des recherches des plaques de rue la nuit, des cartes recopiées, des discussions lors des premières randonnées en voiture dans un lieu que nous ne connaissions pas ! Autre exemple, le café du matin. Juste après la guerre, à Mouscron, on le mélangeait encore avec de la chicorée dans une sorte de chaussette pendue dans la cafetière. Il fallait y verser de l’eau bouillante par petites quantités. Mais avant cela, prendre des mesures de grains, les mettre dans l’encolure du moulin à café, tourner à la main, en le coinçant entre ses genoux, puis vider le tiroir de bois – et cet arôme qui se dégageait déjà ! On méritait sa première tasse, ou jatte ! Je fus envieux – bêtement ! – du premier “moulin à café électrique” accroché sur le mur de la cuisine d’une tante et qui permettait d’éviter la corvée du moulin ! Aujourd’hui, je mets la capsule de la couleur désirée dans la machine vantée (avec talent et humour) par Georges Clooney et John Malkovich) et tout est programmé ! On arrive si vite (le mot est important) à la première gorgée odoriférante ! Je ne vais pas multiplier les exemples : téléphone sans fil, machine à écrire, voitures, climatisation, chaussures, téléviseur, home cinéma, iPad et jusqu’aux livres numériques, auxquels je m’habitue tant que mes derniers livres y sont édités (LiBook) et que mon tout prochain livre y sera proposé (“L’orage” OnLit)… Je pourrais vous parler des sacs de charbon livrés par le soupirail de la rue, de la charrette et du cheval de trait qui passaient avec les fruits et légumes, du garçon-boucher qui livrait à vélo, des glaces des repas de fête qui n’étaient servies que dans l’après-midi parce que les frigos n’existaient pas encore… D’une époque à l’autre. C’est émouvant ce temps qui passe, ces personnes aimées qui disparaissent l’une après l’autre dans le paysage qu’on connaissait, avec les maisons transformées elles aussi, ces instituteurs qui nous parlaient du système métrique… toutes ces pages qui se tournent.

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