Voici un texte surprenant, que m’a communiqué mon vieil ami tournaisien, Philippe Picard; qui le tient lui-même d’une amie commune, Linda Lecomte; qui l’a elle-même dénichée sur le net, anonyme et symbolique. Je le partage à mon tour avec vous !

Quelques années avant ma naissance, mon père connut une étrangère
récemment arrivée dans notre village.
Depuis le début, mon père fut subjugué par cette personne, si bien que
nous en arrivâmes à l’inviter à demeurer chez nous.
L’étrangère accepta et depuis lors elle fit partie de la famille.
Moi je grandissais, je n’ai jamais demandé d’où elle venait, tout me
paraissait évident.
Mes parents étaient enseignants : ma maman m’apprit ce qu’était le
bien et ce qu’était le mal et mon père m’apprit l’obéissance.
Mais l’étrangère, c’était une conteuse, une enjôleuse.
Elle nous maintenait, pendant des heures, fascinés par ses histoires
mystérieuses ou rigolotes.
Elle avait la réponse à tout ce qui concernait la politique,
l’histoire ou les sciences.
Elle connaissait tout du passé, du présent, elle aurait presque pu
parler du futur !
Elle fit même assister ma famille à une partie de football pour la
première fois. Elle me faisait rire et elle me faisait pleurer.
L’étrangère n’arrêtait jamais de parler, ça ne dérangeait pas ma Maman.
Parfois maman se levait, sans prévenir, pendant que nous continuions à
boire ses paroles.
Je pense qu’en réalité, elle était à la cuisine pour avoir un peu de
tranquillité
(Maintenant je me demande si elle n’espérait pas avec impatience
qu’elle s’en aille).
Mon père avait ses convictions morales, mais l’étrangère ne semblait
pas en être concernée.
Les blasphèmes, les mauvaises paroles, par exemple, personne chez
nous, ni voisins, ni amis, ne s’en seraient permis.
Ce n’était pas le cas de l’étrangère qui se permettait tout,
offusquant mon père et faisant rougir ma maman.
Mon père nous avait totalement interdit l’alcool. Elle, l’étrangère,
nous incitait à en boire souvent.
Elle nous affirmait que les cigarettes étaient fraîches et
inoffensives, et que pipes et cigares faisaient distingué.
Elle parlait librement (peut-être trop) du sexe.
Ses commentaires étaient évidents, suggestifs, et souvent dévergondés.
Maintenant je sais que mes relations ont été grandement influencées
par cette étrangère pendant mon adolescence.
Nous la critiquions, elle ne faisait aucun cas de la valeur de mes
parents, et malgré cela, elle était toujours là !
Des dizaines d’années sont passées depuis notre départ du foyer paternel.
Et depuis lors beaucoup de choses ont changé : nous n’avons plus cette
fascination.
Il n’empêche que, si vous pouviez, pénétrer chez mes parents, vous la
retrouveriez quand même dans un coin, attendant
que quelqu’un vienne écouter ses parlotes ou lui consacrer son temps libre.…
Voulez-vous connaitre son nom ?
Nous, nous l’appelons… Télévision !
Attention :
Maintenant, elle a un époux qui s’appelle Ordinateur…
un fils qui s’appelle Portable…
… une fille qui s’appelle Tablette…
et un neveu pire que tous : Lui c’est Smartphone …
… et des cousins et cousines qui s’appellent Facebook, twitter, Badoo etc !!!
et ils se lient tous ensemble pour nous éloigner les uns des autres !!!
village
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