S’il y a une leçon que je retiens au fil des souvenirs, c’est bien de ne jamais se fier aux apparences. Je l’ai souvent appris à mes dépens.

Lorsque on m’a demandé d’interviewer Johnny Hallyday, je n’étais pas très emballé. C’était en 64 et bien sûr les ados/adultes qui entrions dans le métier, nous préférions les originaux aux adaptations. C’était le raz-de-marée des Beach boys des Beatles ( She loves you, en 63) et des Rolling Stones (It’s all over now, en 64). Mais Johnny traînait depuis quelques années une mauvaise réputation avec « T’aimer follement » ou pire une version de « Itsi bitsy petit bikini » en 60 (sorti en même temps par Dalida), avec des versions en français du twist qu’on écoutait, nous, dans l’original par Chubby Checker, et par des titres très « eau de rose » comme « Pour moi la vie va commencer » ou « L’idole des jeunes »…

Je l’attendais dans la cabine technique du minuscule studio mythique, le 16, de la Place Flagey, d’où le célèbre Jean-Claude présentait le WE ses « 230 minutes ». C’était en début d’après-midi et il était en retard. En réalité, il était à un déjeuner de presse ; j’étais depuis tellement peu de temps dans le métier que je n’y étais pas convié encore.

Et puis ils arrivèrent, le relation publique, son secrétaire et lui. Son secrétaire c’était encore Carlos, le chanteur, avant qu’il ne s’occupe exclusivement de Sylvie Vartan (qui épousera Johnny quelques mois plus tard en 65). Johnny s’appuie contre une table, l’œil allumé, visiblement il avait bien arrosé le repas. Je lui explique ce que je voudrais faire : qu’il choisisse des disques de rock qu’il aime. Il réfléchit et demande à Carlos : « C’est qui encore celui qui joue du piano avec ses chaussures…. ? » Et Carlos répond : « Jerry Lee Lewis »… « Bon, un autre titre… celui des chaussures, blue suede shoes… ? » « Carl Perkins » lui souffle Carlos, qui continue lui-même à faire une liste avec Gene Vincent, Little Richard et Elvis Presley !

Mais Johnny ne fait toujours pas mine de vouloir entrer dans le studio, il prend son paquet de cigarettes et m’en propose une. Je refuse poliment. Il insiste un peu. Et comme je refuse toujours. Vous savez, comme il a un peu bu, cela devient une idée fixe. « Allez, une petite cigarette ? » « Non merci, je ne fume pas. » « Comment ça ne fume pas ? » Je lui explique : « Eh bien non, je n’ai jamais fumé de ma vie ! » « Quoi dit-il ? Incroyable ça ! » Il prend Carlos à témoin. Mais il tient à son idée et me dit cette phrase immortelle : « Tu pourras dire que tu as fumé ta première cigarette avec Johnny Hallyday ».

Et moi, vous savez que je me suis dit dans ma tête : « Pauvre type, s’il pense que dans deux ans on parlera encore de lui ! »

Qui pouvait imaginer la carrière fabuleuse de Johnny à l’époque ! Mais c’est pourquoi aussi, je ne me fie plus jamais aux apparences. Les gens changent, les artistes évoluent, s’adaptent, mûrissent, tout comme nous !

Une pensée donc pour ce grand artiste ! Et surtout pour sa famille (nous nous suivons sur les réseaux sociaux…)

Johnny+Hallyday+Smoking+While+House+Hunting+KI0lyddTY8_l

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