Parfois, la vie nous propose un « instant » magnifique et intense. J’en ai vécu plusieurs ces temps-ci (mais peut-être suis-je plus disponible à ces signes?). Celui dont je veux vous parler fut une brève rencontre avec une dame de nonante ans, amoureuse de la langue française.

Sa fille m’avait envoyé un message, car elle voulait me rencontrer au plus vite (et permettez-moi de garder la discrétion sur cette urgence) pour me remettre quelques beaux-livres de la bibliothèque de son père. Comme ils concernent la langue française, elle souhaitait qu’ils passent entre de bonnes mains. J’en étais évidemment honoré. J’ai répondu à cet appel.

Nous avons devisé de la langue, de la littérature, de l’orthographe avec un grand plaisir : Le « dont » qui disparaît des conversations, les références littéraires remplacées par l’image, la piètre qualité des textes en télévision, etc. Lors de la conversation, son regard bleu avait des vibrations heureuses, ce qui me fut confirmé plus tard par sa fille, intermédiaire de notre rendez-vous.

Je ne voulais pas abuser et ai simplement accepté quatre livres qui datent du début du XXe siècle : « La philosophie du langage », « Querelles de langages », « Comment il ne faut pas écrire » et un volumineux « La pensée et la langue », ancêtre de notre « Bon Usage ».

« Comment il ne faut pas écrire » d’Antoine Albalat, édité en 1921 par Plon, est original : « Il est plus facile d’éviter un défaut que d’acquérir une qualité » écrit d’entrée de jeu l’auteur pour justifier ce contrepoint à un précédent manuel de « bien écrire ».

Mais tout est intéressant, jugez-en, je trouve à la page 184 ce constat :

« On est épouvanté quand on songe à l’énorme quantité de romans sans intérêt qui se publient chaque année » !!!

L’auteur s’insurge contre les romans « psychologiques » :

« On n’en finira jamais avec la psychologie, parce qu’elle a toujours été et qu’elle continue d’être un exercice littéraire à la portée de tous ceux qui savent tenir une plume » !!!

Avouez qu’à un siècle de distance… !

« La philosophie du langage » d’Albert Dauzat, édité en 1912 par Flammarion, est l’ancêtre des dictionnaires historiques d’Alain Rey. On explique que « penser » vient de « peser (les idées) ». Que dans la langue française, il n’y a pas de logique, que tout est une association d’idées et d’usage.

Ce que je peux promettre à cette belle dame cultivée c’est de garder précieusement ces livres, de les utiliser et qu’ils seront donnés après moi à ma petite-fille qui sera bientôt professeur de français. Son trésor lui survivra. Merci de me l’avoir transmis !

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