A suivre, comme vous, les discussions, les déclarations, les commentaires en télévision, en radio, partout, je constate non seulement l’évolution de la langue française mais également le phénomène particulier de la « faute acceptée ».

On avait l’habitude de dire que la langue française était difficile à apprendre car elle comprenait autant d’exceptions que de règles. Et même, l’on affirmait que justement cela en faisait le charme ; que ceux qui en connaissaient les rouages faisaient partie d’une sorte de communauté érudite. Mais l’accélération du temps et l’élargissement de l’espace, deux caractéristiques de nos nouveaux outils de communication, ont modifié la donne. Il s’agit aujourd’hui d’improvisation, d’imitation et parfois d’usurpation (Par exemple, en se servant d’un jargon spécialisé, dont les mots font de l’effet, mais que personne n’a la possibilité de vérifier les définitions précises).

Pour mieux comprendre, voici, de mémoire, quelques mots et expressions qui deviennent donc des fautes (ou des approximations) « acceptées » aujourd’hui. L’usage permet de les faire entrer dans les dictionnaires usuels ; ce qui leur donne alors – de façon biaisée – une forme de légitimité. Le dictionnaire n’est que le reflet des mots utilisés dans l’audio-visuel, la presse et la publicité. Pour le reste, est-ce paresse ? Est-ce snobisme ? Est-ce ignorance ?

L’adjectif conséquent remplace important. Or, conséquent possède une nuance supplémentaire d’effets secondaires, qui est donc gommée.

La locution un espèce de est devenue invariable au masculin, alors que le mot espèce voulait l’article « une », quel que soit l’objet qui suit.

On parle des alternatives au pluriel, mais une alternative, par essence, est un choix entre deux choses et est singulier.

L’adverbe depuis s’est installé depuis quelques décennies, écrasant le pauvre « de ». Nous avions l’adverbe « de » pour l’espace et « depuis » pour le temps. Aujourd’hui, un journaliste parle depuis le parlement et attend depuis deux heures…

Que dire de l'(h)euro (sans liaison car on hésite sur la dernière lettre du chiffre et de nombre qui précèdent.)

Que dire de démarrer quelque chose qui remplace comme transitif débuter et commencer.

Que dire de cliver, verbe du vocabulaire des diamantaires – et qui vient d’ailleurs du néerlandais klieven, fendre (pour un diamant), qui remplace partout et à tout moment : diviser, séparer, disjoindre, désunir…

Il est temps de rouvrir Le Bon Usage et, si vous voulez être de votre temps, d’ouvrir sa version numérique. Vive la langue française !

ecriture-clavier

 

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