Comme nous approchons de la Saint-Nicolas, cela me fait songer à une rencontre avec Henri Salvador dans les années 70.

Pour une émission « spéciale Saint-Nicolas » en radio, après d’âpres discussions avec sa femme Jacqueline, j’avais réussi à obtenir un rendez-vous avec Henri Salvador dans les bureaux de son édition Rigolo, place Vendôme à Paris.

Le jour dit, je me mis en route dans l’aube blême car il fallait que je sois ponctuel, à dix heures précises. Quand je sonnai, Jacqueline m’ouvrit brutalement la porte et m’agressa : « J’essaie de vous atteindre depuis ce matin ! » Je lui expliquai que, venant de Bruxelles, j’étais forcément en route. » Elle sembla comprendre, mais cela ne l’empêcha pas de déclarer : « Désolé, mais je voulais vous dire que c’était impossible aujourd’hui ! Henri prépare son show. » J’argumentai sur le palier, encore emmitouflé et l’enregistreur en bandoulière, un sac avec des bandes magnétiques en mains. Elle s’adoucit un peu : « Bon, puisque vous êtes là, entrez. Mais pas plus de quelques minutes ! – Mais, je dois faire une émission de quatre heures ! – Quoi ? Pas question ! – Enfin, quatre heures avec les disques compris… »

Attiré par le bruit de la conversation, voilà que Henri apparut derrière sa femme. Il avait entendu, me fit un sourire, un petit signe amical et toussota. Je sus qu’il allait me sauver. « Ah, tu es levé, Henri ? Voilà le journaliste de la radio belge. Tu as très très peu de temps, n’oublie pas que tu dois travailler à ton show et.. – Oui, oui, chérie ! » dit-il en la repoussant dans la pièce voisine. Il me fit un grand clin d’œil complice.

Une fois seul il me dit : « Nous prendrons le temps qu’il faut. Ne faites pas attention à Jacqueline ; elle me protège et ne veut pas que je perde de temps. Pour elle, je ne travaille jamais assez. » Il en parlait pourtant avec tendresse et cela me toucha. Dans son studio, on bavarda suffisamment pour avoir de la matière pour l’émission. Il fut génial, inventif et drôle.

Quand Jacqueline me reconduisit à la porte, elle avait un regard adouci, dans lequel je voulus voir ses excuses.

Sur la route du retour, je fredonnais : « J’aimerais tant voir Syracuse, L’île de Pâques et Kairouan et les grands oiseaux qui s’amusent à glisser, l’aile sous le vent. »

salvador

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