C’est jour de fête des mères. Je me souviens de celles de mon enfance, quand ma maman était encore vivante. Ces tablées d’oncles, de cousines, de frères ! Les parents riaient enfin, abandonnant pour quelques heures leurs fonctions d’autorité et d’éducation. Certains invités racontaient encore et encore la même histoire réclamée par tous. On poussait les assiettes pour écrire un mot au dos des menus calligraphiés à l’encre dorée. Un oncle imitait le singe ; un autre se mettait à jouer du piano et enfin ma mère chantait du Théodore Botrel ! Nous étions baignés dans l’insouciance de l’enfance. Un superbe texte de Julos Beaucarne m’a toujours ému, évoquant à peu de chose près la même situation : « Lorsque nous étions réunis à table et que la soupe fumait, Maman disait parfois: « Cessez un instant de boire et de parler ». Nous obéissions… « Regardez-vous », disait-elle doucement. Nous nous regardions sans comprendre, amusés. « C’est pour vous faire penser au bonheur », ajoutait-elle. Nous n’avions plus envie de rire… « Une maison chaude, du pain sur la nappe, des coudes qui se touchent: voilà le bonheur », répétait-elle à table. Puis le repas reprenait tranquillement. Nous pensions au bonheur qui sortait des plats fumants et qui nous attendait dehors, au soleil. Et nous étions heureux. Papa tournait la tête, comme nous, pour voir le bonheur jusque dans le fond du corridor. En riant, parce qu’il se sentait visé, il disait à ma mère: « Pourquoi tu nous y fais penser, à ce bonheur ? » Elle répondait: « Pour qu’il reste avec nous le plus longtemps possible »… »

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