Que nous le voulions ou non, nous ressentons tous durant la période de fin d’année cet étrange « entre-temps » qui suspend tant soit peu l’avancée du monde. Même si nous fuyions dans des contrées où l’année ne se calcule pas de la même manière, même si nous nous isolions loin des villes illuminées, des villages en fête, des radios et des télévisions proposant leurs traditionnels bilans, le solstice d’hiver agirait sur nous. Sans doute parce que nous sommes les enfants des étoiles et que les planètes sont sœurs du soleil. Probablement aussi parce que nous avons été créés cycliques, semblables au rythme des saisons.

Si nous mettons à profit ces jours de réflexion et si, en effet, nous dressons un tableau des faits marquants de l’année, voire de notre vie, ce qui me frappe c’est que le danger ne semble pas venir de l’extérieur. « Le danger le plus grand pour l’homme n’est pas un astéroïde ou une comète, mais l’homme lui-même » remarque l’astrophysicien français André Brahic dans « Enfants du Soleil » (Odile Jacob). C’est au cœur de l’homme imparfait que naissent l’envie, la vengeance, la dispute, la guerre, la haine.

Et pourtant quelle capacité étonnante au bonheur possédons-nous, grâce à une régénération possible ! Ainsi l’évocation de la naissance rafraîchit notre âme, lui redonne un semblant d’innocence qui permet tous les souhaits. Ces vœux mêmes que nous prodiguons à l’occasion de ce passage annuel. La petite enfance matérialisée dans la crèche est l’occasion d’en revenir à la source de notre état d’être humain réfléchi et libre, en tout cas capable de spéculer et de décider. Avec son incroyable capacité au bonheur. Même si pour certains ce n’est qu’une illusion. Elle est si belle, que je veux y croire ! « Il y a eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide. » C’est ainsi par exemple que pensait Blaise Pascal.

Et s’il se trompait ? Et si l’homme avait la capacité, sans doute accélérée par l’évolution rapide de sa méditation, d’approcher le bonheur. Le bonheur (Oui, je vais vous en donner des définitions ! Celle donnée par Romain Rolland dans « Jean-Christophe », je l’ai toujours gardée par-devers moi : « Le bonheur est de connaître ses limites et de les aimer. » Et comme souvent c’est aussi par la négative qu’on peut se l’expliquer, ainsi Stendhal dans « De l’amour » écrit : « Ne pas aimer quand on a reçu du ciel une âme faite pour l’amour, c’est se priver soi et autrui d’un grand bonheur. C’est comme un oranger qui ne fleurirait pas de peur de faire un péché. » Car le bonheur naît de l’amour.)

Ce sont des phrases, pensez-vous ? Je suis un optimiste. Je préfère croire et me tromper que refuser et ne rien espérer. Dans un livre étonnant, Christian Boiron nous explique que le bonheur est accessible à chaque être humain, que les hommes sont égaux devant le bonheur. Ils ne le sont pas devant le plaisir ou la souffrance physique, le statut social, etc. Il ajoute que le bonheur entraîne l’épanouissement de l’individu, qui devient source de rayonnement pour le groupe social, y renforce la cohésion et l’harmonie. Le bonheur de l’individu nourrit le groupe, ce qui n’est pas le cas du plaisir. («La source du bonheur est dans notre cerveau » Albin Michel)

Entre autres réflexions intéressantes, l’auteur dit ceci, qui peut avoir l’air anecdotique, mais qui correspond bien à l’idée d’être d’abord heureux soi-même afin que les autres le soient grâce à nous : «  Le bonheur permet la pleine conscience de ses besoins physiologiques : quand on est heureux, on ressent le besoin ou l’envie de marcher, de prendre l’air, de faire du sport, de bien manger et de moins manger, de respirer l’air des personnes qu’on aime, alors que le malheur anesthésie la sensation de ces besoins essentiels. Avec le bonheur on s’ouvre aux autres, on devient disponible, on accepte son corps. Alors tout devient santé, même ses petits ou ses gros bobos que l’on traite avec amour et respect, et non avec dépit et colère. ” On nous a appris dans un autre temps qu’il fallait prendre chaque jour une résolution et s’y tenir. Celle d’avoir le cœur en joie pourrait être le meilleur vœu possible pour l’année nouvelle, que je vous souhaite … « heureuse » !

(Un texte écrit en 2001) Bonne nouvelle année !

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