Comme il est acquis que les séquences nouvelles de « Monsieur Dictionnaire » (Quel bonheur à partager !) seront bientôt mises à l’antenne, je reviens sur le sens de toutes ces expressions.

Peut-être que les expressions sont les freins du langage ? Comme tout va vite, on utilise d’anciennes locutions qui nous raccrochent au passé, au temps qui s’enfuit.

Savez-vous qu’on « prenait déjà des vessies pour des lanternes » du temps de Jules César ?

Savez-vous que « découvrir le pot au rose » se disait déjà au 14° siècle !

Et savez-vous que « bâtir des châteaux en Espagne » est une expression qu’on utilisait au Moyen Âge ?

Prendre des vessies pour des lanternes, soit se tromper lourdement, vient des vessies gonflées qu’on pendait au plafond au milieu des lanternes quand on ne pouvait pas s’en payer plus.

Plusieurs origines sont données à « découvrir le pot aux roses », découvrir la clé d’une énigme, soit on soulevait le couvercle d’un pot où se trouvait de l’eau de rose, et dans ce cas elle s’évapore; soit on fait allusion à l’instrument des parfumeurs pour distiller les huiles essentielles, et dont ils gardaient le secret; soit enfin en alchimie, la « rose minérale » était la poudre obtenue à partir de l’or et du mercure – c’était donc découvrir un grand secret !

Enfin « bâtir des châteaux en Espagne », avoir des rêves irréalistes, se trouve déjà dans le « Roman de la Rose », cette œuvre poétique de 22.000 vers, qu’on doit à Guillaume de Lorris et Jean de Meung entre 1230 et 1280.

On peut repeindre la maison du langage, la rénover si on veut (avec des textos et des sigles) on garde néanmoins les vieux meubles (des expressions) qui sont remplis d’histoire !

Les expressions nous relient plus à nos parents, à nos grand-parents, à notre famille que les mots tout simples.

Et elles demeurent parfois comme « hors du temps et de la réalité après que le sens des mots a disparu.

Ainsi : quand on laissait tomber un verre et qu’il se cassait, mon beau-père s’exclamait toujours : « Chauffez la colle ! »

(Or on ne chauffe plus la colle… Aujourd’hui, quand on a besoin de colle, on va dans notre coin bricolage, on prend un tube et on le presse pour en sortir ce liquide visqueux qui, une fois appliqué sur les parties à coller puis devenu sec, va permettre de maintenir ensemble les morceaux qu’on souhaite assembler. C’est très facile, pour peu qu’on choisisse une colle adaptée au matériau. Mais autrefois, la colle ne se faisait pas entuber, en raison du manque de technologies adaptées. On pouvait soit utiliser des produits naturellement collants (la glu tirée de l’écorce du houx, la gomme arabique tirée de l’acacia…) soit des poudres de colle de peau (de lapin, par exemple) qu’on diluait et réchauffait au bain marie.)

Et quand sa femme le pressait car ils allaient être en retard à un rendez-vous, il répondait : « On n’est pas aux pièces ! »

(Une référence au XIXe siècle, à une époque où, dans certains métiers, les employés étaient payés non pas à l’heure ou au mois, mais à la pièce produite (pratique qui existe encore de nos jours, même si elle n’est pas très répandue).

Celui qui était aux pièces était celui qui pouvait travailler suffisamment vite pour produire beaucoup de pièces et, ainsi, s’assurer un salaire décent. Par extension, hors du contexte d’emploi et de salaire, celui qui est aux pièces est celui qui est pressé.)

A très bientôt avec Philippe Geluck dans la saison 2 des « Monsieur Dictionnaire »…

M. Dictionnaire, lunettes ! Gel et Jac

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