Lorsque le monde nous semble incompréhensible, lorsque ce qu’on nous donne à en percevoir nous paraît désespéré, il reste à se plonger en soi-même, aidé par de grands auteurs. Aidé par des mots, des phrases qui, lues, gardent en nous un écho apaisant, comme les ronds dans l’eau après le galet lancé.

Moi qui suis né pendant la guerre, avec cette angoisse palpable autour de moi, mais surtout avec mon éveil à la vie juste après cette période terrible. Je croyais que c’était exceptionnel, que les humains avaient grandi et qu’ils avaient compris que notre but sur terre n’était pas d’avoir le pouvoir coûte que coûte (argent, politique, religieux, etc.), à n’importe quel prix. Las ! (comme on dit dans les Fables de La Fontaine)…

Bref, malgré la place juste que la femme reconquiert peu à peu dans notre société, malgré son influence équilibrante, pour le moment – avec aussi des chocs entre des époques qui deviennent simultanées par la mondialisation – il faut reconnaître qu’une civilisation terrienne harmonieuse et juste n’est pas encore là d’advenir.

Dans ces moments-là donc, je lis ou relis un auteur lumineux comme Christian Bobin. Prenons quelques phrases de « La part manquante », pour l’exemple et pour vous faire bénéficier de sa philosophie de vie.

A propos de l’écriture, qui m’intéresse, puisque j’y ai consacré la plus grande partie de ma vie :

« Il en va de la lecture comme d’un amour ou du beau temps : personne ni vous n’y pouvez rien. On lit avec ce qu’on est. On lit ce qu’on est. »

« Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour. »

« C’est très très près de perdre du temps, écrire, et ça prend tout le temps. »

Et ceci qui est une merveille :

« Ecrire c’est faire retentir sur la neige chaque pas de l’ange. »

Quelques notations à propos de l’amour, de la femme justement :

« Pour s’éprendre d’une femme, il faut qu’il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d’elle-même comme de vous. Perceptible pourtant, immédiatement perceptible. »

« Avec passion vous la regardez. Avec passion vous apprenez. On n’apprend que d’une femme. On n’apprend que de l’ignorance où elle nous met quant à nos jours, quant à nos nuits. »

On s’interroge tous sur la vie et sur la mort :

« L’émerveillement n’est pas l’oubli de la mort, mais la capacité de la contempler comme tout le reste, comme l’amer et le sombre : dans la brûlure d’une première fois, dans la fraîcheur d’une connaissance sans précédent. »

« Le futur n’existe pas dans l’enfance. Il n’existe pas plus dans l’enfance que dans le sommeil ou l’amour. »

Et enfin ceci que je ne me lasse pas de lire et de relire, de laisser infuser en moi pour que la saveur de la réflexion me revienne les jours de mélancolie ou de doute : 

« C’est quoi réussir sa vie sinon cela, cet entêtement d’une enfance, cette fidélité simple : ne jamais aller plus loin que ce qui vous enchante à ce jour, à cette heure. »

LTI jac virgi confid cyrielle

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