Depuis 1968, le mot printemps a un nouveau sens figuré, qu’on peut définir ainsi : « période pendant laquelle des espoirs de libération, de progrès semblent sur le point de se réaliser. » Une définition qui s’applique dans le domaine social et politique, comme ce fut le cas avec le Printemps de Prague cette année-là. Raymond Abellio dans Ma dernière mémoire écrit : « Ce que l’on appela le «printemps de Prague» procéda d’une conception réellement libérée, joyeusement intelligente, de l’homme et de la société socialistes, où le bolchevisme russe eût pu trouver l’occasion de se rédimer. »

Depuis lors, on ajoute « Le printemps arabe »…

Si le mot désigne bien sûr la première des quatre saisons, il a pris par métaphore le sens, au figuré cette fois, du « temps du jeune âge ». Les poètes en ont beaucoup usé ; ainsi André Chénier dans ses Odes écrit : « Je ne suis qu’au printemps, je veux voir la moisson ; Et comme le soleil, de saison en saison, je veux achever mon année. » Le mot printemps est une association de deux mots latins à l’origine : primus, « prime, premier et tempus, « temps, saison ». La soudure entre prins et trans s’est faite en français au XIIe siècle : printans.

Un autre terme cohabita durant quelques siècles, c’est primever. Il disparut au XVIe siècle. Pour primevère, le développement du sens botanique en ancien français est sans doute une métonymie du sens de printemps appliqué à une fleur qui pousse au début du printemps. Cette primevère s’est d’ailleurs appelée au départ une primerose. Ensuite, vous le savez, c’est devenu synonyme de la « rose trémière ». Quoi qu’il en soit, c’est réellement le printemps !

Autre chose : Tout le monde connaît le proverbe « Une hirondelle ne fait pas le printemps », qui veut tout simplement dire qu’un élément significatif ne suffit pas pour qu’on puisse en passer à une conclusion générale. Cette réflexion remonte à 1607 ! Certains ajoutent: « …mais cela l’annonce ! », ce qui est encore vrai.

Les jonquilles également préludent au printemps ainsi que le forsythia jaune. La caractéristique de cet arbrisseau originaire d’Asie, outre le fait de porter le nom de l’arboriculteur anglais Forsyth qui l’a découvert, est de porter les fleurs avant les feuilles.

Pour en revenir à l’hirondelle, ce terme s’est substitué à l’ancien français aronde et à son dérivé arondelle, apparu au XIIe siècle. D’ailleurs le mot aronde survit encore. On l’entend dans certains parlers régionaux et dans des termes techniques comme queue d’aronde qui désigne en architecture « un crampon » de cette forme. Rabelais utilise – et c’est sans doute le premier – le mot hyrondelle en 1546. Par analogie, l’exocet volant, un poisson, est appelé hirondelle de mer ; un petit bateau à vapeur rapide est appelé ainsi au XVIIe siècle; certaines religieuses qui avaient leurs voiles allongées comme des ailes ont été appelées ainsi au XVIIIe siècle; les agents cyclistes et les gendarmes ont été appelés hirondelles au XIX et XXe siècles, par allusion à leur vêtement volant. De manière plus pittoresque encore, on a dénommé hirondelle le « marchand de marrons » ou le « ramoneur », parce qu’ils exerçaient des professions saisonnières.

Jules Renard a une réflexion superbe dans son Journal : « L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture. »

hirondelle

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