Sans trop y réfléchir, car interviennent ici le bonheur, la modestie, le plaisir…, je ne peux résister au partage de cette formidable analyse de mon dernier recueil de poèmes. C’est paru cette semaine dans « Le Non-Dit », une revue littéraire trimestrielle et signée Michel Joiret.

Le titre : « L’envers du monde » de Jacques Mercier, comme un orchestre de l’intime.

En exergue : « Jacques Mercier nous invite à cheminer avec lui vers l’infini qui est en chacun de nous » (Philippe Mathy)

Le « chemin », trop court ou trop long, n’est jamais celui qu’on imagine et il y a solitude à l’emprunter là où « les humains ont disparu »… « Solitude » et « inquiétude » forcent le pas tout au long du voyage. Le poète s’attarde aux lieux de rencontre, aux carrefours d’images, qui vont nécessairement prêter sens à la marche. Il charge le flux poétique – une sorte de coulée continue -, de tous les états de vie et d’écriture qui s’imposent à lui. Le résultat est étonnant : « Les gifles de la tempête sur la mer » ; « La grande vague de mélancolie » ; « Le brouillard comme paysage » ; « L’envie de déchirer le temps »… Certains mots, en caractères gras, donnent le branle à une sorte de chant profond qui vient de loin, une sorte de scansion déterminée par les postures du poète bien plus qu’à une hypothétique réflexion sur les choses de la vie.

Mais il se trouve que le sentiment amoureux, vivant sur ces terres ingrates entre incomplétude et frustrations, se formalise peu à peu jusqu’à s’intégrer au paysage lui-même : « Tes doigts se mêlent aux branches »… «  Voilà que tu t’assieds dans / l’herbe / Ta peau semble recouvrir les / astres / On devine sous tes paupières / L’éclair immobile de tes yeux… » Ainsi donc l’amour comme une silhouette enfin douée de vie ! L’amour qui « Change de masque », « Une fille qui se déplace / Chargée de musique ».

Le commerce amoureux va détacher le poète des impressions qui le faisaient vaciller. Non seulement il focalisera les instants volés aux brumes poisseuses et douloureuses du paysage, mais il assurera l’unité tant cherchée entre l’environnement et lui.

Mais le véritable miracle n’est-il pas dans l’énonciation ? « Je nomme à mon tour / Les choses, les êtres / et les idées les plus / mathématiques / Me voici comme écartelé / Relié à tant de vies / Je te nomme enfin ». On appréciera au passage le raffinement du « nouveau » décor : « Les mots apparaissent / Mouillés d’encre ». Les états de l’émotion (de l’intime au sacré) balancent la pensée et formalisent la beauté : « Voici les secrets délivrés / Jusqu’aux sommets enneigés / jusqu’aux sources / Des abîmes ».

La longue promenade initiatique s’achève sur quelques notes fulgurantes : « Et l’arbre illuminé de gel / Vibrant des mots de tendresse / Le temps change son cours / Et s’immobilise dans les yeux »… « Alors tu te déshabilles / Fragile comme un flocon de neige / Sous le regard des anges »… Dans ce monde désormais à portée de bouche, la poésie est devenue une langue vernaculaire, l’unique expression de l’essentiel.

Les superbes illustrations d’Isabelle Fache accordent au chant premier un fil ornemental qui faufile les images et les transfigure.

L’Envers du Monde » Editions Les déjeuners sur l’herbe.

http://www.lesdejeunerssurlherbe.com/envers_monde.html

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