Un jour, la télévision me demande de dire un mot d’introduction lors du premier gala des artistes belges organisé par la Sabam à Auderghem. C’était l’époque de Pierre Rapsat, Claude Barzotti, Frédéric François, François Pirette qui débutait, Marion et bien sûr Salvatore Adamo.

Certains s’en souviennent encore : j’étais (et parfois je suis encore) persuadé de ne pas avoir de mémoire. Donc j’essayais depuis le matin de retenir trois phrases ; mais visiblement cela n’entrait pas ! Il était délicat de venir sur scène avec une fiche en main simplement pour dire cette introduction. Finalement, j’avais écrit au stylo à bille dans la paume de ma main quelques mots clés.

(J’ai eu encore souvent ce stress, malgré l’arrivée du prompteur, des oreillettes où on peut nous souffler, et même la possibilité nouvelle d’avoir des fiches-mémo en mains, ce que font tous les animateurs aujourd’hui. Dans « La Boîte de Jazz », j’aiu même bénéficié de l’iPad !)

Un peu à la fois la tension monte, à la télévision surtout, et il faut tâcher de garder son calme. Je n’étais pas du tout habitué à la télé et donc j’étais sensible à cette pression. Un régisseur vient me chercher et tous les artistes dans les coulisses me souhaitent bonne chance. On m’installe dans une incroyable solitude sur le bord de la scène, derrière le rideau, avec un moniteur devant moi : « Tu regardes l’arrivée de la Reine Fabiola que nous filmons – et qui passera sous le générique début – puis quand tu vois que la Reine s’assied au milieu de la salle, quand tout le monde s’est rassis, tu avances au milieu de la scène et tu fais ton annonce. » Et on me laisse seul…

Je regarde l’écran, je relis mes notes, je regarde l’écran, je relis mes notes… Une voiture noire se gare devant le tapis rouge en face de l’entrée… mon cœur bat vraiment la chamade… Je redis une dernière fois mentalement le texte… la Reine entre dans la salle sous un tonnerre d’applaudissements, comme on dit, tout le monde se lève, puis s’installe, le noir se fait, sauf un spot qui éclaire la Reine afin de filmer sans doute ses réactions…. Bien sûr, je ne vois qu’elle !

Je me lance, j’entre sur scène, applaudissements, j’essaie de sourire et j’y vais : « Bonsoir Madame, Bonsoir… gala… artistes belges… etc. » J’avance sans problème, même si mon texte est sans doute peu naturel. Et puis voilà que je jette un œil vers le premier rang, dont ont voit tous les visages et je découvre le sourire amusé de Peyo, qui, je le savais, recevrait une récompense pour la diffusion de ses dessins animés aux Etats-Unis.

Comme j’arrive au bout de mon speech, je me dis, un peu plus sûr de moi, que je peux improviser et ajouter quelque chose à son propos, et je dis : « Nous aurons aussi la chance de récompenser le dessinateur Peyo, le créateur des célèbres… »

Et voilà que je dis : « petits bonhommes verts » ! alors que les schtroumpfs sont évidemment bleus…

Tandis que la salle riait beaucoup, j’essaie de m’en sortir et je m’emmêle les pinceaux : «  Il paraît que certains jours à l’imprimerie de Marcinelle ils ajoutent du jaune au bleu et cela donne du vert, etc. »

Je suis sorti de scène tétanisé. Honteux, en tout cas ! J’avoue que j’ai laissé longtemps croire que c’était un gag prévu !

dessinpeyo

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