Parlons de mai 68. Je me souviens d’une des séquences de «Dimanche- Musique », que j’ai présentée avec Stéphane Steeman entre 1966 et 1974. C’était la séquence du début.

A l’époque, pas encore de pub et nous enchaînions notre émission pour quatre heures tout de suite après les informations de 20 heures. Pour marquer le coup, nous imaginions une petite séquence avant le générique même de l’émission. C’est ainsi qu’en mai 68, au début des émeutes en France, nous avons lié les vraies infos avec une fausse émeute et un faux reporter qu’on appelait, dans le style de : « Avant de rejoindre Dimanche–Musique, l’actualité nous oblige à rejoindre notre journaliste. » Et ce journaliste, Stéphane qui prenait une autre voix, décrivait une manifestation au milieu de laquelle il se trouvait.

L’idée était que cette foule scandait quelque chose. Au début on ne comprenait pas, mais peu à peu cela devenait compréhensible : « Vive la RTB, Steeman et Mercier… »

C’était évidemment très limite – même si on fait bien pire depuis lors ! – et le standard téléphonique de la RTB a été vite saturé d’appels outrés par cette mauvaise plaisanterie. D’ailleurs, quand j’ai été appelé le lendemain à la direction de la radio, on m’a fait part d’un incident grave : un colonel à la retraite avait frôlé l’accident cardiaque en descendant de sa chambre pour aller chercher son fusil dans la salle à manger !

Toujours en mai 68, le mouvement s’étendit aux étudiants belges et à la RTBF même, où nous eûmes des assemblées libres, comme on les nommait. Au cours de ces réunions, les travailleurs du service public pouvaient donner leur avis et on ne se privait pas de tutoyer nos chefs hiérarchiques.

Un de ces après-midis de mai 68, on entendit ainsi une vraie manifestation approcher de la place Flagey. C’étaient les étudiants de l’ULB toute voisine. Un peu à la fois on se mit à la fenêtre, les secrétaires, les techniciens, les journalistes, pour suivre la manif qui couvrait et noircissait peu à peu toute la place sous nos yeux.

On essayait de comprendre les slogans martelés par les étudiants ; mais c’était assez confus. Pourtant peu à peu le même slogan semblait réunir tout le monde.

Et on comprit soudain que la foule criait : « RTB au travail, RTB au travail ! »

Nous avons tous fermé nos fenêtres et nous nous sommes remis au travail, penauds et confus….

index

Advertisements