Si Jacques Brel eut une grande influence sur les choix professionnels de ma vie, il est un autre grand personnage qui m’a aidé, c’est Hergé. 

Peu avant mon premier mariage, alors que je faisais mes premières armes à la RTB, un de mes oncles bruxellois proposa un travail d’appoint à ma fiancée, bientôt ma première femme, Christine. Mon oncle travaillait chez un grand tailleur de la famille de sa femme, à l’époque installé rue Royale : Rose et Van Geluwe. Il la fit engager comme hôtesse d’accueil. Elle accueillait donc les ministres, Van den Boeynants, et d’autres célébrités.

C’était un endroit fabuleux et luxueux. Au mur surtout il y avait des tableaux modernes incroyables : je me souviens d’un James Ensor, par exemple. Le propriétaire des lieux partageait ce goût des tableaux contemporains avec Hergé, qui s’y rendait souvent accompagné la plupart du temps de son père.

C’est ainsi qu’un jour en sympathisant, Hergé demanda à l’hôtesse ce que faisait son fiancé et qu’elle expliqua mon entrée récente à la RTB. (C’était avant le F qui viendrait en 1977)

Pendant les premières années de la RTB, je fis un peu de tout évidemment : des adaptations théâtrales, de l’assistance (j’allais donc chercher les cafés au mess avec des tickets à 2f50), de l’illustration sonore, du jazz, des variétés et des billets ou des interviews dans les émissions pour jeunes, du Centre du Hainaut à Mons.

C’est alors qu’Hergé dit à ma fiancée : « Comme vous vous mariez bientôt, je vais vous faire un cadeau. Voici mon numéro de téléphone, qu’il m’appelle demain matin ! »

Ce que je fais. Petite parenthèse pour vous dire que j’avais évidemment interviewé Hergé pour le journal scout pendant mon adolescence, mais je ne l’avais pas rencontré) Hergé en ligne me dit qu’il a un scoop pour moi et nous prenons rendez-vous pour l’après-midi même en me disant : « Venez avec votre enregistreur et aussi un appareil de photo, si vous voulez ! »  

Intrigué et ému, je me rends au studio Hergé, avenue Louise, pas très loin de Flagey, par ailleurs. On m’accueille et Hergé en personne me présente à tout le monde, puis m’emmène dans son bureau où il me montre et commente les premières planches d’une nouvelle aventure de Tintin. Il y avait des années qu’il n’avait rien publié ! Un vrai scoop ! C’était « Vol 714 pour Sydney » qui paraîtra en 1968, 5 ans après les « Bijoux de la Castafiore ».

J’ai donc fait passer mon interview dans l’émission pour jeunes. Et ce fut un événement ! Le Journal Parlé incontournable de l’époque demande l’enregistrement pour le passer au cours des informations et tout le monde se demande qui est ce jeune qui obtient un tel scoop. Inutile de dire que cela m’a aidé pour mes débuts dans le service public !

Brel et Hergé de vrais grands hommes, c’est à dire avec un grand cœur, rempli de générosité !

Merci !

En studio à Flagey

En studio à Flagey

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