Mon ami et excellent poète, Lucien Noullez, avait emporté avec lui lors d’une de ses flâneries dans Bruxelles mon dernier recueil de poèmes « L’envers du monde »… Voici ce qu’il m’écrit et qui lui arriva ! (Il m’a donné la permission de retranscrire son message)…

Cher Jacques,
 
Il m’est arrivé hier quelque chose de désolant et d’inouï. J’achevais de lire ton beau livre à la terrasse ensoleillée d’un café du centre-ville. J’ai failli écrire : « J’achevais de lire ta partition », tant ce livre me parait musical. Musicale, la fluidité de tes poèmes, musicale, l’organisation graphique, musicale la mélancolie fraiche de la plupart de ces poèmes. Musicale également, leur tristesse qui ne s’appesantit jamais.
 
Je rentrais dans cet espèce d’état second qui précède chez moi l’écriture d’une recension. Je destinais celle-ci à RECOURS AU POÈME. Je prends très peu de notes en lisant. Je plonge dans les poèmes et je n’ai d’autre ambition que d’en prolonger les harmoniques.
 
J’avais aimé ce livre plus que les autres encore. J’avais donc hâte de me retrouver chez moi, de me mettre au travail. Ma consommation était réglée, j’ai ramassé mon havresac, mes bâtons de marche nordique et j’ai quitté les lieux en abandonnant ton livre sur la table. Au bout de quelques pas seulement, je me suis aperçu de mon étourderie et j’ai fait demi-tour. La table était vide. Le serveur du café n’avait rien vu. Le livre s’était envolé : un monte-en-l’air était passé par là.
 
Comme Brassens, que nous aimons tant, j’ai envie de féliciter mon voleur pour son gout. J’ai malgré tout une petite pointe de chagrin en pensant à la magnifique dédicace que tu avais écrite de ta main. En pensant aux beautés de ce livre… qu’elles profitent au ravisseur.
 
Je ne ferai donc pas d’article sur « L’ENVERS DU MONDE ». je ne pourrai pas publiquement saluer ta complice Isabelle Fache, ni tes éditeurs : « Les déjeuners sur l’herbe » : http://www.lesdejeunerssurlherbe.be. Il me reste un brin de satisfaction. Les poèmes sont faits pour voler. En s’envolant, ton livre aura peut-être trouvé un meilleur lecteur. Peut-être une meilleure lectrice (car certaines voleuses aux jambes dorées et aux pieds savamment tatoués aiment éperdument la poésie).
Je te laisse sur ce brin de mélancolie… et je dépose ceci sur Facebook.
Lucien
Merci pour cette histoire, si joliment narrée, Lucien !
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