Lorsque nous avons besoin d’affronter un public, lorsque nous nous mettons en danger, nous trouvons en nous l’énergie qu’il nous faut, c’est la fameuse « poussée d’adrénaline ».

C’était lors d’un voyage en avion, mon voisin était docteur en médecine et la conversation avait glissé sur le métier d’artiste. Nous évoquions la force que celui-ci devait trouver au fond de lui pour affronter la scène. On parla de « poussée d’adrénaline » et il m’expliqua que l’expression était on ne peut plus justifiée : L’adrénaline est à la fois une hormone et un neurotransmetteur. L’adrénaline est sécrétée pour provoquer un état de stress entraînant une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la force des contractions du coeur et une hausse de la pression artérielle. Elle répond à un besoin d’énergie, par exemple, pour faire face au danger.

J’ai pris des notes. Je comprenais donc pourquoi j’avais été si frappé par l’état second (une sorte de transfiguration) dans lequel je croisais les vedettes dans les coulisses, juste avant le spectacle, alors que je faisais mes débuts de journaliste. Je revoyais Jacques Brel tremblant en transpiration ou Raymond Devos muet devenu un autre lui-même.

Je compris de même cette évidente jeunesse que les artistes acquièrent sur scène et qui les métamorphosent, quel que soit leur état de fatigue physique, de maladie. J’en eus très vite aussi d’autres exemples lors d’émissions de radio ou de télévision en direct. Ainsi, Salvatore Adamo, la voix fatiguée par un gala donné la veille, retrouvait sa voix, même dans une émission de radio très matinale, grâce à la poussée d’adrénaline, qui l’aidait à surmonter les petits bobos quotidiens !

Et puis finalement, dans l’exercice de mes passions : en radio, en télévision plus que jamais, sur scène aussi, j’ai pu le vérifier sur ma propre personne : un miracle de la nature humaine, de l’interférence entre le cerveau, le corps, l’esprit, la volonté… Cette force est avant tout de l’énergie. J’ai presque envie d’y mettre une majuscule, « l’Energie », tant je suis passionné par « L’universalisme ou La philosophie de l’espoir »,  un superbe livre d’André Heymans, dans lequel j’avançais lentement pour bien comprendre le propos de l’auteur, licencié en philosophie et qui se consacre, après une carrière d’avocat, à ses recherches personnelles.

L’Energie est donc le fondement de l’existence et continue à faire vibrer l’univers. L’Energie est à la fois un absolu infini et est munie de propriétés immatérielles qui se font valoir. « La matière a été créée pour qu’en plus de l’immatérialité prenne son plein essor » écrit le philosophe. Mais je ne veux pas aller plus loin ici, mes mots ne peuvent traduire sa pensée complète et nuancée. Je voulais parler plus simplement de cette « énergie » et du fait que nous sommes tous « un brin de l’énergie originaire sous sa forme immanente ».

Autrement dit, il n’est pas étonnant d’apprendre que nous pouvons trouver le courage nécessaire à l’accomplissement de certaines choses. Beaucoup se sont exprimés sur le sujet, parfois de façon indirecte, inconsciente de l’enjeu, de la réalité. Sarah Bernhardt : «La vie engendre la vie. L’énergie produit l’énergie. C’est en se dépensant soi-même que l’on devient riche »

Pierre Teilhard de Chardin : «L’amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies  cosmiques»

Sigmund Freud : « S’il est librement choisi, tout métier devient source de joies particulières, en tant qu’il permet de tirer profit de penchants affectifs et d’énergies instinctives »

On peut poursuivre encore longtemps, voici une dernière pensée qui remonte à quelques siècles déjà, elle est de Cornelius Agrippa : «L’âme humaine renferme la capacité de transformer les choses et les êtres, d’agir à distance, tout lui obéit dès lors qu’elle possède l’énergie nécessaire. »

Ne s’agirait-il pas, dès lors, de faire confiance en ce que nous sommes, dans le monde et le temps où nous nous trouvons ? Se dire que rien n’est impossible ? Que toute épreuve, que toute difficulté, que tout défi peuvent être relevés par l’énergie insoupçonnable qui est à notre disposition et à notre portée ?

Cela signifie qu’avant de chanter sur scène, qu’avant de passer un examen, qu’avant d’affronter le direct d’une émission de télévision, il faut faire le calme en soi, se laisser envahir par l’énergie et faire confiance à la capacité de l’âme humaine. Même si cela a l’air mystérieux, puisque tout ne s’explique pas par des formules mathématiques ! Comme le disait Nietzsche dans « Le gai savoir », – un titre magnifique ! – : « Un monde essentiellement mécanique serait un monde essentiellement absurde ».

(Photo : Dans la boîte de jazz, j’esquisse même un pas de danse ! C’est l’énergie ! )

La boite de Jazz

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