Comment fêter son anniversaire ? Alors que j’ai envoyé des vœux par mail, sms, ou par téléphone ces temps-ci ?

Quant il s’agit de fêter son anniversaire, les idées foisonnent, surtout lorsqu’on passe à une autre décennie. Il y a quelques temps, à ses amis réunis dans une salle, mon fils aîné avait proposé un concert et interprété lui-même des tubes disco qui avaient marqué son adolescence. Il en a fait d’ailleurs un concept « Yéyévollegaz »

L’an dernier, c’est un ami du monde du disque qui, devant un cercle restreint d’amis, proposait un bilan de sa carrière. Non pas par vanité, mais pour y inscrire chacune des personnes qu’il avait conviée à la fête, en soulignant sa participation personnelle à ce qui fut (c’est moi qui l’affirme, pas lui) une prestigieux parcours professionnel de compositeur, d’éditeur et de producteur. Dans ce défilé de souvenirs, de musiques, de photos, le jubilaire se posait souvent la question : « Et si je n’avais pas dit oui, ou pas refusé, et si je ne m’étais pas trouvé ce jour-là à cet endroit, et si j’étais resté à New-York, et si… » Ce qui m’a permis de lui citer cette phrase superbe de Jean Cocteau, extraite du « Grand écart », que j’ai placée en exergue de mon roman « Un équilibre fragile » : « La carte de notre vie est pliée de telle sorte que nous ne voyons pas une seule grande route qui la traverse, mais au fur et à mesure qu’elle s’ouvre, toujours une petite route neuve. Nous croyons choisir et nous n’avons pas le choix. »

Si j’évoque ces deux célébrations d’un anniversaire, c’est qu’ils ont, outre le fait de rassembler des amis, de partager avec eux le bonheur d’être en vie, d’être arrivé à un endroit duquel en se retournant on peut évaluer le chemin parcouru et avancer ensuite avec plus de sérénité dans le reste de sa vie terrestre, outre cela ces anniversaires ont miraculeusement arrêté le temps.

A chaque fois, nous nous sommes sentis funambules, sur un fil tendu entre le passé et l’avenir. Un instant précieux qui rassemble nos pensées. Bien sûr, s’ajoute toujours une émotion particulière à propos des personnes disparues. On naît et on meurt et, sans en connaître la raison, certains nous quittent très tôt. Sommes-nous à ce moment-là reliés à leurs âmes ? Est-ce possible ? Cette communion existe-t-elle ?

Me revient un poème de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), cette poétesse sensible et délicate qui s’est exprimée dans une langue d’une musicalité qui séduisit les plus grands écrivains de l’époque : Lamartine, Hugo et même Baudelaire, pourtant contempteur des femmes de lettres, auprès de qui, elle est la seule à trouver grâce. Ce poème « Les séparés » a été mis en musique par Julien Clerc il y a douze années déjà. En voici la première strophe : « N’écris pas ! Je suis triste et je voudrais m’éteindre. / Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau. / J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre / Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. »

L’entre-temps ! Se trouver entre les temps, entre les univers, dans cet incroyable mouvement évolutif de la création ! Comment ne pas rechercher d’aussi belles occasions de se rencontrer soi-même à travers l’amitié des autres ?

Pour demeurer dans la chanson, comment ne pas revenir également sur cette chanson d’Yves Duteil, injustement méprisé aujourd’hui : « Les dates anniversaires » et qui corrobore notre propos : « J’ai un profond respect des dates anniversaires / Ces portes que le Temps dispose autour de nous / Pour ouvrir un instant nos cœurs à ses mystères . Et permettre au passé de voyager vers nous »

Jacques Chirac a prononcé une bien belle phrase dans son discours pour le cinquantième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme : « Les anniversaires ne valent que s’ils constituent des ponts jetés vers l’avenir. » 

Mais la légèreté côtoie toujours le sérieux de la vie, et bien des auteurs ont parlé de l’anniversaire autrement. Voici deux pensées qui se répondent. La première est de Jacques Audiberti : «Un bon mari ne se souvient jamais de l’âge de sa femme, mais de son anniversaire, toujours. »

La deuxième, fataliste ou réaliste, est de Michèle Bernier, dans son « Petit livre » : «  S’il oublie de me souhaiter mon anniversaire, c’est qu’il ne me voit pas vieillir ».

 Et si vraiment le temps qui passe vous fait peur, vous pouvez toujours puiser dans les innombrables citations à propos de l’âge et vous consoler ainsi. En voici quelques-unes : « Personne n’est jeune après quarante ans, mais on peut être irrésistible à tout âge »  (Coco Chanel),

« Vieillir est encore le seul moyen qu’on ait trouvé pour vivre longtemps » (Sainte-Beuve),

« Avant cinquante ans on est jeune et beau. Après on est beau »  (Jacques Higelin), et cette pensée d’autant plus magnifique que son auteur, Raymond Radiguet, est mort à vingt ans : « Tout âge porte ses fruits, il faut savoir les cueillir » 

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