C’est un constat : on se fie le plus souvent aux apparences. Le monde tourne autour de l’apparence. Ce n’est pas un phénomène de mode, encore qu’accentué par l’arrivée de l’image, de la télévision, du Net dans l’histoire de notre société humaine, c’est un fait lié à l’utilisation de nos sens. Pourtant le vieux proverbe nous met en garde : « Les apparences sont souvent trompeuses » !

Il faut sauver les apparences : « Les apparences sont donc bien en péril puisqu’il s’agit toujours de les sauver ! » (Natalie Clifford Barney) Et tous les penseurs nous ont avertis.

Ainsi François de La Rochefoucauld, au XVIIe siècle, porte à notre compréhension dans ses « Réflexions ou Sentences et Maximes morales » : « Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite même. »

Ainsi Charles Perrault dans « Grisélidis » qui décrète que : « Rien au monde, après l’espérance, n’est plus trompeur que l’apparence ».

Il n’est nul besoin de beaucoup d’exemples pour illustrer que nous ne nous attardons qu’à la surface des choses et des êtres, nous en sommes tous victimes et nous avons tous succombé à cette légèreté. Le temps qui s’accélère aujourd’hui ne peut pas nous aider à approfondir cette connaissance !

A l’image des reportages, des interviews, du survol des titres de la presse ! Le commentaire du journaliste en télévision (avec un prompteur qui lui donne une apparence de mémorisation) explique, alors que quelques images apparaissent, quelques secondes de violence, d’un pays lointain, d’un homme politique s’engouffrant rapidement dans une voiture blindée. Le présentateur s’entretient avec son invité : dans son « oreillette » (qui lui donne une apparence de tout retenir par cœur) lui dit-on vraiment toutes les vingt secondes qu’il faut lui couper la parole, même si son idée n’est pas développée, pour enchaîner avec une autre question afin de maintenir l’intérêt ?

Nous parcourons les titres du quotidien, nous arrêtant parfois sur un mot, une photo, un titre plus accrocheur… lisons-nous le texte avec attention ou bien « zappons-nous », comme nous pouvons le faire avec les chaînes de télévision, certes nombreuses et plus que jamais les pages du Net tournées d’une caresse du doigt ?

Bref, nous survolons à toute vitesse alors que nous devrions parcourir ce paysage médiatique à pied, flâner, humer, comprendre, apprécier ! Le résultat est que nous ne connaissons que peu de choses en profondeur. C’est la couleur du décor, la coiffure de l’interlocutrice, la reliure d’un livre qui président à nos jugements ! Ce n’est alors que provisoire, superficiel.

George Sand écrit dans « Le beau Laurence » : « La beauté de l’apparence est seulement le charme de l’instant ; l’apparence du corps n’est pas toujours le reflet de l’âme. »

Et avec humour Marcel Pagnol dit : « Si l’on jugeait les choses sur les apparences, personne n’aurait jamais voulu manger un oursin. »

Nous sommes multiples, heureusement. C’est une richesse, mais l’on doit creuser un peu pour la découvrir et la partager. Ceux qui ont « plusieurs casquettes », comme dit la locution familière, ont plus que d’autres ce problème d’image. Par facilité, on a tendance à étiqueter, à cataloguer, à classer. Ah ! Ces classements… de l’école jusqu’à la fin de sa vie, des premiers résultats scolaires jusqu’au bilan de ce qu’on a entrepris ! Tel humoriste ne peut que difficilement se faire admettre sur une scène de théâtre classique ; tel écrivain peut-il se compromettre dans un rôle plus médiatique ?

Dans notre vie personnelle aussi, les malentendus peuvent être nombreux. Un sourire peut-être perçu comme de l’ironie, par exemple.

L’amour est une façon de dépasser les apparences, on le sait. A propos du regard que l’homme pose sur la femme, Victor Hugo dans « Post-scriptum de ma vie » avait noté avec justesse, faisant fi des apparences : « La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse. » Plus proche de nous, Christiane Singer déclare : « L’amour est visionnaire. Il voit la divine perfection de l’être aimé au-delà des apparences auxquelles le regard des autres s’arrête. »

Une sculpture de Jean Loridan, qui sert d'illustration à mon livre numérique "Une Diva amoureuse" chez BeBooks...

Une sculpture de Jean Loridan, qui sert d’illustration à mon livre numérique « Une Diva amoureuse » chez BeBooks…

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