Le week-end dernier, j’ai dû passer une nuit à l’hôpital (rien de grave) et je me suis rendu compte de l’importance des couloirs dans ma vie. Est-ce pour cette raison que mon premier spectacle en public (et au théâtre Le Public !) s’appelait « Passage » ? Le couloir est synonyme de passage, d’attente, d’inquiétude et de certitude d’une issue, de l’inconnu, de l’espérance aussi.

Ainsi les couloirs des cliniques où, enfant, je me rendais presque toujours pour une naissance. Cette odeur spéciale est toujours dans mon cerveau, liée à des dimanches après-midi, au calme souhaité par les parents, aux découvertes derrière les coins de plantes en pots, de personnes étranges, des infirmières…

Ainsi les couloirs de mon école gardienne, (à Mouscron, les Dames de Marie de l’époque) où je suivais les Sœurs, la Mère de l’établissement, pour me rendre dans la salle de jeu ou de classe, je ne m’en souviens plus. Mais je vois encore le parquet de bois qui luit et sens la cire et les statues devant les fenêtres, dont la lumière était tamisée par les vitraux. Je pressentais déjà la vie et l’imaginais infinie. Plus tard mon local de louveteau s’est situé au même endroit. Un jour la grosse porte cochère s’est refermée (j’aime croire que c’était le courant d’air) sur mes doigts… Un incident douloureux qui vient de se produire il y a quelques semaines chez ma dernière petite fille. Autant dire que j’étais en empathie !

Ainsi les couloirs des maisons des oncles et des tantes de mon enfance, synonymes d’attente de la fin de la visite et du retour rassurant à la maison. J’observais les porte-manteaux, les tableaux, les carrelages sombres, les lampes – à l’époque tellement jaunâtres et crépusculaires… Parfois un fauteuil et des coussins, où j’enfouissais ma tête pour rejoindre en fermant les yeux un autre monde, intérieur, magique, indicible !

Ainsi les couloirs des collèges où je fis mes primaires et mes secondaires. Celui en particulier du collège de Tournai, où j’allais observer longuement les photos des classes terminales, les noms et les années… à présent que je m’y trouve et que certains vont à leur tour me découvrir… Ce couloir menait de la porte principale au bureau du Préfet de discipline, où lorsque j’arrivais en retard je devais donner mon excuse : le train raté le plus souvent, parfois un gros rhume et la visite du docteur avant de quitter la maison, etc. Il me semble qu’on ne me punissait pas, mais que le fait de m’expliquer était déjà une épreuve redoutable, et puis, il fallait forcément que je recopie sur les cahiers d’un camarade les notes de la première heure de cours…

Enfin, j’aime aujourd’hui les couloirs des hôtels. Je leur trouve une atmosphère toujours mystérieuse, l’antichambre, le sas entre l’extérieur et l’intimité des couples et des clients. Rien de malsain pourtant. Jeter un œil en passant devant les portes ouvertes pour le service titille mon imagination, fait vivre d’autres existences (sans doute le romancier curieux que je suis ?)…

Et je n’évoque même pas ce couloir entrevu par ceux qui sont dans le coma…

La vie elle-même n’est sans doute qu’un couloir ? Sommes-nous un passage humain, un couloir de chair, que notre âme infinie est obligée d’emprunter ? Y-a-t-il un avant et un après infinis ? Je me souviens d’un court poème sur un des premiers disques de Jacques Brel, dont le titre était « Dites, si c’était vrai ? »

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