Pendant des décennies, j’ai marqué les passages que j’estimais intéressants dans mes lectures. J’ai même donné cette caractéristique à « Maître Gustave », le héros étrange de mon roman. J’ai recopié à la main, puis retapé, puis finalement encodé ces textes courts dans des dossiers sur l’ordinateur.

Parfois, je replongeais dans ces notations et comprenais, pas toujours facilement, pourquoi j’avais repéré telle ou telle phrase : souvent la beauté de l’écriture ou la pertinence de la citation. Mais une question est apparue au fil des ans : à quoi cela servira-t-il pratiquement, même si je peux comprendre qu’une réflexion personnelle permet d’avancer dans sa propre vie. Et c’est le cas, je pense.

La réponse m’en a été donnée depuis quelques semaines. Lorsque Nicky Depasse m’a proposé d’assurer dans son émission « Café de Flore », une demie heure et deux fois par semaine le lundi et le jeudi à 13h00 sur les ondes de Radio Judaïca une rubrique intitulée justement « Mémo » (comme les blocs-notes sur l’iPhone ou l’iPad)! Car elle a accepté l’idée que j’y parle des livres récents mais aussi et surtout de livres plus anciens, qui ressortent en version de poche par exemple, toujours intéressants à lire ou relire. Voilà que tout ce travail accumulé comporte une issue dans le partage. Je sais aujourd’hui pourquoi j’ai noté tout cela : pour vous le transmettre.

Ma méthode est de resituer le livre (plutôt des essais) dans son contexte historique en deux mots et puis de picorer des phrases relevées au cours de mes lectures, qu’elles remontent loin dans le temps ou qu’elles soient de la veille même ! En voici quelques exemples : Cela va de Henry Miller « L’âge ne veut rien dire. Ce n’est pas l’âge qui nous donne la sagesse. Ni même l’expérience, comme on le prétend. C’est la vivacité d’esprit« , à François de la Rochefoucauld : « Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de persécution et de haine que nos bonnes qualités« , à Roland Barthes : « Le sujet amoureux vit toute rencontre de l’être aimé comme une fête« , à Trinh Xuan Thuan : « Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe », à Nietzsche : « Qu’y a-t-il pour toi de plus humain ? – Epargner la honte à quelqu’un !« , enfin à Alphonse de Chateaubriand avec une belle phrase tout simplement : « A Smyrne, le soir, la nature dort comme une courtisane fatiguée après l’amour. » Magnifique, non ?

Avec Nicky au studio (photo Stan Arte)

Avec Nicky au studio (photo Stan Arte)

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