En m’approchant de la « Maison de la Poésie », dans la chaussée de Wavre à Ixelles, hier après-midi, je me suis souvenu de ce salon de thé sur un coin proche, où j’avais patienté une après-midi, à l’avance à mon rendez-vous comme toujours. (Je déteste arriver en retard, une question de politesse, donc je m’arrange pour être là plus tôt dans le voisinage du rendez-vous !)

J’ai eu envie de retrouver la saveur subtile de ce thé, non pas dans l’immédiat, mais en achetant cent grammes à savourer aujourd’hui. La dame de la boutique-salon de thé – la maison Renardy, créée en 1912 ! – eut la gentillesse d’ouvrir quelques boîtes qu’elle devait prendre sur les étagères et de me les faire humer jusqu’à la coïncidence avec mon souvenir : un « Black Chaï ». Je le bois à petites gorgées en ce moment même en écrivant. Et le thé ouvre bien des chemins dans mon esprit.

Tout d’abord le mot « siroter », que Jean-Anthelme Brillat-Savarin a remis dans la langue française dans ce sens, à partir du verbe anglais « to sip », boire à petites reprises – en 1825 ! C’est une des anecdotes autour de la langue que j’ai découvertes dans « La physiologie du goût ». Une merveille dont je vous parlerai un lundi ou un jeudi entre 13h et 13h30 sur les antennes de Radio Judaïca en dialogue avec Nicky Depasse, qui m’y a invité ! Un grand plaisir que je ne soupçonnais plus ces rencontres radiophoniques ! Mais je ne dévoilerai aucune intrigue des romans dont je parlerai. C’est une énigme pour moi que cette mauvaise habitude des critiques de raconter l’histoire, comme s’ils n’avaient rien d’autre à dire ou s’ils voulaient prouver qu’ils avaient bien lu le livre (ou vu le film, c’est pareil !). Encore ces jours-ci avec le nouveau Nothomb, on connaît toute l’histoire ! Bien sûr on lira aussi pour le style, mais on nous gâche notre plaisir ! Non ?

Ce thé, pour y revenir, que je continue de boire lentement, a un goût, un parfum intemporels; comme si cela remontait aux premières heures de l’humanité. C’est comme s’il me reliait à une longue chaîne de générations, avec le passage d’un témoin. Et bien entendu, je pense alors à la vie, à la mort. Et je me prends à espérer aujourd’hui que notre présence accidentelle dans le temps et l’espace sera prolongée, peut-être éternellement, autrement. Que sans doute notre esprit n’a que loué notre corps, notre cerveau pour cette période spatio-temporelle, et rejoindra l’énergie universelle.

Je bois une autre gorgée de thé. Je lisais hier soir que l’enfant joue et que l’adulte crée; mais que c’est la même chose ! J’aime ces réflexions qui en amènent d’autres, qui nous transportent hors du temps justement, qui nous aident à vivre, à embellir le quotidien, bien imparfait encore. Je ne vous livre que des réflexions un peu comme elles me viennent aujourd’hui…

Je me souviens de cette phrase de Brillat-Savarin (Il a ajouté Savarin à son nom après un gros héritage reçu d’une tante, dont c’était le patronyme !) à propos d’une jeune dame qu’il regardait passer et qui était d’une grande élégance, mais discrète : « Même quand l’oiseau marche on voit qu’il a des ailes » !

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