La première erreur à éviter, c’est celle de confondre le bonheur et le plaisir. Le bonheur n’est aucunement lié au plaisir, comme il ne l’est pas non plus à la souffrance. Et même le manque de bonheur est une maladie chronique qui se traduit par une recherche, permanente et usante, du plaisir. C’est ainsi que la recherche du plaisir mène au malheur, tandis que la recherche du bonheur augmente le plaisir. L’amour, la considération des autres, la gloire n’ont rien à voir avec la possibilité de bonheur. C’est en quoi tous les hommes naissent égaux devant le bonheur. Ni le statut social, ni la disgrâce physique n’influencent la possibilité d’être heureux. La richesse, la possession, l’argent ne sont pas non plus des signes de bonheur. Albert Camus dans « Le Mythe de Sisyphe » note : «On veut gagner de l’argent pour vivre heureux et tout l’effort et le meilleur d’une vie se concentrent pour le gain de cet argent. Le bonheur est oublié, le moyen pris pour la fin.» La définition du bonheur peut même être scientifique, c’est ce que veut démontrer Christian Boiron dans « La source du bonheur est dans notre cerveau » (Albin Michel.98)« Le bonheur est un état physio-psychologique, un état qui traduit l’harmonie entre les deux parties du cerveau dotées d’un pouvoir de décision : le limbique et le néocortex, soit le cerveau des automatismes et celui de la réflexion personnelle.» L’auteur explique au fil des pages l’accord souhaitable entre nos acquis, les plus anciens, les génétiques par exemple, les plus récents, ceux de l’éducation entre autres, et notre manière de penser. Nous devons concilier en nous la conservation de l’espèce et de l’individu et la source du progrès et donc de l’évolution. “ L’évolution de l’humanité est un immense escalier, dont l’aboutissement nous est inconnu, et où chaque marche correspond à un progrès du patrimoine culturel ou génétique qui se traduit dans les capacités respectives des trois cerveaux. Et chaque nouvelle marche de l’escalier suppose que toutes les autres soient encore solides ; si on supprimait les marches qu’on a gravies, c’est tout l’escalier que l’on détruirait.” Les humains ont cette extraordinaire supériorité de pouvoir préférer la réflexion au réflexe. Et cela rejoint, ce qui n’étonnera personne, les plus anciennes maximes de vie, telle « Gnôthi seauton » (« Connais-toi toi-même »), inscrite au fronton du temple d’Apollon à Delphes et que Socrate avait choisie comme devise. L’auteur conclut que la recherche du bonheur est un devoir éthique et est en opposition avec les croyances généralement répandues : chance, santé, amour, travail, âge, etc. Un homme heureux est épanoui, en accord avec soi-même : ce qu’il dit, pense, fait, souhaite, espère… Il devient une source de rayonnement pour le groupe social où il évolue. Dès lors, il y renforce la cohésion et l’harmonie. Contrairement au plaisir, le bonheur de l’individu nourrit donc le groupe. Quand on est heureux, on ressent le besoin ou l’envie de marcher, de respirer, de bien manger, alors que le malheur anesthésie la sensation de ces besoins essentiels. Avec le bonheur on s’ouvre aux autres, on devient disponible, on accepte son corps. Alors tout devient santé, même ses petits ou ses gros bobos que l’on traite avec amour et respect, et non avec dépit et colère.  Sommes-nous nombreux à courir après le bonheur ? “ Sans que nous en ayons toujours conscience, la recherche du bonheur est au centre de toutes nos activités, de toutes nos préoccupations. La politique, l’économie, la médecine, l’école, la séduction, la guerre, le sport, la science, la famille, la religion, la philosophie ont comme point commun de viser le même but : le bonheur individuel et/ou collectif. ” continue Boiron. Evidemment la différence se situe dans la volonté d’aboutir et dans les moyens mis en œuvre pour y arriver. C’est d’ailleurs la principale contradiction de la recherche générale du bonheur. L’humanité déploie de gigantesques moyens pour trouver le bonheur, mais fait bien peu d’efforts pour préciser cet objectif. Dans « Eloges », le philosophe Jean d’Alembert écrit cette phrase, qui me revient toujours en tête, lorsqu’il me faut évaluer l’intérêt d’une action publique ou médiatique : «Pour jouir de ce bonheur qu’on cherche tant et qu’on trouve si peu, la sagesse vaut mieux que le génie, l’estime que l’admiration, et les douceurs du sentiment que le bruit de la renommée. » Je vous souhaite d’avoir déjà ressenti comme moi (sinon dépêchez-vous de partir à la recherche du bonheur) – et ce sera ma provisoire conclusion – ce que décrit Henri Michaux dans « La nuit remue » : « Parfois, tout d’un coup, sans cause visible, s’étend sur moi un grand frisson de bonheur. »

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