Pourquoi suis-je choqué par l’étalage du pouvoir ? Obligé au repos, j’ai suivi assez longuement l’investiture du nouveau président français. Quelques réflexions me sont venues au fil des heures. Tout d’abord le fait que la France semble bien plus monarchique que nous ! Je revoyais en pensée les mariages déjà dépassés de la Reine Elisabeth dans son carrosse couvert d’or et de plumes, comme les histoires de prince et de princesse qu’on nous ressert régulièrement (encore que l’anecdote Pippa me semble enfin avoir détourné notre attention !). Soit ! Si la France veut retrouver son Roi sous la forme d’un Président, libre à elle. Mais cette tentative (réussie, j’imagine) d’éblouir les citoyens qui assistent au grand spectacle médiatique a tout de même des aspects très indécents, non ? (Je ne peux m’empêcher de penser au message du Christ par exemple, aux vrais SDF qui regardent la télé et qui voient entrer dans la cour du « Palais » de l’Elysée les cardinaux riches et couverts de pourpre !) Et peut-être que le fait d’avoir fait campagne pour les plus démunis (si j’ai compris ?) donne une lecture encore plus impudique des faits ? Ce qui me gêne toujours c’est que la prise d’un pouvoir, quelle qu’en soit sa vérité, s’accompagne toujours d’une mutation de celui (ou de celle, encore rarement) qui le possède. J’entendais déjà les commentateurs proches se demander s’il était « vrai » avant ou après ! C’est dire ! (Tant de fables de La Fontaine me reviennent aussi à l’esprit : les raisins trop verts, etc.) On me dit qu’il faut des symboles ? Pourquoi ? Pour asseoir l’autorité ? Pour creuser la différence entre ceux qui prennent le pouvoir et les autres qui devront le subir ? Pour marquer les esprits ? Pour faire un « beau spectacle » et avoir de l’audience ? On entre dans l’ère du « tout caméra » ai-je entendu ? Mais qui le décide, sinon le pouvoir lui-même ? Michel Serres explique dans son dernier essai que les politiques (qui ont de moins en moins de prise sur les faits et leurs décisions – voir les premiers contacts entre Merkel et Hollande – et doivent s’inscrire dans les enjeux économiques mondiaux) ne sont plus hors d’atteinte, puisque via FB, Tweeter, etc. nous votons à tout moment en faisant entendre notre voix (et cela ne fait que commencer !) et cela les force à se réfugier dans la télévision, où nous subissons encore le spectacle imposé et tellement bien mis en scène. Cela ne vous a pas frappés les interventions des réalisateurs dans tout cela (Ribes, Moati, etc.) ? Bref, ce sont des réflexions en désordre, spontanées, qui me donnent une si forte envie de me tourner plutôt et au plus vite vers l’individu, l’être humain, son corps et son âme, sa sensibilité, ses « problèmes quotidiens » (comme ils osent en parler du haut des pouvoirs), et pas vers un « ensemble » docile, ébloui, aveuglé ! Nous avons en nous, chacun de nous, l’univers entier. C’est ce qui nous fera changer ce monde déjà dépassé des apparences et des ors de l’autorité ! Plutôt la vue d’un jardin que celui d’un président saluant la foule de son balcon !

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