En effet quoi de plus évident comme pause dans le cours de nos travaux quotidiens que l’irruption d’une voix appréciée transportant les échos de l’extérieur, un avis différent du nôtre, des informations nouvelles. N’est-ce pas le succès du portable chez les adolescents ? Cette manière immédiate de communiquer ? Où que l’on soit, à n’importe quelle heure. Bien sûr, il ne faut pas en être esclave. Il faut pouvoir – comme pour tout ! – ne pas être accroché à ces appels, ne pas les attendre, ne pas les provoquer, ne pas les laisser envahir notre vie et polluer notre entourage. « La servitude. C’est ça le téléphone. Il sonne : tu accours. Ou bien tu n’accours pas, mais tu te ronges les sangs de regrets ou de curiosité insatisfaite. » (Gabrielle Roy « La rivière sans repos ») De plus en plus, les règles sont d’ailleurs respectées : au restaurant, au cinéma, lors de réunions, etc. J’aime bien cette réflexion de Laurent Ruquier après la lecture d’un sondage à propos du portable en France : « 57% des Français sont contre l’utilisation du téléphone portable dans les lieux publics ; si on ne peut l’utiliser que chez soi, ça sert à rien de l’avoir inventé ! » De son côté, Pascal Sevran déclarait, hélas : « Le téléphone portable est un signe extérieur de détresse. » Et dans la légèreté, Philippe Geluck fait dire à son personnage dans « Le succulent du Chat » : «Ce qu’on est arrivé à faire avec le téléphone sans fil, est-ce qu’on va le réussir un jour avec les haricots ? ». Ce que j’écris au sujet de la conversation est aussi valable pour les textos (les « sms » en Belgique). Quoi de plus agréable qu’un « je t’aime » reçu en plein encombrement de fin d’après-midi ? Quoi de plus encourageant qu’un « Je pense à toi » alors qu’on s’apprête à entrer dans une discussion difficile ? Nous pourrions de même parler longuement de l’ordinateur et des communications immédiates : non seulement par courriel, avec un léger décalage (et aussi la possibilité de ne pas répondre, de ne pas ouvrir le courrier électronique), mais aussi dans l’instant, agrémenté d’icônes, d’images. Evidemment aussi de FaceBook et de Twitter, etc. Tout un arsenal à la disposition de la nouvelle génération, qui en fait et en fera le meilleur ou le pire des véhicules, comme toujours. Ni plus ni moins que la lettre postale ou le téléphone fixe. Je sais ! Beaucoup diront que plus la possibilité nous est donnée de communiquer, plus on ressent sa solitude. Est-ce une raison pour ne pas écouter et répondre, entendre et dire ? Si l’on ressent une sorte de solitude existentielle c’est sans doute que nous sommes différents les uns des autres et qu’il est presque impossible d’être vraiment compris ou de vraiment comprendre. C’est la nature de l’animal pensant, non ? Beaucoup d’écrivains et de philosophes ont parlé de la solitude, j’ai un faible pour cette réflexion de Patrice Lepage dans « L’ange sur le pont » : « Le bonheur est une sorte d’archipel composé d’instants heureux. Entre ces îlots il y a de l’errance et de la solitude. » Vous me direz encore que finalement c’est la vraie rencontre qui compte, celle de deux personnes qui ont pris rendez-vous ou vivent l’un avec l’autre, qui se voient et se parlent.  Vous avez mille fois raison ! Il faut par ailleurs «vivre » absolument, avec passion, avec vérité, en allant jusqu’au bout de nos espoirs et de nos illusions. Mais, nous ne le savons que trop bien, il est aussi des instants de fatigue, d’angoisse, de problème à résoudre et c’est alors que l’entre-temps intervient, avec la musique, la lecture, l’amour, le voyage, le jardinage et l’écriture :  « Chaque ligne de l’écriture est un fil tendu entre la vie et la mort » (Jean-Marie Laclavetine « Première ligne ») J’ajouterai « entre soi et les autres ».


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