Quand c’est possible, arpenter les chemins dans les bois demeure le meilleur des traitements pour combattre l’angoisse du monde contemporain. Avec quelques règles de base, – vous avez remarqué comme c’est simple : on garde des racines, qui sont les normes, et on évolue en ne les quittant pas de vue ; on y ajoute l’évolution de l’homme. C’est ainsi pour le travail, la vie en société, l’usage de la langue française même ! – des règles comme celle de ne pas regarder sa montre et celle de ne pas s’encombrer d’un téléphone : vous en revenez différents. Tout est concevable quand vous laissez la nature agir, c’est finalement en son sein que l’homme se sent le mieux. Au fil de ces promenades quotidiennes, je redécouvre parfois dans ma mémoire des poèmes. Rien n’est le fruit du hasard : « Les arbres des forêts sont des femmes très belles / Dont l’invisible corps sous l’écorce est vivant. » écrit Pierre Louÿs dans « Les hamadryades ». Ce matin-là en rentrant, j’ai feuilleté « Sagesse des arbres » et j’ai découvert la comparaison que faisait Paul Claudel entre l’homme et l’arbre : « L’arbre seul, dans la nature, pour une raison typifique, est vertical, avec l’homme. Mais un homme se tient debout dans son propre équilibre… L’arbre s’exhausse par un effort. » Non, je ne connaissais pas le sens de l’adjectif « typifique » et cela m’a entraîné dans des recherches. Le verbe typifier est rare et signifie qu’on associe facilement à un type. En ce lundi de Pâques, alors que les malheurs sont tellement visibles par l’intermédiaire des médias, cette parenthèse m’apporte à chaque fois des réflexions diverses. Je repensais hier soir au film « Bienvenue, Mr. Chance» avec Peter Sellers, où ce jardinier énonce des évidences qui sont prises comme des conseils de vie et de politique par le président des États-Unis. Et si c’était ce qu’il fallait faire ? Pas dans un film, mais dans la réalité. Je découvre les bosquets, les futaies, les clairières différents de saison en saison. Au printemps, je me souviens de l’envahissement des branches feuillues et denses ; à l’automne, ces mêmes lieux me semblent presque rangés, déblayés, puisque le surplus de la flore jonche à présent le sol. Et j’y ai vu une comparaison avec notre vie et les âges : adolescent avec ses possibles, sa fougue et adulte avec son calme, son expérience. Ne devrions-nous pas tous nous ménager des « entre-temps » ? Cela permet d’affronter la jungle de la vie. Et le mot jungle est intéressant et colle au propos. « Une société sans injustice, sans corruption, sans privilèges, et où la règle ne sera plus celle de la jungle : l’entre-mangement universel » écrivait Roger Martin du Gard dans « Les Thibault ». Car après ce moment de décontraction, il est plus aisé ensuite d’être tolérant, d’écouter, de comprendre. Que ce soit au bureau, dans les embarras de la circulation, en famille. Je ne fais pas de morale simpliste, je constate tout simplement. C’est une recette que je vous livre. Je la préfère à celle d’être « pendu », comme dit l’expression (pendu aux basques, pendu au téléphone, pendu au nez), aux nouvelles, aux rebondissements de l’information, tout cela qui nous encombre, qui nous angoisse, qui nous perturbe et contre quoi nous ne pouvons pas faire grand-chose en général. Une exception (rare par définition), mais de taille : la bonne nouvelle. Celle qui réjouit le cœur, celle qui nous fait vibrer avec les autres, celle que nous commentons avec un sourire ému : la naissance d’une jolie petite fille, par exemple. La naissance d’un être est certainement l’événement le plus extraordinaire à vivre au cours de notre aventure terrestre. C’est le prolongement de ce que nous sommes. Mais c’est aussi et surtout cette incroyable et soudaine fusion du corps et de l’âme. En parle-t-on encore assez de cet aspect des choses ?

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