Le vertige ! Cela donne le vertige… (surtout avec le Cern et la confirmation de la vitesse de la lumière) On essaie d’imaginer, mais l’imagination n’est pas assez vaste ; on tente de comprendre, mais c’est encore moins facile : « Une équipe d’astronomes a observé la galaxie la plus distante jamais identifiée… » (Dans notre propre galaxie, existeraient 100 milliards de soleils comme le nôtre) Et les nombres, forcément astronomiques, suivent : « La lumière perçue a été émise alors que la galaxie n’était âgée que de 750 millions d’années et a mis plus de 13 milliards d’années-lumière à parvenir jusqu’à la Terre. » Certains effets d’animation cinématographique partent parfois d’une chose concrète sur la terre et s’en éloignent à une vitesse vertigineuse, mais même ainsi, comment se placer dans cet espace-temps ? A l’époque de Victor Hugo, une étoile suffisait à nous situer, à nous écraser : « Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un homme est là / Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile, / Qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile. » (Ruy Blas) Il me souvient d’éblouissements semblables dans mon enfance. J’en fais le récit par le biais de Maître Gustave, que nous retrouvons, alors qu’il est dans la force de l’âge, dans un livre en cours d’écriture : «Un matin, arrivé trop tôt à l’église, j’ai attendu dans les stalles qui entouraient le chœur. Les chants grégoriens et monotones de la messe précédente résonnaient entre les colonnades (Comme j’aurais préféré du jazz, par exemple, pour accompagner notre séjour au paradis !). Encore engourdi de sommeil, je laissai mon regard se promener sur les voûtes. La faible lueur des lampes et le scintillement des cierges découvraient la fresque : des anges, des angelots, des nuages sur fond de ciel bleu. Et j’essayai pour la première fois sans doute d’imaginer ma situation sur la terre. Je m’élevai jusqu’au-dessus de l’église pour me voir assis la tête relevée ; je m’éloignai jusqu’aux nuages avec ce paysage entrevu lors des voyages en avion ; je montai jusqu’à englober du regard la planète. Déjà je n’existais plus physiquement. Et je tentai alors – avec un grand effort d’intelligence – de saisir l’univers, ses astres, ses mouvements, son étendue infinie et son extension. Cela me bouleversa ; mon esprit cette fois avait le vertige ! Je sus que nous étions peut-être immortels ; en tout cas, une partie de nous. Mon corps – si vite disparu lors de ma montée vers les cieux – ne serait pas du voyage. » Comment donc aborder ce problème ? Car l’incroyable dans tout cela c’est que nous existons, physiquement petits mais dotés d’intelligence, puisque nous en discutons. Je pense au titre d’un roman de Jean-Claude Bologne : « L’homme-fougère », appelé ainsi parce que dans la fougère, la plus petite feuille a toujours la forme de la plante. Sommes-nous la miniature de tout l’univers ? Il est en expansion et, partant, nous sommes inscrits dans l’évolution. Est-ce pour cette raison que l’on nous dit être à l’image de Dieu ? Et la course aux étoiles, qu’est-ce qui la motive ? Alors qu’on savait les raisons politiques (pour distraire des vrais problèmes de la planète, pour associer son nom à l’Histoire, etc.), les raisons économiques (pour découvrir de nouvelles utilisations de la matière, etc.), les raisons militaires, assez évidentes, on ajoute aujourd’hui des raisons scientifiques de connaissance de notre monde, de son origine, de son avenir. Et si nous préparions tout simplement un grand déménagement ? Celui qui sera inéluctable au vu des sévices qu’on inflige à notre Nature ? Cette hypothèse s’inscrirait dans un plan général de l’évolution qui nous dépasserait ? Mais je rêve, je m’adonne à des supputations sans doute… Et – argument suprême ! – ce n’est pas pour tout de suite ! Il nous reste à « revisiter » (comme on dit aujourd’hui) « Le petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry, dont la poésie et le symbolisme firent rêver plusieurs générations d’avant le premier pas de l’homme sur la lune et d’avant les albums de Hergé. « J’ai de sérieuses raisons de croire que la planète d’où venait le petit prince est l’astéroïde B. 612. (…) Si je vous ai raconté ces détails c’est à cause des grandes personnes. Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d’un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l’essentiel. Elles ne vous disent jamais : « Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu’il préfère ? Est-ce qu’il collectionne les papillons ? » Elles vous demandent : « Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ? «  (…) Mais, bien sûr, nous qui comprenons la vie, nous nous moquons bien des numéros ! » Les poètes, les artistes (qui sont sans doute moins négligents que les autres, soit dit en passant) et les enfants ont toujours raison !

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