Tout le monde ne connaît pas le pouvoir incroyable du sourire, et pourtant… Voilà bien une action toute simple, qui parfois peut devenir un réflexe, et qui change le monde, les rapports entre les humains. Il a tendance à disparaître de nos visages. « D’ici peu » écrit Guido Ceronetti dans « Une poignée d’apparences » « l’apparition d’un sourire sera une incongruité et une inconvenance comme si le grand Sphinx se mettait à siffler Lili Marlène. » Nous avons toutes les raisons d’être graves, sérieux, voire tristes et préoccupés. Mais la politesse est au minimum de ne pas imposer à ceux que nous croisons ces soucis qui nous appartiennent ! Quoi ? Le mot « politesse » lui-même vous semble dépassé ? Georges Duhamel disait que les vieilles civilisations se reconnaissaient à l’excellence de leur cuisine et au raffinement de leur politesse. Bien sûr, il faut en revenir à l’esprit et non à la lettre. Mais n’est-ce point ce que nous devons faire dans tous les domaines ? De celui de l’amour à celui du travail ? Nous avons tous en mémoire certains moments cruciaux ou délicats de notre existence, où le sourire d’un inconnu ou d’une étrangère nous a rassérénés. Celui d’une infirmière dans un hôpital, celui d’un quidam dans un ascenseur qui nous emmène au dernier étage d’une tour de bureaux pour un entretien décisif qui orientera notre vie, celui d’un jeune enfant dans les bras de ses parents et qui nous reconnaît après les vacances (Il semble qu’un bébé puisse sourire cinq jours après sa naissance). On a écrit bien des choses sur le sourire.  François René de Chateaubriand (« Mémoires d’outre-tombe ») : « Plus le visage est sérieux, plus le sourire est beau » et  Claude Jasmin (« La corde au cou ») : « Les gens tristes ont les plus beaux sourires. » Mais comment traduire en mots et l’action, le fait, et la conséquence ? Deux locutions me plaisent : avoir et garder le sourire, car elles traduisent au fond deux états où le sourire est nécessaire. Avoir le sourire c’est être heureux, content, enchanté de ce qui est arrivé, montrer sa satisfaction. Garder le sourire c’est rester souriant, de bonne humeur en dépit d’un échec, d’une déception… Pour sourire, on relève les commissures des lèvres, les angles de la bouche. Et je suis sûr que ceux et celles qui sourient beaucoup ont en prenant de l’âge un visage marqué par cet éclat, où les rides demeurent comme le témoin de ces sourires. C’est Léonard de Vinci qui a décrété que « passé quarante ans, un homme est responsable de son visage ». Une si belle phrase qu’elle est revendiquée aussi par le moraliste français du XVIIIe siècle, Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, par le poète Jean Cocteau et par le romancier et essayiste Roger Vailland ! Léonard de Vinci est aussi le créateur du sourire le plus célèbre de la planète : le sourire de la Joconde. Cette Mona Lisa, épouse du banquier florentin Giacomo del Giocondo, survit donc au Louvre à Paris, grâce à l’achat de ce panneau de bois que fit François Ier lors de la visite de l’artiste à Paris, au début du XVIe siècle. Quelle superbe survie ! On peut aimer le rire, mais lui préférer le sourire. Le rire « éclate », il s’extériorise et peut gêner ; c’est l’été alors que le sourire est le printemps. Je sais, pour l’avoir vécu, que derrière les guichets de nos bureaux de postes, de nos banques, de nos administrations, le sourire revient peu à peu, comme pour nous faire oublier la file d’attente ou les tracas ou les versements à effectuer. Et lorsque vous êtes emmurés dans votre voiture, à l’arrêt dans les encombrements des heures de pointe, essayez de sourire au conducteur voisin, vous verrez que tout semble tout-à-coup moins énervant à vivre ! Un sourire suffit ! « Une fine joue couleur de pêche, relevée par le coin d’une lèvre de pourpre où le sourire voltige sur deux rangs de perles ! » C’est de Musset !

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