Ce jeudi 19 janvier, j’irai au vernissage d’une fort belle exposition de photos à Linkebeek, à la librairie sur la place communale, c’est à 18 heures. Sur l’affiche, on voit mon fils saxophoniste, qui m’accompagnera pour l’événement. Carlo Bartolomucci est un excellent photographe et il m’a fait songer à un texte extrait du livre sur LiBook « Les perroquets de l’Orénoque », dans lequel je consacre un billet à l’art de la photographie. En voici des extraits : « Alors que nous pouvions penser que l’art de la photographie aurait pu à plusieurs reprises être battu en brèche par des innovations (des hologrammes, par exemple), voilà que la photo est plus vivante et intéressante que jamais ! Elle garde toujours son aspect artistique et professionnel : des réalisations artistiques de studio jusqu’aux grands reportages. On connaît le légendaire « choc » des photos, slogan de Paris Match. Mais plus étrange : au fil des avancées techniques, l’idée même de photographier et de garder une trace des images se renforce. Je le savais et je le vérifie, comme vous, tous les jours pour l’écriture, mais pour l’image ce n’était pas d’une telle évidence. La façon de mettre à notre disposition l’électronique, la « nano »-technique, par l’intermédiaire des nouveaux appareils qui possèdent une telle facilité d’usage, des nouvelles fonctions sur les téléphones portables, du transfert et du stockage possibles sur les disques durs des ordinateurs et finalement leur vision sur papier, sur écran, sur le grand écran du Home-cinéma, tout cela rend plus vivante que jamais la photographie. Qui l’eut crû ? « Une photo ? C’est l’instant qui s’arrête, les sentiments qui demeurent et la vie qui s’en va » écrit Jérôme Touzalin dans « Futur intérieur ». On découvre de fort jolies réflexions sur la photographie, parfois drôles et absurdes comme dans le Chat de Philippe Geluck : « – Voulez-vous me prendre en photo avec mon chapeau ? – Ce serait plus facile avec un appareil photo ! », parfois intellectuelles comme chez Roland Barthes : « L’important c’est que la photo possède une force constatative et que le constatatif de la photo porte, non pas sur l’objet, mais sur le temps. » Je parle de photos au retour de vacances, car j’ai partagé une semaine de bonheur intense cet été avec mes enfants et mes petits-enfants. Beaucoup ont pris des photos. On ne s’en est pas vraiment rendu compte puisque la technologie permet de les prendre souvent sans coups de flash et sans devoir faire poser les sujets (encore que la traditionnelle photo de groupe, avec le retardateur, soit un grand moment de plaisir !)… Ma fille les a enregistrées sur son ordinateur portable et a remis à tous le lendemain de notre retour un CD-Rom ou un DVD avec l’ensemble des photos prises, soit plus de mille, avec la liberté pour chacun de réaliser sa propre sélection et son propre album de vacances, électronique ou imprimé. Certains disaient, tel Kevin Spacey, que la meilleure photographie se trouve dans la mémoire. C’est oublier un peu vite l’encombrement de nos pensées, des soucis, des problèmes à régler, de l’âge aussi. Pourquoi donc les photos sépia trônaient-elles surtout sur les buffets et les commodes de nos grands-parents à votre avis ? Parce que la famille s’éloignait, bien sûr, mais aussi parce que la mémoire perdait peu à peu de son acuité. Aujourd’hui, en deux clics de souris (ou d’un coup de pouce, littéralement, sur le clavier), j’ouvre le dossier « photos de vacances » et je vois défiler les visages lumineux de cet été : les repas pris tous ensemble, les soirées passées à chanter, les encouragements aux plus petits à marcher seul ou à faire leurs premiers mouvements de brasse dans la piscine. Comme l’émotion peut être visible à fleur d’âme ! Comme ces images ensoleillées peuvent faire revenir d’un seul coup les sentiments contenus dans ces moments-là ! Oui, le temps passe ; c’était hier. Mais c’est toujours si vivant en soi ! Ylipe dans « Textes sans paroles » énonce ce truisme, qui cependant interpelle : « On est toujours plus vieux que sur la photo » ! Regarder une photo est une question de point de vue et d’optimisme : ou l’on regrette le passé et le temps qui s’égrène trop vite ou l’on retient le temps qui passe, comme l’alpiniste plante ses pitons dans la falaise. Pour ma part, une photo est un signal qui enclenche l’extraordinaire machinerie de notre cerveau (Ah, son inventeur est génial et ne risque pas encore d’être surpassé !) et qui en un seul éclair – on peut dire avec à-propos « flash » dans ce cas ! – redonne vie, ravive, ressuscite ce qui existait et redevient présent. De plus, on se rend parfois compte que les photos elles-mêmes se substituent à notre mémoire défaillante et la remplace. Ainsi, je me suis souvent revu en pensée dans une voiture d’enfant poussée par mon père au gré des sentiers du magnifique parc communal de Mouscron ; me félicitant de garder en moi cet instant d’abandon enfantin, de confiance paternelle, puisque je me laissais guider par l’auteur de mes jours. En calculant l’âge, plus tard, je me suis posé des questions sur la vraisemblance d’un tel souvenir. A la mort de mon père, j’ai trouvé, en rangeant ses papiers, « la » photo qui me représentait ainsi… et j’ai compris que c’est en la voyant un jour d’enfance que s’était sans doute imprimée l’action dans mon cerveau ! La photo peut donc être encore plus efficace que la madeleine de Marcel Proust ! J’aime énormément cette phrase de Rivarol : « La mémoire est toujours aux ordres du cœur. »

Il ne s'agit que du vernissage, pas d'un concert... On s'y retrouvera peut-être ?

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