Edgar Degas disait : « En peinture, il ne s’agit pas de représenter ce que vous voyez, mais de faire voir ce que vous ressentez aux autres. » Cette réflexion peut s’appliquer aux arts en général, à la poésie en particulier. Les mots que j’utilise dans un poème (qui me naît souvent de manière fulgurante) sont ceux qui traduisent au plus près ce que je ressens (pensée, image, son, idée, sentiment, etc.), leur mise en place aussi dépend – inconsciemment ? – de l’importance de l’un par rapport à l’autre, de la coloration qu’ils prennent une fois les uns auprès des autres. Comme des notes de musique, comme les coups de pinceaux. Une fois épuisé ce qui me venait et qui « devait » être créé, si le relisant une heure plus tard, un mois plus tard, des années plus tard, je « revois » ce que je ressentais, alors c’est un bon poème. Il a un sens. Vient ensuite – parfois, pas souvent en définitive – sa lecture ou son audition par les autres. Vous le soupçonnez, jamais sans doute ce que nous avons mis dans la création ne sera vu d’une manière identique. Il s’agit en plus du mystère de chacun. Mais… si en lisant, le lecteur ressent quelque chose, si les mots réveillent en lui des émotions, des idées, des images qui le transportent, qui le modifient (même de façon imperceptible ou pas directement évidente), qui l’enrichissent, comme par ricochet, comme par osmose d’une sensibilité à l’autre, d’une compréhension à l’autre peut-être (car le poème et la sensation peuvent proposer toute une palette de nuances, de l’émotion jusqu’au partage intellectuel), alors le poème atteint son but ! On met en poème des mots qui doivent activer chez le lecteur les zones les plus proches de l’âme ! « 

Aurons-nous tout à l’heure

Une autre identité

Des manteaux de soie

Pour cacher tes seins

Et le sourire léger

Qui fait glisser le temps

C’est la mélancolie

Les fumées qui se tordent

En guirlandes

Dans la nuit

(Extrait de « proche des larmes » aux editions http://www.lesdejeunerssurlherbe.be )

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