Après les platanes à sauver et l’idée fixe de la scission de BHV, je voulais seulement partager ma dernière lecture; elle a été possible grâce au chargement de l’ebook sur l’iPad ! Sinon, je n’aurais jamais emporté avec moi cet ouvrage ancien et magique, dont on entend beaucoup parlé, mais qu’on ne lit ou relit pas beaucoup : « La physiologie du goût » (avec le sous-titre : « Méditations de gastronomie transcendante »). Je n’en connaissais qu’une citation sur le chocolat et figurez-vous que je ne la trouve pas dans l’ouvrage ! Invention ? On ne prête qu’aux riches ? Pas de réponse pour l’instant. Pourtant c’est joli : « Heureux chocolat qui après avoir parcouru le monde meurt dans le sourire fondant d’une jolie femme ! »… Anthelme Brillat-Savarin (1755  – 1826) a été maire et député, vécut en Suisse, et écrivit cet ouvrage célèbre en 1848. On y trouve de tout : des réflexions, de la philosophie, des descriptions de repas, des recettes. Une vraie plongée dans cette époque ! Au début, on trouve quelques aphorismes un peu dépassés comme « La table est le seul endroit où l’on ne s’ennuie jamais pendant la première heure » ou « ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent ne savent ni boire ni manger ». Dans la préface, il met en cause la langue française, où il ne trouve pas toujours les mots qui conviennent au propos. Il est pour les emprunts : « Quand j’ai besoin d’une expression, et que je ne la trouve pas dans la case française, je prends dans la case voisine » ! Un exemple : le mot « bowl », qu’il écrit encore ainsi à l’anglaise, et qui deviendra « bol », mot inconnu à l’époque. C’était le fameux « bowl » de punch ou de thé anglais. Il explique longuement ensuite que le goût est celui de nos sens qui nous procure le plus de jouissance. Et d’étayer en 6 points sa démonstration, comme ce premier point : « Parce que le plaisir de manger est le seul qui, pris avec modération, ne soit pas suivi de fatigue » ! J’aime bien aussi des mots désuets comme « garrulité » ou « soporeux », qui se dit quand on n’est pas encore réveillé par le café du matin ! Deux passages encore : celui-ci qui parle d’une certaine demoiselle de Borose, qui lui paraît bien élégante : « Même quand l’oiseau marche on voit qu’il a des ailes » et cette réflexion un peu féroce à propos des bonnes soeurs et des Anglaises : « Désir de nonne est un feu qui dévore, désir d’Anglaise est cent fois pire encore » !

Anthelme Brillat-Savarin, homme de goût !

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