A maintes occasions, comment dit-on encore ? « In tempore non suspecto », j’ai écrit ou dit que dans la vie, je me suis toujours senti proche des victimes, de ceux qu’on humiliait, de celles qui étaient écrasées par la vie. Cela avait même été le cas très tôt, à propos de la langue française. A l’époque, je faisais mes études primaires au collège de Mouscron, qui se trouvait (cela m’amuse aujourd’hui !) en Flandre. On appelait ce coin de pays qu’on échangea avec les Fourons (et on connait la suite) : la Flandre wallonne ! J’étais dans un collège qui dépendait du diocèse de Bruges et la langue maternelle du prêtre, professeur de religion et de français, était le néerlandais. Quand on début du premier cours de l’année, il nous dit « le lune » et « la soleil », quand toute la classe a ri de lui, je me suis senti de son côté et me suis promis par la même occasion de bien m’intéresser à la langue française, pour communiquer, être compris, et de ne pas prêter le flanc à un tel ridicule, etc. L’affaire DSK, au-delà de tout ce qu’on voit, lit ou entend, me met mal à l’aise depuis le début pour la présumée victime et cela ne va pas s’arranger – si tant soit qu’elle ne soit pas impliquée dans un monstrueux piège ou dans un mensonge. Si elle est réellement victime, comme on peut le supposer aujourd’hui, plusieurs choses m’ulcèrent. Evidemment le silence autour d’elle de la part de presque tous ceux qui se sont exprimé dans l’urgence et l’émotion du premier choc (y compris des femmes), évidemment le mépris de beaucoup ensuite en édulcorant le harcèlement avec un machisme intolérable (y compris des femmes); mais aussi, en ce moment encore, le déséquilibre entre la victime et la terrible machinerie des avocats de DSK, mis en place, comme on le sait, à coups de millions de dollars. Quand on sait que OJ Simpson et M. Jackson s’en sont sortis ainsi, on peut craindre qu’il en soit de même. Mais on peut supposer surtout que celle qui aura eu le courage de se révolter, de dénoncer, se retrouve ensuite dans une situation terrifiante, sa vie brisée deux fois, une fois par ce crime, une seconde fois par les attaques du procès. Oui, décidément, je suis du côté des victimes !

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