Alors qu’il fait beau, que dans le jardin un vent agréable fait se balancer les fleurs et les branches des arbres – leurs feuilles de verts si tendres et variés -, je pense étrangement que tout a une fin ; mais tout aussitôt je sais que tout continue ou commence. Je m’explique. J’adore la langue française et durant des décennies je l’ai défendue, expliquée, transmise. Je parlais de ses origines dans mes articles, je faisais le choix des mots justes dans mes livres, je transmettais des définitions de manière drôle et décalée en radio « Le jeu des Dictionnaires » et en télévision « Monsieur Dictionnaire » (avec mon ami Philippe Geluck – et nous sommes bientôt repartis pour une nouvelle série de capsules !). Or, je me rends compte, en étant hors des médias, mais en les suivant toujours avec attention que, dans ce domaine en particulier, la fin d’une certaine époque du « bien parler » se termine. Je constate. Ce n’est ni bien ni mal, pas de morale ici, mais c’est le reflet de l’évolution de notre société, de notre civilisation. Cela a commencé insidieusement par la publicité, où on laissait passer des erreurs, puis on a découvert les sous-titres truffés de fautes, puis dans la presse, écrite, parlée ou télévisée… Rien qu’aujourd’hui, je relevais « démarrer quelque chose », « la gente féminine », « attractif », etc. Bien sûr la Toile a accéléré le mouvement. Bon, c’est que communiquer est plus important que les outils qu’on utilise. Mais j’y pensais surtout en me disant que j’avais donc vécu la fin de cette époque de la « bonne langue française » (et le fait que ce soit sans doute la « dernière » dictée du Balfroid prévue sur antenne du Service Public samedi prochain est un autre signe du désintérêt pour le sujet !). De la même manière, j’ai vécu la fin de la suprématie de la radio (vaincue par la télé, puis par le Net), j’ai vécu la fin (par moments successifs) des 78 tours, des 45 tours, des 33 tours, des cassettes et bientôt, d’une certaine façon, des CD, pour les MP3, etc. Pour le livre, s’il résiste comme bel objet, on sait que sa lecture sur tablette arrive à grands pas… Dans quelques jours deux de mes propres livres seront téléchargeables ! J’ai vécu la fin de la Belgique (justement appelée « de Papa ») : au sortir de la guerre, on nous inculquait un sentiment patriotique très fort. Aujourd’hui on sait ce qu’il en est, et l’Europe sans doute balaiera aussi les nations telles que je les ai connues. Je peux continuer ainsi dans d’autres domaines : religion, amour, etc. Et pourtant je sais que tout continue, que d’autres mouvements se lèvent, qu’une civilisation nouvelle et sans doute plus humaniste se fait jour, que la mondialisation – après ses défauts consuméristes – pourrait aider à la grande fraternité humaine… Bref, c’est fantastique de pouvoir dérouler la carte de sa vie et d’y voir ces chemins parcourus, avec les impasses, les sentiers devenus autoroutes, les carrefours – et si je suis curieux, je suis aussi  confiant dans la suite de l’histoire de la vie…

Du haut des Twin Towers... c'était avant leur fin...

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