Le hasard fait que j’avais entrepris depuis quelques jours la lecture de Sénèque, lorsque je me suis rendu compte que bien des phrases pouvaient s’appliquer au monde tel qu’on le décrypte aujourd’hui. La philosophie est ce genre de lecture qu’on ne peut faire qu’avec le temps, la compréhension du temps qui passe, une distance avec les autres, une meilleure connaissance de soi-même; des lectures qu’on nous donne par bribes à l’école et qui ne semblent pas du tout de circonstance quand on est jeune. Et pourtant ! Ma surprise, à la lecture des philosophes, est encore et toujours l’actualité de leurs pensées. Bien sûr, certains détails (mais si peu) ont été dépassés par l’évolution de la société humaine; mais, par exemple, par rapport à la religion, que Sénèque écrive, comme dans la phrase suivante, « le dieu » au lieu de Dieu, d’Allah, de « l’énergie », que sais-je, ne change rien au propos : « Vis avec les hommes comme si le dieu te voyait, parle avec le dieu comme si les hommes t’entendaient » ! Naît un vertige certain à se dire que quelqu’un sur terre (pas loin d’ici, à Cordoue au sud de l’Espagne) écrivait de telles réflexions il y a 2000 ans ! Sénèque vécut de 4 av.JC à 65 ap.JC. C’était un stoïcien, un dramaturge et un homme d’Etat romain; il fut conseiller sous Caligula et fut le précepteur de Néron, qui l’accula au suicide. Ah, un conseiller politique qui note (cette phrase notée ce matin sur Twitter et Faecbook) : « Je ne ferai rien pour l’opinion. Tout pour ma conscience ». Il a écrit sur la brièveté de la vie, une chose qui aujourd’hui me fait également réfléchir : « Non, nous n’avons pas trop peu de temps, mais nous en perdons beaucoup » ou « Celui qui organise toutes ses journées comme une vie entière, ne désire ni ne redoute le lendemain » ! Des perles de pensées… Dans ses Lettres à Lucilius, il conseille son disciple : « Toute chose est à autrui, le temps seul est à nous » ou « La première épreuve d’une intelligence ordonnée, c’est de pouvoir s’arrêter et s’attarder sur soi. » Qui lit cela, qui écoute cela, qui met en pratique cela ? Avons-nous perdu en cours de route le sens de la grandeur de l’homme, de son devoir, de l’éthique ? Souvent je le pense. Et pour quelle raison ? Sans doute, outre les causes récurrentes que sont l’ambition personnelle, l’enrichissement, etc. il y a le paraître, le spectacle, l’image. Tout semble être un spectacle, avec son ressort propre, son suspens, ses coups de théâtre, ses faux-semblants, ses fausses sorties, ses apartés. Guy Debord l’a très bien dénoncé, j’y reviendrai, car il est intéressant de décoder avec cette grille-là ce qui se passe dans le monde … et chez nous ! En attendant de retrouver un tout petit peu d’éthique, relisons Sénèque : « Ce n’est pas celui qui a peu, mais celui qui désire plus, qui est pauvre. »

Une superbe photo prise par Claire A (voir sur FB). L'espoir ?

 

 

 

Publicités