L’histoire, plus tard, nous confirmera sans doute pour les générations futures que les années soixante (les golden sixties) furent des années folles, où tout reprenait vie après les deux guerres mondiales, où la déstructuration des traditions battait son plein, où la liberté naissait dans toutes les sphères de la société, où, pour les jeunes que nous étions, tout était possible ! Un état d’esprit difficile à concevoir aujourd’hui. J’ai donc eu la chance de commencer ma vie professionnelle à cette époque. Je suis entré (et y suis resté) dans l’audiovisuel de service public, parastatal, et qui avait alors le monopole des ondes. Le succès que pouvait avoir une émission de radio (c’était la fin de sa suprématie quantitative) était énorme. Ainsi « Dimanche-Musique », que j’eus le bonheur de présenter avec Stéphane Steeman entre 66 et 74, a battu des records d’audience, dont je sens encore les retombées aujourd’hui dans vos commentaires, vos courriels, vos messages ! Quand j’y repense, ce qui me frappe c’est l’invention qu’on pouvait appliquer sans trop de problèmes : chaque semaine on innovait, on cherchait et souvent on réalisait le dimanche soir. Un cirque s’installait sur la place Flagey, en face de la RTB, on décidait de tirer des câbles pour que l’émission s’y fasse en direct, par exemple. Bien entendu, le ton tranchait sur la production traditionnelle de la radio d’Etat : on y parlait comme dans la vie ! Et puis on parlait d’amour (si pas de sexe… Mai 68 !) : la dernière heure y était consacrée avec des séquences comme « la fiancée des ondes » : on prenait au hasard dans le courrier une « fiancée » qui nous donnait en direct par téléphone des rimes; nous devions lui composer un poème pendant le Journal Parlé. Après les avoir lus sur antenne, on la rappelait et elle donnait ses points ! Je gagnais souvent par le ton, alors que Stéphane soignait la forme ! … Enfin, surtout on riait. Je riais beaucoup (j’ai toujours adoré ça, quitte à être mis systématiquement à la porte de la classe au collège !) et avec le recul, c’était aussi en grande partie parce que j’étais très heureux, émerveillé de ces cadeaux de la vie, que je n’avais même pas osé rêver ! J’ai continué à rire avec Philippe Geluck et les autres… ce bonheur ne m’a jamais quitté finalement !

Je riais et adorais aussi faire rire : ici Stéphane Steeman dans les années 60 à Dimanche-Musique.

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