Il est là. Peut-être même entièrement écrit dans un coin de mon cerveau. Il s’est formé un peu à la fois avec les mots lus, entendus, compris, aimés. Il a fait des phrases qui pensaient, qui décrivaient, qui ressentaient. Cela a duré des mois, sans aucun doute. Et comme un enfant dans le ventre de sa mère (la comparaison est très réelle), il s’est nourri de toutes les sensations : les chagrins, les plaisirs, les délires, les éblouissements, les peurs, l’amour, la mort, la vie qui passe. Ensuite, il y eut les premiers signes de sa naissance. Tout d’abord trop ténus pour qu’on s’en rende compte : un peu d’énervement, une attente incompréhensible, un mal être, des cauchemars même ! Cela s’est aggravé au point que mon entourage me le fait remarquer et que ma femme, la première lectrice et la plus avertie avec les expériences précédentes, me demande si je ne suis pas sur le point d’écrire ? « Sur le point », oui ! L’évidence alors est telle qu’elle me met dans un état d’excitation fabuleux. Tout s’éclaire, je prépare le terrain : remise en place de mon bureau, fin des travaux en cours, état des lieux (que dois-je faire absolument, qu’est-ce qui pourra être reporté, etc.) jusqu’aux détails de la recherche du bon format et des caractères adaptés au futur livre. Car oui, on sait qu’il s’agit d’un livre. Dès cet instant, j’attends, je laisse mon esprit heureux et ouvert, je déploie les antennes : Arrivent alors la première image, le premier mot, la première phrase. Elle va déterminer tout le reste (même si d’aventure je la supprime plus tard, après la fin de l’aventure). La voici : «  » Et puis ce fut : « Peut-être parce qu’il est né en novembre ? » Phrase elle-même suscitant le ton avec : « Peut-être parce qu’il aime voir les arbres se déshabiller comme des filles ? » Depuis lors, quelques pages se sont ajoutées. Je n’ai pas encore de plan précis, je laisse naître et m’apparaître les personnages : SaintEx d’abord (c’est un surnom) et sa petite fiancée Laura, puis Angèle, presque mariée à Valère… Ils se placent dans quelques décors qui les situent : un hall d’immeuble, un cimetière, une brasserie sur un boulevard… Chaque matin, je suis curieux de ce que je vais écrire.  Pendant la nuit se déroulent les pages à écrire. Je ne peux pas aller très loin, comme si cela devait prendre un « certain » temps pour s’ouvrir et être clair. Etrange ? Sans aucun doute; en premier lieu pour moi. Pour le futur lecteur, ce sera un tout, une histoire, des pensées, des émotions, un partage. Non, je n’ai pas encore de titre, pas même provisoire, c’est une première; c’est que les mots qui vont définir le roman ne me sont pas encore apparus. Ce matin, je suis à la phrase : « Valère n’est pas inquiet du retard d’Angèle, simplement un peu agacé. Il déteste la désinvolture. » J’y retourne !

Ecrire entre les livres...

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